Dissolution du bureau fédéral : Les dessous d’une crise qui empoisonne le football malien

La crise qui secoue le football malien depuis plus de deux ans a atteint son paroxysme. Ce point de non-retour est parti de la décision du ministre des Sports, Housseïni Amion Guindo, de dissoudre le comité exécutif de la Fédération malienne de Football. C’était le mercredi 8 mars 2017. Dès le lendemain, dans une correspondance dûment signée de sa secrétaire générale, la Fifa donne au gouvernement malien un ultimatum de 48 heures pour retirer cette décision, sous peine de soumettre le dossier au Conseil de l’instance dirigeante du football mondial, avec comme sanction invariable, la suspension du Mali de toutes les compétitions de football. Dans la mouvance d’un tel bras de fer, un certain nombre de questions se posent. Comment cette crise est née ? Comment a-t-elle été gérée? Quelles sont les conséquences attendues ?

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Tout est parti de la fameuse Assemblée Générale «AG », tenue le 15 janvier 2015, à l’issue de laquelle de lourdes sanctions ont été prises à l’encontre de certains dirigeants sportifs. Ce fut le début d’une crise profonde dont les effets immédiats ont propulsé en deuxième division quatre clubs pour avoir consommé trois forfaits. Il est évident que cette crise est la conséquence directe d’un conflit d’intérêt entre des complices d’hier, et les vaincus de l’AG qui a consacré l’élection de Boubacar Baba Diarra, en octobre 2013 à Mopti. A en croire certaines indiscrétions, Diarra avait une liste de bureau avant les élections. Mais, le compromis avec  le candidat Boukary Sidibé dit Kolon qui devait trancher au  deuxième tour entre lui et le candidat sortant, Hamadoun Kolado Cissé, a tout remis en cause.

Cette AG de la Venise malienne devrait au moins être le déclic  pour l’unification du monde footballistique. Non ! Au contraire, une crise profonde a éclaté qui a été, malheureusement, mal gérée. Face aux positions  tranchées des deux camps, Boubacar Baba Diarra n’est jamais parvenu à calmer les ardeurs des frondeurs.

Le président de la Femafoot n’a pas fait preuve de souplesse dans la gestion de la situation, notamment, avec la suspension et la radiation de certains membres du comité exécutif et collaborateurs. Ensuite, il a licencié la quasi-totalité du personnel administratif de la fédération trouvé sur place.

Malheureusement, le fossé s’est agrandi entre les acteurs, jusqu’au Tribunal Arbitral de Sports « TAS ». Un cas de figure déplorable que l’on pouvait éviter si et seulement si Baba avait accepté de faire des concessions pour l’intérêt du football malien. Faute de ça, le ministre des Sports, Housseïni Amion Guindo, devait prendre ses responsabilités dès le début de ce feuilleton. Mais, lui aussi a failli, sur toute la ligne ; multipliant des déclarations intempestives, sans parvenir à les honorer. Certes, il n’y a pas de lien de subordination direct entre lui et le président de la fédération malienne de football, mais c’est le ministre qui délègue une partie de ses pouvoirs à la fédération. Il suffisait, dès le départ, de retirer ce mandat. La crise a duré pendant près de deux ans, avant que le président de l’assemblée nationale, Issaka Sidibé (ancien président de fédération de cyclisme) ne  trouve un compromis entre les partis en conflit. Mais, la trêve fit long feu.

 

Conflit d’intérêts…

Et pour cause, le TAS, qui avait été saisi par les frondeurs d’une requête en annulation de l’AG de janvier 2015, rend son verdict dans lequel il intime à la Femafoot d’organiser une AG avec un ordre du jour bien listé. La fédération joue au dilatoire et tient une AG extraordinaire (à Sikasso) à laquelle les contestateurs refusent de participer. Le ministre des sports commet un autre impair en allant (à Zurich) demander à la FIFA d’intimer à la Femafoot d’appliquer le verdict du TAS. Housseïni Amion Guindo est humilié par le niet de la FIFA et la crise reprend de plus belle. Cela, ajouté au sabotage lors des préparations des sélections et à la fermeture des stades de compétitions, a-t-il influé sur les prestations de nos différentes équipes nationales ? Toujours est-il que les Aigles et les Aiglons ont été éliminés de leurs CAN respectives, ainsi que nos clubs des compétitions africaines.

Mercredi dernier, la crise connait un rebondissement fatal : le ministre Guindo prend (enfin ?) la lourde responsabilité de dissoudre le CE de la Femafoot, à quelques mois de la fin du mandat de l’actuel bureau fédéral. Cette décision du ministre expose le Mali à une suspension inévitable de toutes les compétitions internationales, jusqu’au  retour à l’ordre normal, l’installation d’un Comité exécutif.

Au-delà, cette crise qui empoisonne le football malien est révélatrice du conflit d’intérêt qui existe entre les protagonistes. En effet, certains acteurs, au lieu de se soucier de l’intérêt national, se livrent actuellement à un honteux conflit qui finira par « tuer » notre football. C’est bien dommage !

O Roger Sissoko

 

DEPARTEMENT DES SPORTS –FEMAFOOT  : Vous avez dit délégation de pouvoir ?

Le ministre des Sports est chargé du développement de la politique sportive au Mali. C’est dans ce cadre qu’il délègue ses pouvoirs aux différentes fédérations. Et la Fédération Malienne de Football ne fait pas exception à cette règle. Autrement dit il n’y a pas de lien de subordination directe entre le Département des Sports et  la Femafoot. Seulement la fédération est une association qui a une délégation du Département des Sports, un démembrement des instances de la CAF et de la FIFA. De cette dernière elle tient l’essentiel de ses ressources financières. Donc, en cas de divergences entre les deux parties, le ministre ne peut que retirer sa délégation de pouvoirs, geler ses fonds. Mais dans le cas d’espèce le ministre a brandi un document qui l’autorise à dissoudre toute fédération pour des raisons bien définies. Au même moment la FIFA, en vertu des articles 14 et 19 de ses statuts dit que la décision ministérielle va à l’encontre de ces dispositions. En clair, la FIFA rejette toute intrusion des pouvoirs publics dans les fonctions d’une fédération. A défaut les sanctions peuvent être immédiates ou différées. Pour le cas du Mali, le délai est court parce que la FIFA connait ce dossier, et avait mis en  garde auparavant le ministre des Sports. Pour les cas de figure la FIFA peut exiger le retour du Comité exécutif (CE). Mais si réellement la fédération a fauté elle peut ordonner le comité de normalisation en cautionnant sa dissolution par le ministre des Sports. Comme ce fut le cas en Guinée.

Les membres de la Fédération sont mis en place au cours d’une Assemblée Générale. Et c’est au cours de cette même AG que la fédération peut être renouvelée, ou dissoute. Un ministre, ni un comité de normalisation n’a d’influence réelle sur l’élection d’un C.E. A la limite le département des Sports peut se référer aux instances supérieures pour retirer sa délégation de pouvoir.

La décision de dissolution du ministre des Sports a provoqué un tollé. Et son appréciation différée selon les protagonistes de la crise qui secoue le football malien. Mais force est de reconnaitre que c’est une première dans l’histoire du football malien

Source: L’ Aube

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