Violations des droits de l’Homme au Nord : 33 AUTRES VICTIMES DEMANDENT JUSTICE

Leurs avocats ont déposé une plainte avec constitution de partie civile au cabinet du doyen des juges d’instruction du tribunal de 1ère instance de la Commune III

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Après les 80 femmes du 12 novembre dernier (voir l’Essor du 17 novembre 2014), 33 autres victimes de violences sexuelles et de crimes internationaux commis ont, elles aussi, par l’entremise leurs avocats, déposé le vendredi 6 mars une plainte avec constitution de partie civile au cabinet du doyen des juges d’instruction du tribunal de 1ère instance de la Commune III (TPI). Cette plainte vise les commanditaires et 15 auteurs directs présumés de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre perpétrées par les bandits armés (MNLA, Ançardine et AQMI), lors de l’occupation de la région de Tombouctou entre 2012 et 2013.
L’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) ont, du 23 février au 2 mars, mené une enquête internationale en 6è Région pour auditionner les victimes, les témoins d’actes de torture, viols, violences sexuelles, privations graves de liberté et identifier les auteurs présumés des infractions commises et les conditions dans lesquelles ces violations graves des droits humains ont été perpétrées. La mission a également permis de recueillir des éléments matériels de preuve transmis à la justice malienne en appui à la plainte.
Les responsables de l’AMDH, de la FIDH et de l’Association féminine oeuvrant pour la défense des droits des femmes et le développement (WILDAF-Mali) ont co-organisé vendredi une conférence de presse pour annoncer et détailler ces plaintes. Mais ils ont préféré taire le nom des 15 auteurs présumés pour des raisons de sécurité, de protection des victimes, des avocats et pour que ces individus « malfaiteurs » ne prennent pas la tangente. « Des victimes de Tombouctou portent plainte » était l’intitulé de la rencontre qui s’inscrivait dans le cadre de leur projet conjoint intitulé « Mobiliser la société civile pour une réponse à la crise des droits humains au Mali ».
La conférence de presse était animée par Florent Geel, Mes Clémence Bectarte, Moctar Mariko et Mme Bouaré Bintou Founè Samaké, respectivement, directeur du bureau Afrique FIDH, avocats des victimes et présidente de WILDAF-Mali. « Nous avons mené cette enquête internationale à Tombouctou, car la région a été plus envahie, traumatisée et a plus subi l’application systématique de la charia et de la profanation des mosquées par les jihadistes par rapport à n’importe quelle autre localité du Mali. Les chefs islamistes tels qu’Iyad Ag Aly et Moctar Ben Moctar ont utilisé certains habitants de Tombouctou pour mettre les populations sous leur volonté, afin de les réprimer et de les terroriser » a expliqué Florent Geel.
L’avocate des victimes, Me Clémence Bectarte, a qualifié les infractions commises par les occupants de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de crimes contre la paix. Il est donc important, de son point de vue, de restaurer toutes ces atrocités dans leur ampleur, leur cruauté et leur gravité. Les qualifications de crimes ont permis de mettre en lumière les raids et les méthodes employées par les bandits armés, a-t-elle noté.
Jugeant que les 15 auteurs présumés de viols sexuels et de violations des droits de l’homme doivent répondre de leurs actes devant les juridictions et le peuple malien, Me Clémence Bectarte a annoncé que l’AMDH, la FIDH et « WILDAF-Mali » attendaient l’ouverture d’une enquête, la liberté et l’indépendance de la justice, afin que les victimes accèdent à la justice et soient rétablies dans leurs droits.
Le président de l’Association malienne des droits de l’Homme, un des avocat des 33 victimes, a présenté cette plainte déposée auprès du cabinet du doyen des juges d’instruction du tribunal de 1ère instance de la Commune III comme un message adressé aux autorités politiques, judiciaires et aux journalistes afin de lutter contre l’impunité dans notre pays. Me Moctar Mariko a souhaité que la justice s’empare de ces plaintes avec célérité et s’engage au plus vite dans les enquêtes, afin de situer les responsabilités et de rendre justice aux victimes.
La conférence de presse a été organisée en collaboration avec le ministère français des Affaires étrangères, l’ambassade de France, l’Union européenne (UE), la MINUSMA, l’Association des juristes maliennes (AJM), le collectif Cri de Cœur, l’Association « Dèmè-So » et le Réseau régional des associations des victimes des évènements du Nord.

S. Y. WAGUE

source : L Essor
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