Yélimané : bisbille autour de taxes jugées «illégales» par la population

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Pendant plus de deux décennies, les élus locaux en complicité avec l’administration ont abusé du patriotisme des populations de Yélimané. Ils continuent à prélever la taxe volontaire et ont instauré une autre taxe appelée «taxe voirie». Après une prise de conscience, les populations des quatre cantons du cercle de Yélimané exigent la levée de ces taxes jugées «illégales», et demandent une explication de l’utilisation faite de cet argent.

Les populations de Diafounou, de Djuidimé, de Kanyanga et de Tringan, dans le cercle de Yélimané, longtemps abusées et arnaquées par les élus locaux, veulent aujourd’hui mettre fin au prélèvement de la taxe volontaire fixée à 1000 Fcfa depuis 1987, et la taxe de voirie s’élevant à 2000 Fcfa et instaurée en 2000 par les 12 élus locaux du cercle.

Pour rappel, en 1987, le Général Moussa Traoré, alors président de la République, devait entamer une tournée dans la région de Kayes. Le cercle de Yélimané étant dépourvu d’infrastructures d’hébergement des officiels, les populations des quatre cantons du cercle, de façon volontaire et en parfaite harmonie avec les membres de l’UDPM de l’époque, ont alors décidé qu’en plus de s’acquitter de la TDLR qui s’élève à 1150 Fcfa, d’ajouter la somme de 1000 Fcfa pour construire un pied-à-terre, la gendarmerie, le siège de l’UDPM, et mettre une voiture à la disposition du parti. Cela, sur une période de trois ans. Lesdites infrastructures seront construites au cours de ces trois années.

Ces populations, préoccupées par le développement de leurs contrées respectives, avaient presque oublié qu’elles continuaient à payer cette taxe volontaire au-delà des trois ans convenus. Jusqu’au jour où Mamadou Hawa Gassama a été saisi par l’association des ressortissants sur l’arrestation d’un éleveur et le fils d’un richissime de la contrée. C’est là que le député fit savoir aux populations de l’aider à mener un autre combat.

Le député Mamadou Hawa Gassama leur fera savoir qu’après le recouvrement total des impôts, un excédent de 4,5 millions se dégageait. Encore qu’il aurait refusé la somme de 5 millions qu’on lui avait proposée pour acheter son silence. Il ajoutera que les fonds générés dans le cadre du recouvrement de ces taxes tombent directement dans les poches des élus locaux et de l’administration (Préfet, sous-préfet et juge).

Une fois bien imprégnées de cette situation, les populations et l’association Dagakané ont invité les 12 élus locaux à une restitution sur la gestion de ces sommes et à l’arrêt des prélèvements. Illico presto, le député Gassama, qui avait pourtant mis à nu cette supercherie, retourne sa veste. Et accable alors l’association des ressortissants de Yélimané dénommé «Dagakané», de n’avoir autre objectif que de nuire au développement socio-économique de la zone.

D’où le début d’un climat de suspicion entre lui et la population. En clair, le député Gassama se rangera du côté des élus locaux et de l’administration. Malgré la bonne foi des populations à instaurer un climat de dialogue avec les autorités locales et les élus, elles se heurtaient à leur refus d’aller vers une concertation.

Pire, aux premières heures de la décentralisation, les élus municipaux, dans leur course au gain facile, ont instauré une autre taxe dite de voirie. Laquelle devrait à servir à assainir les villages et villes du cercle de Yélimané. Malheureusement, il n’en a rien été puisqu’aucun village ou ville du cercle de Yélimané n’a vu l’ombre d’un camion Benne.

D’ailleurs, le maire de Yélimané a vendu la Benne offerte dans le cadre du jumelage avec Montreuil. De 2000 à nos jours, en plus de la TDRL, de la taxe volontaire, les populations s’acquittent également de cette taxe de voirie. Et à Diongaga, dans le Diafounou, les familles détentrices de charrettes paient une autre taxe fixée par la mairie. Et gare à celui qui ose demander des comptes !

C’est ainsi que le porte-parole de l’association Dagakané de France croupit en prison à Kayes, pour avoir demandé la levée pure et simple des taxes jugées «illégales». Idem pour Sadio Niagaté, chef de village de Yélimané, non moins président de l’association Dagakané et président de l’association 4 villages, il a été emprisonné pendant des heures. Il a recouvré la liberté grâce à l’intervention des ressortissants de Yélimané en France. Au total, il y a eu 50 interpellations le jeudi dernier, y compris des chefs de village.

En tout cas, les populations de Yélimané, dans leur grande majorité, demandent aux plus hautes d’avoir un regard sur leur situation avant qu’elle ne dégénère. Elles exigent la levée pure et simple de la taxe volontaire, de la taxe de voirie, et la levée de l’interdiction de l’association Dagakané, qui est contrainte d’arrêter ses activités.

Pachi TRAORE, envoyé spécial à Yélimané

Source: Le Reporter

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