FIFA : la fin de l’ère Blatter

La terre du football s’est arrêtée de tourner, mardi 2 juin, à 18 h 47. Au siège zurichois de la Fédération internationale de football (FIFA), Joseph « Sepp » Blatter a annoncé devant des journalistes sidérés qu’il mettait un terme à son mandat à la tête de l’organisation.

NEWS : Conference Joseph Blatter sur la Palestine - Zurich - 03/09/2013

Entré à la FIFA en 1975 comme directeur des programmes de développements, le Suisse en avait pris les commandes en 1998. Alors que l’institution était secouée par une tempête judiciaire, avec l’arrestation de sept de ses dirigeants, sur ordre de la justice américaine, le Valaisan de 79 ans avait été réélu pour un cinquième mandat, le 29 mai, lors du 65econgrès de l’organisation. Il avait rassemblé 133 suffrages sur son nom au premier tour, contre 73 pour le prince jordanien Ali ben Al-Hussein, soutenu par l’Union des associations européennes (UEFA), dirigée par le Français Michel Platini.

Le septuagénaire, le visage fermé, a annoncé qu’il démissionnerait dès le congrès extraordinaire, qui sera organisé entre décembre et mars :

«  Même si un nouveau mandat m’a été confié, il semble que je ne sois pas soutenu par tous dans le monde du football, c’est pourquoi je vais convoquer un congrès extraordinaire et remettre mon mandat à disposition. Je vais continuer à exercer mes fonctions d’ici là, et je suis désormais libre des contraintes d’une élection. Je vais me concentrer pour engager des réformes ambitieuses. »

« La FIFA fait face à des défis qui ne s’arrêtent pas et a besoin d’une profonde restructuration », a poursuivi M. Blatter, qui a rappelé que l’institution représentait « quarante ans de sa vie ».

« Une décision difficile, courageuse »

Le Suisse a ensuite quitté la salle de presse avant que Domenico Scala, président de la commission d’audit et de conformité de la FIFA, prenne la parole. Ce dernier supervisera le programme de réformes statutaires de la Fédération internationale et mènera la « transition ». Il a évoqué l’introduction notamment d’une limite des mandats pour le président de la FIFA et les vingt-quatre membres du Comité exécutif.

L’UEFA a aussitôt réagi, saluant dans un communiqué « une décision difficile, courageuse ». « C’est la bonne décision », a estimé la Confédération continentale. D’emblée, le prince Ali a indiqué sur CNN qu’il serait candidat lors du prochain congrès. « Je ne suis pas surpris par la décision de Blatter, souffle au Monde un ancien membre du gouvernement de la FIFA. Mais je ne pense pas que l’UEFA prendra la suite. »

Une victoire pour les nations du football

« C’est une surprise parce que la semaine dernière il paraissait plutôt solide, a déclaré sur les ondes de RTL le président de la Fédération française Noël Le Graët, qui avait voté en faveur du président sortant. Je suis un peu étonné mais finalement ça n’est pas plus mal, ça va permettre de repartir sur de bonnes bases avec des vrais candidats. Le prince Ali était sûr de ne pas gagner. L’Europe, Platini qui reste mon préféré… je l’ai toujours dit, est-ce qu’il est prêt à s’engager dans cette aventure ? Je pense que si l’Europe doit présenter un candidat ça ne peut être que Michel. » Le 28 août 2014, Michel Platini avait renoncé à se présenter face à son ancien ami Sepp. Il l’avait néanmoins prié de démissionner avant le 65e congrès de la FIFA, « écœuré par les scandales. »

« L’Afrique représente 54 pays, comme l’UEFA. Le successeur de Blatter devra en prendre compte », a réagi sur France 24 Issa Hayatou, patron de la Confédération africaine de football (CAF) et vice-président senior de la FIFA. La démission de Joseph Blatter intervient alors que son secrétaire général, Jérôme Valcke, est accusé par le journal américain The New York Times d’avoir supervisé, en 2008, un virement de 10 millions de dollars sur des comptes gérés par l’ex-patron de la Confédération d’Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes (Concacaf), Jack Warner. Ce virement avait été émis par le comité d’organisation sud-africain du Mondial 2010. Dans un communiqué mardi matin, la FIFA avait tenté de dégonfler ces accusations en affirmant que M. Valcke n’était en rien en cause dans ce virement et qu’il ne s’agissait que d’un projet d’aide à la diaspora africaine dans les Caraïbes, au nom de l’Afrique du Sud.

La chute de Sepp Blatter représente une véritable victoire pour les nations du football européenne. Une quarantaine de membres de l’UEFA avaient ainsi voté pour le prince Ali. Contacté par Le Monde après le 65e Congrès, un président d’une fédération du Vieux Continent estimait ainsi que la réélection du Suisse signifiait « encore quatre années de misère pour la FIFA ». Evoquant « ses successeurs » lors de sa conférence de presse organisée en urgence à Zurich, Joseph Blatter avait initialement prévu de remettre les clés de la Fédération internationale au terme de son mandat, en 2019. Parmi ses successeurs putatifs figuraient l’ex-patron de la Concacaf Jeffrey Webb, arrêté avant le Congrès pour « des faits de corruption, racket, blanchiment d’argent ».

Source: Le Monde

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.