Violences conjugales au Mali : Silence coupable des organisations féminines

L’assassinat, le mardi 21 mai 2019, de Kadia Kanté, âgée seulement de 28 ans, par son mari, Lassana Kanté, qui continue de défrayer la chronique à Bamako, vient une fois d’ouvrir le débat sur la récurrente problématique du concept violences basées sur le genre (VBG).

Le silence radio de ces nombreuses organisations de défense des droits de femmes, à commencer par le ministère de la Promotion de la femme, de l’enfant, et de la famille, face à ses crimes, ne corrobore-t-il l’assentiment de nos nombreux compatriotes qui estiment que la lutte contre les VBG, loin d’être un idéal ou une conviction, n’est qu’un fonds de commerce, et une source d’autopromotion de la plupart des responsables de ces organisations publiques comme privées de défense des droits de femme ?

En tout cas, il y a lieu de s’interroger réellement sur ce qui font nos organisations de défense des droits de femme, au regard de la très forte recrudescence des violences conjugales. Cette situation est-elle la preuve de l’échec des organisations de défenses des droits de femme ou l’inefficacité de notre arsenal juridique face à un problème de plus en plus grave.

Aussi, soutiennent-ils, les mots comme droits des femmes, émancipation des femmes, santé de la mère et des filles n’ont réellement de valeurs que pendant les célébrations des journées internationales, de la femme (8 mars) de la Panafricaine (31 juillet) ou de la lutte contre l’excision (6 février).

Face à la gravité de la situation, notre équipe a échangé avec Maimouna Dioncounda Dembélé, spécialiste en genre (égalité entre les femmes et les hommes) et Moussa Guindo, Conseiller technique au ministère de la Promotion de la femme, de l’enfant, et de la famille.

Pour Mme Maimouna Dioncounda Dembélé : « Au Mali, beaucoup de violences sont exercées sur les femmes, sans qu’on ne sache la qualification à donner. Nous avons un code pénal qui est muet sur beaucoup de violations faites sur les femmes, surtout celles relatives au sexe. On n’a pas de lois spécifiques par rapport aux violences conjugales. L’avant-projet qui a été déposé en septembre 2018, n’a pas eu de suite. Cet avant-projet c’était pour pouvoir contextualiser le concept de violences faites aux femmes qui n’est pas seulement un meurtre ou assassinat mais un acte qui a été perpétré à l’endroit de quelqu’un ».

Par ailleurs, estime Mme Maimouna Dioncounda Dembélé, il faut lever les tabous sur les questions de violences conjugales et qu’on en parle aux jeunes (filles et garçons).

Pour ce faire, elle recommande des actions de prévention en mettant surtout l’accent sur l’éducation sexuelle, et comportementale des enfants, depuis à bas-âge.

«Si on apprend aux filles, l’obéissance et le respect dus à leurs maris, on doit faire comprendre aux garçons qu’on ne doit pas violer, ou frapper une femme».

Quant au conseiller technique, Moussa Guindo, il a rappelé que son département travaille avec plusieurs associations et ONG  dans le cadre de la protection et de la défense des droits des femmes et des enfants.

«Le projet de loi portant sur la lutte contre la prévention de VGB est prêt, avec une stratégie d’argumentaire pour les parlementaire et les religieux, visant à diligenter l’adoption de cette loi qui est vraiment urgente pour le Mali », a fait savoir Moussa Guindo.

Il s’avère que l’identification précoce de certains cas de violence conjugale peut sauver une femme des griffes d’un violent conjoint.

Il est souvent reproché aux femmes battues ou assassinées de ne pas abandonner leur foyer. Mais, le plus souvent, c’est au moment où elles s’apprêtent à quitter leur mari ou elles s’attendaient le moins, qu’elles sont violemment agressées ou tuées.

Les donnes au niveau des ONG  montrent qu’au moins 20% de femmes subissent des violences conjugales. Quant aux études effectuées, elles révèlent qu’en 2018, 94% des victimes n’osaient pas porter plainte à la Justice par peur de ne pas pouvoir suivre tout le processus ou encore d’être l’objet de stigmatisation au niveau de la société.

En trois ans,  nous avons enregistré, cinq cas de violences conjugales mortelles dans la seule ville de Bamako : 23 janvier 2015 : Maimouna Sissoko dite Kamissa a reçu une balle dans la tête par son mari.

La même année, Mariam Diallo a été poignardée à 37 coups de couteaux par son mari suite à une dispute.

Le 7 septembre 2016, à Faladié, une autre femme a été abattue à coups de machette par son mari.

Le 29 décembre 2017, Fanta Sékou Fofana standardiste de la Présidence de la République, a été également tuée par son mari.

Enfin le 21 mai 2019, Lassana Kanté a égorgé sa femme Kadia Kanté. La liste n’est pas exhaustive.

En tout cas, il est temps qu’on mette fin à ses tragédies que rien ne saurait justifier. Pour ce faire, il revient à ces nombreuses organisations dites de défense des droits des femmes d’être au-devant de ce combat. Il en est de même pour l’effectivité de la loi 052, qui ne leur sera jamais servie sur un plateau d’or.

« An dara, an sara », slogan d’une organisation faitière du Burkina-Faso.

                                                                                                    Dima Kontao

 

Bamakonews

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