Résorption de la pauvreté au Mali : Un véritable casse-tête pour nos gouvernants

En Afrique, et particulièrement au Mali, la pauvreté fonctionne exactement comme un train à grande vitesse dont le système de freinage est en panne. Et dans sa course non-stop, elle annihile, sur son passage, les efforts des décideurs politiques qui tentent de l’arrêter. La problématique aujourd’hui est de savoir si, à l’aune de ses causes et conséquences, le gouvernement de la Rupture aura la formule magique pour la contrer.

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La pauvreté au Mali, ce n’est pas des mots. Ce sont des maux, et il faut sortir de chez soi pour toucher du doigt son ampleur. Le pauvre, ce n’est pas seulement celui-là qui a du mal à joindre les deux bouts. C’est surtout ces vigiles privés qui ne se lavent pas, qui ne se brossent pas les dents, qui font des maisons inachevées leur dortoir. La pauvreté, c’est aussi ces personnes qui, lorsque des manifestations prennent fin par une note de rafraichissement, remplissent leurs petits sacs en plastique. Ils sont à Banconi, Nafadji, Niamana, Doumazana, Kalaban-Coro, Niamankoro, Dialokarodji etc. La couleur de l’eau qu’ils boivent est tout sauf blanche. Le ventre de leurs enfants est ballonné du fait de la malnutrition. Chez eux, la cohabitation avec les mouches et moustiques relève du naturel. Ils ne s’en plaignent pas. Ils n’ont point accès à l’électricité et aux centres de santé. C’est pourquoi le Secrétaire général de l’Onu a déclaré : « La pauvreté ne se mesure pas simplement à l’indigence d’un revenu. Elle se manifeste par un accès insuffisant à la santé, à l’éducation et à d’autres services essentiels et, trop souvent, par le déni ou la violation d’autres droits fondamentaux. » Mais les vrais pauvres, ce sont des personnes qui ont la tête bourrée de frustrations. Ils sont souvent nerveux, car se sentant en marge de la société. Et à cette étape, ils développent plein de vices dont l’alcoolisme, le tabagisme, la prostitution. Les plus courageux font du braquage un véritable boulot. D’autres encore sont recrutés par les groupes terroristes. C’est pourquoi la réduction de la pauvreté est une urgence, vu la recrudescence des actes d’insécurité ces derniers temps.
Au Mali, depuis 1992, les politiques gouvernementales visant à réduire la pauvreté ont toujours pris du bide. Selon la Stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté (Scrp 2011-2015), plus d’une personne sur trois (45,21%) vivent en dessous du minimum vital et une personne sur trois (30,8%) subit encore de nombreuses privations en termes de conditions d’existence et de patrimoine. Au banc des accusés, la Scrp 2011-2015 cite la grande taille du ménage (08 personnes et plus) qui apparaît comme un facteur très limitant la réduction et la sortie de la pauvreté. Entre autres politiques de croissance économique accélérée et de redistribution susceptibles de conduire à une réduction significative de la pauvreté et de donner une impulsion à la marche du Mali vers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), le régime du président IBK a décidé de promouvoir l’économie locale, maîtriser la croissance démographique, en liaison avec la forte corrélation entre la pauvreté et la taille élevée des ménages, réduire les inégalités de genre, renforcer la protection sociale, surtout vis-à-vis des personnes du troisième âge, renforcer les infrastructures de base, et renforcer la politique de microcrédits. Dans cette dynamique, bien de structures ont été mises en place. Il s’agit notamment de l’Anpe, l’APEJ, le FAFE et autres. Pourtant, le mal persiste. Même le relèvement du Smig à 40.000 francs Cfa, les mesures prises par le gouvernement du Changement pour porter à la hausse les salaires n’ont point atténué les effets néfastes de la pauvreté. Le constat est que plus on augmente le salaire, par exemple des enseignants, c’est en ce moment qu’ils trouvent opportun d’agrandir leur répertoire d’enfants. Le phénomène a tellement préoccupé en son temps le président béninois Boni Yayi qui, dans un franc-parler en 2017, avait demandé aux enseignants de son pays de bien vouloir refréner sa vitesse de procréation afin que la création de richesse soit en adéquation avec la poussée démographique.

Quelle baguette magique pour IBK ?

Pour inverser la tendance, l’ancien chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, a tout tenté. Gratuité de la césarienne, gratuité de la scolarité pour les filles, recrutement massif dans la fonction publique, toutes les stratégies ont été mises en œuvre pour permettre à tous les Maliens de vivre mieux. Mais, au bout du rouleau, toutes ces actions ont semblé de l’eau versée sur le dos du canard, puisque les attentes sont grandes. Et c’est dans ce contexte d’insatisfaction générale que le président Ibrahim Boubacar Kéita a été plébiscité à la tête du pays. Avec son statut d’homme rigoureux et intègre ayant réussi dans ses premières missions, parviendra-t-il à produire le miracle ? La question taraude les esprits, et ses faits et gestes sont scrutés. Les mois lui sont décomptés. Et face à ce compte à rebours qui lui indique trente-deux (32) mois encore à passer à Koulouba, il doit maintenant passer à la vitesse supérieure. Outre les réformes institutionnelles et administratives qui focalisent toutes ses attentions, il doit maintenant commencer par œuvrer intensément dans le social. Car, à la vérité, que veut le peuple ? C’est le pain et la paix. Quand il n’en trouve pas, il cesse d’écouter vos discours réformistes, et commence par chercher un autre « messie ». Donc, le président IBK qui souhaite être porté en triomphe à la fin de son quinquennat, doit savoir que l’heure a sonné d’intensifier ses actions dans le social afin que l’effectif des 45,21% de citoyens qui vivent en dessous du minimum vital se réduisent considérablement.

Paul Samaké

Mali-Horizon

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