Youssouf Fofana : « j’attends la mise en place de la commission d’enquête parlementaire sur les évènements de Kidal pour dévoiler certains secrets.. ».

Dans une interview qu’il nous a accordée, le secrétaire général du Syndicat de la police national (SPN), Youssouf Fofana, explique les raisons de leur colère contre le Directeur Général de la police, leurs revendications, les poursuites judiciaires en cours contre ce dernier. Il évoque aussi la responsabilité du ministre de la sécurité intérieure dans la crise que vit la police. Youssouf Fofana affirme détenir certains secrets au sujet des évènements de Kidal. Lisez-plutôt…

Youssouf Fafana secretaire general interim police nationale mali

 

Le Point : présentez-vous à nos lecteurs

Youssouf FOFANA : Je suis l’adjudant Youssouf FOFANA Secrétaire Général du Syndicat de la Police Nationale.

Le Point : Plus rien ne va aujourd’hui entre la Police Nationale et le Directeur Général de la Police, contre lequel vous vous indignez d’ailleurs depuis un certain temps. Concrètement, qu’est ce que vous lui reprochez ?

Youssouf FOFANA : Je vous remercie pour cette opportunité que vous m’offrez. D’abord je dirai que le Directeur Général de la police n’a aucun égard envers nous. Hamidou KANSAYE, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ne nous écoute pas. Il en a fait aujourd’hui de la Police une entreprise privée.

Un directeur qui ne respecte pas les textes ne peut pas s’entendre avec les syndicats. Vous savez, la police est un corps qui est sensible, dont l’Etat à besoin forcément. C’est dire que, si on ne nous écoute pas, c’est pour amener la police au chaos. Pour éviter cela, nous avons fait des revendications au sein de la police, suite à certaines dérives que nous avons constatées. En tant que responsables syndicaux, c’est ce que nous avons fait. Cela parce que nous ne voudrions pas être les responsables d’un quelconque chaos au sein de la police.

Le Point : Quelles sont ces revendications ?

Youssouf FOFANA : Nos revendications sont simples. Nous avons demandé depuis de longs moments au directeur général de nous associer à la gestion de la police. C’était dans l’idée de faire éviter ce que vit la police aujourd’hui. Il a carrément refusé. D’abord, il a fait muter des policiers par rancune, par vengeance. Des gens qui, je vous dis, étaient gravement malades. Ces derniers, je vous signale, sont en partie des gens qui avaient été punis en son temps par le même KANSAYE.

Il n’a fait que regrouper ces personnes avec qui il était « en froid » à l’époque et les envoyer à Kidal. Nous avons protesté contre ces mutations que nous considérons comme une vengeance.

Nous n’avons pas besoin de ça aujourd’hui à la police. Je précise que, nous ne sommes pas contre le fait que la police soit à Kidal. Simplement nous disons que cela ne doit pas se faire comme KANSAYE l’a fait. Nous voulons une mutation en due et bonne forme. Si aujourd’hui on devait envoyer des policiers au nord, nous estimons que le groupement mobile de sécurité (GMS) est bien placé pour cette mission. Je ne sais pas si vous vous souvenez. Dans les années 1996 -1997 lorsqu’Ibrahim Boubacar KEITA (IBK) était encore Premier Ministre, nous sommes de ceux qui, en son temps, avaient demandé à aller au nord. On n’était appelé à l’époque les « NINJA ». Le Premier Ministre qu’il était à l’époque, il a accepté notre demande. Il a fait replier du nord tous les vieux policiers. Si aujourd’hui, en présence du même IBK Président de la République, qu’on amène des gens malades, incapables au nord. C’est inadmissible. Le Directeur Général de la Police ne nous a pas écoutés. La conséquence est là : plusieurs d’entre eux sont morts à Kidal.

Certains avaient en leurs mains des fiches d’évacuation, compte tenu de leur état de santé. Le DG qu’il est, il a refusé leur évacuation. Ils sont morts à cause de sa méchanceté. Nous exigeons donc que tout soit mis en œuvre afin de mettre fin à ces agissements du directeur général de la police. Toutes ces personnes victimes de ces mutations de haine se plaignent aujourd’hui. Le comble est que, certains d’entre eux ont leurs salaires gelés depuis six mois. Moi qui vous parle, j’ai mon salaire gelé depuis deux mois.

Sincèrement, C’est incompréhensible et inconcevable. Comment peut-on geler le salaire de ces policiers envoyés en mission commandée, de surcroit.

En aucune manière on ne saurait le comprendre. Pire, Monsieur KANSAYE a envoyé des jeunes policiers sans arme sur un terrain hostile à Kidal. C’était tout simplement de les envoyer à la boucherie.

Trop, c’est trop, si vraiment il ya un Etat, que justice soit faite. Et c’est ce que nous demandons. Nous exigeons qu’il soit traduit devant les hautes juridictions. Le Président de la République a eu à dire à tous les maliens que nul n’est et ne sera au dessus de la loi. Si tel est le cas, le directeur général de la police doit répondre de ses actes. Si cela n’est pas fait, on dira alors que Kansaye est au dessus de la loi

Le Point : Justement, nous avons appris à travers les médias que vous avez entamé une poursuite judiciaire contre le directeur général de la police. Où en êtes-vous ?

Youssouf FOFANA : Effectivement, nous avons engagé une poursuite judiciaire contre lui au niveau de la chambre administrative de la cour suprême à propos de nos salaires. Un Directeur ne peut pas se lever tout bonnement et geler le salaire d’un fonctionnaire comme il l’a fait. La police n’est pas une entreprise privée. Si par exemple le président de la république gèle le salaire d’un fonctionnaire, croyez-moi ; s’il le fait de la sorte, il verra la colère de tous les maliens. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on veut nous pousser à la faute. Nous voulons simplement que l’Etat assume ses responsabilités, pour mettre fin à ces pratiques. Dans le cas contraire, ça peut tourner autrement.

Le Point : ça veut dire que jusque là, l’Etat n’a rien fait ?

Youssouf FOFANA : Rien du tout. L’Etat n’a rien fait jusque là. On a comme l’impression que les agissements de Kansaye plaisent à l’Etat.
Nous ne comprenons pas que l’Etat puisse regarder un directeur geler le salaire des policiers. Un seul individu ne peut pas mettre à mal tout un corps. C’est dommage.

L’Etat lui-même donne l’impression d’encourager cette situation et particulièrement le Ministre de tutelle, le Général Sada SAMAKE qui, je vous assure, en est pour beaucoup.

C’est lui, en effet, qui disait avoir donné le plein pouvoir à Kansaye. Naturellement, quand tu donnes le plein pouvoir à quelqu’un, tu es comptable de ses actes. C’est pour vous dire simplement que le Ministre de la Sécurité est aussi venu pour régler ses comptes. Il est venu pour se venger. Pourtant, il a été rétabli dans ses droits par le passé. En tout cas, pour nous, le Ministre de la sécurité est le premier responsable de cette situation. Et pour cause, depuis son arrivée à la tête du département, il ne nous a jamais convoqués afin de nous écouter. Pourtant il sait bien que ça ne va pas au sein de la police.

C’est dire qu’il est consentant de ce qui se passe. Une chose est sûre, ce n’est pas fini. J’ai beaucoup de choses à dire. J’attends la mise en place de la commission de l’enquête parlementaire à l’Assemblée Nationale pour dévoiler certains secrets.

Le Point : Quels sont ces secrets ?

Youssouf FOFANA : Ça concerne la police. M ais je vais me taire pour l’instant. Vous le saurez dans les jours à venir.

Le Point : Certains de vos collègues sont détenus à présent à Kidal. Avez-vous leurs nouvelles ?

Youssouf FOFANA : Nous sommes en contact permanent avec eux. Ils vont bien, et nous sommes en train d’œuvrer pour leur libération.

Le point : Votre mot de la fin

Youssouf FOFANA : Je lance un appel à tous les policiers. Nous comptons organiser une grande marche dans les jours à venir. Et ce en concertation avec le bureau syndical et la centrale. J’en appelle à une mobilisation générale le jour J. Le public sera informé de la date. Mais, encore, j’invite à la mobilisation générale de tous les policiers pour mener ce combat. Je le dis et je le répète.

M. KANSAYE n’est pas là pour le bonheur des policiers. Il est là pour défendre ses intérêts. Alors ouvrons les yeux et disons non. Merci.

Propos recueillis par Amaye Maki.

Source: Le Point

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.