San : Controverse autour des parcelles aménagées

Une mission pluridisciplinaire conduite par Abdoulaye Poudiougou, représentant le Premier ministre, s’est rendue dans l’arrondissement central de San en vue de discuter, comprendre, analyser et proposer une solution au conflit lié à la plaine aménagée de Tounga-Est, du moyen Bani. Cette mission fait suite à une plainte adressée au Premier ministre par les villages de Dalla, Dinso, Nera, Zémesso, Goualani et Fillasso Bossoni.

Selon les sources proches du dossier, ces villageois auraient affirmé dans leur plainte adressée au chef du gouvernement qu’ils n’ont pas de terre à cultiver pour de se nourrir depuis 2011. Il aurait été promis aux plaignants qu’une mission serait diligentée sur place en vue d’un règlement définitif du problème.

La mission s’est rendue donc les 14 et 15 avril dans les villages de Dalla et Goualani en vue, de toucher du doigt, avec les élus locaux et les notabilités des villages concernés, la source du conflit.

Le chef de la mission Abdoulaye Poudiougou a expliqué aux populations que le souci du gouvernement est d’éviter un foyer de tension à cause de ce litige foncier. Selon lui, c’est dans la vérité que des négociations peuvent se tenir pour aboutir à une solution définitive du problème. Il a alors rappelé aux différents acteurs quelques unes de nos valeurs culturelles et morales à savoir la recherche de le verité, l’esprit d’honnêteté et de patriotisme qui ont caractérisé la vie de nos ancêtres.

A sa suite, Daouda Traoré, représentant du chef du village de Goualani, a expliqué que les six villages concernés par le conflit n’ont d’autres activités en dehors de l’agriculture et la pêche. « Si on nous retire nos terres agricoles pour les donner à d’autres, on ne sait plus alors à quel saint se vouer », soulignera-t-il. Pour lui, c’est le maire Madou Bouaré et l’administration locale à travers le sous-préfet de l’arrondissement central de San Drissa Coulibaly qui sont à l’origine du conflit.

Il rappellera qu’en 2010, le maire de Djéguéna Madou Bouaré, avait réuni les populations de sa commune pour le partage de la plaine. « Ce jour là, on lui a notifié que ce n’était pas faisable. En 2011, il répéta la même chose, la même réponse lui fut donnée. Au cours de cette même année 2011, le préfet de San Baye Konaté nous a appelé dans son bureau, autour du partage de la même plaine. On était tellement surpris qu’on a pu rien dire au préfet Konaté », a raconté l’orateur qui a ajouté que le préfet les a alors invités d’aller réfléchir durant 15 jours et qu’au terme de ce délai, il les conviera pour recueillir leurs points de vue sur la situation. « Le préfet nous a rassuré que s’il n’y a pas de consensus autour de la situation, le partage de la plaine ne va plus avoir lieu.

Avant les 15 jours, deux autres réunions ont pu être tenues dans les locaux du secteur agricole de San. Nous n’y étions pas conviés. J’ai tenu à être présent mais l’accès de la salle m’a été interdite par le maire de Djéguéna et le sous-préfet de l’arrondissement central de San Drissa Coulibaly », a indiqué Daouda Traoré.

Après les 15 jours de délai fixé par le préfet, une réunion s’est tenue dans les locaux du secteur agriculture. Elle devait avoir pour objet, le recueil des points de vue des populations des villages concernés. « Curieusement, on m’a écarté de la rencontre. Je n’ai pas pu alors savoir ce qui a été décidé au cours de la réunion. Lorsque le préfet a voulu nous faire le compte rendu de la rencontre tenue au secteur agriculture, le sous-préfet central Drissa Coulibaly lui a dit ouvertement en notre présence que les décisions prises au cours de ladite rencontre seront exécutées de gré ou de force », se souvient le porte-parole des plaignants.

Il a été appuyé par Karim Koné, porte-parole du chef de village de Fillasso Bossoni, qui a soutenu que des champs ont été retirés à certains paysans et remis à d’autres sans aucune raison valable. Il souhaiterait que les champs soient restitués à leurs propriétaires initiaux.

Arouna Sangaré, le chef du secteur agriculture de San, a apporté un démenti à certains propos tenus par Daouda Traoré concernant l’interdiction d’accès à la salle lors des différentes rencontres tenues au secteur agriculture. Selon lui, le préfet avait créé à l’époque une commission chargée de fixer les critères d’attribution des parcelles aménagées dans les dites plaines. La même commission devrait s’occuper de la distribution. Cette commission se réunissait périodiquement au secteur agriculture pour faire son travail. Donc toute personne qui n’était pas membre de cette commission n’était pas admise dans la salle.

Les échanges ont permis de comprendre que les parcelles ont été distribuées aux paysans mais que certains, mécontents de leurs lopins, ne se sont même pas donnés la peine d’aller les voir. Par conséquent, ils ne savaient même pas que les parcelles étaient en leurs noms.

Pourtant, les parcelles devaient être distribuées selon 6 critères à savoir : tout citoyen peut bénéficier de l’aménagement à condition d’avoir l’agriculture comme activité principale, les exploitants avant l’aménagement de la plaine doivent être prioritaires, les exploitants doivent bénéficier de parcelles près de leur lieu de résidence dans la mesure du possible, l’attribution est faite en fonction du nombre de bouches à nourrir, s’acquitter correctement de ses taxes et impôts fixés par l’Etat, réserver 10% de la superficie totale aux femmes et aux jeunes.

La délégation a visité certaines attributions à Dallan puis à Goualani. L’idéal selon le chef de la mission, c’est de faire venir le bureau d’étude qui a fait les travaux parcellaires pour qu’il puisse montrer à chaque bénéficiaire les limites de sa parcelle et ensuite les négociations peuvent se poursuivre.

La délégation comprenait outre le représentant le Premier ministre, Adama Sagnon  Keita, contrôleur général des services publics, Batiama Diarra, inspecteur au ministère du Développement rural, Seyni Ogotimé, chef du bureau législation au ministère des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières, Massa Koné et Lamine Coulibaly  de la Coalition malienne contre l’accaparement des terres, Pakuy Kamaté, conseiller aux affaires économiques et financières du gouverneur de la région de Ségou, Sidi Mohamed Traoré, directeur régional des domaines et du cadastre de Ségou, El-hadj Sékou Bah, préfet du cercle de San et Cheick Tidiane Tall, sous-préfet de l’arrondissement central de San.

NOUNBALA CAMARA 

AMAP SAN

 

 

SOURCE: Le Matinal
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