Remariage : La difficile équation des femmes divorcées

Le remariage est une union contractée par une personne qui a déjà été mariée, et dont le précédent mariage a été rompu, soit par divorce soit du fait d’un veuvage.

 

Dans la société africaine en général, et celle du Mali en particulier, le remariage des femmes divorcées est de plus en plus difficile. Ces femmes sont mal vues ou mal jugées par la société. Beaucoup sans chercher à connaître les vraies raisons de leur divorce, les accusent à tort et à travers.

Elles seraient frivoles. Elles auraient été convaincues d’une série d’adultères. Elles seraient impatientes et bousculeraient leur mari pour obtenir leurs désirs. Ces orgueilleuses seraient gonflées, insoumises, dévergondées.

Elles sont traitées de tous les noms de chien. Les jugements sans fondement compliquent la vie quotidienne de ces femmes et retardent leur remariage. L’épouse serait-elle la seule fautive dans une procédure de divorce ?

L’impuissance, l’alcoolisme invétéré, la toxicomanie sont des motifs de divorce. Rarement ces tares affectent la conjointe. Généralement, la plainte de la femme accuse le mari d’être un alcoolique invétéré, un toxicomane, impuissant au lit. Malgré ces vices, les maris divorcés arrivent facilement à avoir une nouvelle épouse.

Les conjointes victimes des préjugés sont présentes dans tous les quartiers de Bamako. Certaines ont accepté de partager leur expérience après l’épreuve difficile du divorce.

Ancienne épouse d’un divorcé, Mme Fatoumata Coulibaly est libre depuis plus de deux ans. Elle rappelle le calvaire qu’elle a vécu au foyer conjugal : « J’ai divorcé, car je n’arrivais plus à supporter mon mari. Il était alccolique invétéré. Quand il se saoulait, il me battait, presque tous les soirs ». Elle denude son dos et nous montre des cicatrices qui zèbrent son corps.

EXPÉRIENCE TRAUMATISANTE

Tous les voisins étaient au courant des brimades subies par Fatoumata. Malgré tout, cette femme a été discréditée à travers toutes sortes de préjugés dans son quartier après avoir obtenu le divorce.

Aujourd’hui, se remarier est devenu un problème pour l’ex- épouse frustrée. «Des hommes viennent vers moi, mais quand je leur confie l’échec de mon premier mariage, sans chercher à comprendre les vraies raisons de mon divorce, ils me fuient », a-t-elle confié.

Également divorcée, Mme Coumba Sidibé est confrontée au problème de remariage. Elle a révélé que son mari ne la respectait pas du tout. Il la traitait comme une esclave. Il la maltraitait. Il lui proférait des injures graves. Le comble est qu’il ne subvenait pas aux besoins de son épouse. Elle a été contrainte d’abandonner le domicile conjugal.

Elle est retournée dans la famille paternelle. Elle estime qu’elle a retrouvé sa dignité après son divorce.
Elle peine aujourd’hui à trouver un heureux élu pour un nouveau départ dans la vie. Elle déplore que dans notre société beaucoup de gens méjugent les femmes divorcées sans savoir les causes réelles de leur divorce. Les conséquences de ces commérages sont énormes. Elles empêchent les femmes divorcées de se remarier, même si elles en ont envie.

Aucune femme ne souhaite divorcer après son mariage. Les hommes doivent comprendre que toutes les femmes ne sont pas responsables des divorces. Elles sont très souvent des victimes. L’incompatibilité qui a conduit au divorce ne doit pas être un frein au remariage de l’épouse. Tel est le point de vue d’ Alimatou Konaté divorcée depuis quelques années.

Cette dame se rappelle encore des traumatismes qu’elle a subis dans son premier mariage : « Je n’étais pas heureuse dans mon foyer. J’ai décidé de m’en aller parce que je craignais de succomber sous les coups. Mon mari me battait à sang et il menaçait fréquemment de me tuer. » a-t-elle dit.

Malgré cette expérience traumatisante, Alimatou souhaite vivement se remarier. Elle souligne que “ la femme joue son rôle social dans le foyer conjugal. Mais malheureusement, les hommes viennent mais beaucoup sont dissuadués par les parents de ne pas sauter le pas pour se marier avec une divorcée. La tristesse d’Alimatou est immense.

Après le divorce, Sadio Kanouté se rappelle que beaucoup de gens ironisaient sur son sort d’ex-épouse frustrée. Tous lui assénaient que son ancien mari pouvait trouver une autre femme demain, s’il le souhaitait. Mais que Sadio allait retrouver difficilement un nouveau mari. Aujourd’hui, elle donne raison à ceux qui doutaient de ses chances de remariage dans un temps court.

« Cela me frustre de voir que les hommes fuient les femmes divorcées. Le monde a évolué. Ils ne doivent pas nous juger sur notre passé. Ils doivent d’abord essayer de nous connaître au lieu d’écouter les médisances », a-t-elle suggéré. La frustrée Sadio est écœurée de voir les hommes fuir les femmes divorcées.

La fonctionnaire « D » a plaidé que les hommes doivent se renseigner d’abord sur les motifs de tout divorce. Sont-ils convaincants ou pas ? L’ex-épouse « D » dont le premier mariage fut un échec a révélé que son mari l’a trouvé « intacte » le jour des noces. Elle a révélé qu’elle était très jeune et n’avait aucune expérience quand elle se mariait.

Le mari volage confiait à ses amis qu’il préférait les femmes expérimentées. Il me trompait avec des amantes adultes. Quand il sortait la nuit, il ne revenait que le lendemain et n’avait aucune considération pour moi. Après trois ans de mariage, le mari ne changeant pas, elle a demandé et obtenu le divorce.

IRRESPECTUEUSE

La mélancolique « D » habite maintenant chez son père depuis trois ans. Elle n’arrive pas à se remarier. Elle avait eu la chance de connaître un monsieur qui a vraiment compati à sa douleur.

Les deux amis se sont fréquentés et l’amour avait fleuri dans le cœur de « D ». Son amoureux était prêt à se marier. Mais, les parents de l’amant l’ont dissuadé. Il a confié à « D » qu’il ne pouvait pas aller à l’encontre de l’avis de ses parents.

Pourquoi le remariage des femmes est si difficile dans notre société? Le sociologue Bréhima Ely Dicko développe que dans notre société, le divorce est mal perçu. Il traduit l’échec des acteurs traditionnels (griots, parents) chargés de la médiation. La femme divorcée est mal vue par les hommes. Elle est soupçonnée d’avoir un mauvais caractère, d’être irrespectueuse envers les hommes .

Le préjugé est vivace dans les familles maliennes: “ une femme qui divorce une première fois, divorcera une deuxième fois. Ce sont juste des a priori, c’est du machisme. En conséquence, par peur les hommes évitent les femmes divorcées”, a soutenu le sociologue.

Les réponses de quelques maris ou des hommes célibataires apportent la contradiction au plaidoyer pro domo des épouses divorcées. Le chauffeur Seydou Coulibaly se méfie des femmes divorcées, parce que qu’il ne connaîtra jamais les raisons profondes de l’échec du premier mariage. Il développe sa pensée :« Je suppose que la divorcée qui est en face de moi a un côté obscur que j’ignore. Je ne prends pas le risque de me lancer dans un nouveau mariage avec elle ».

L’enseignant Boubacar Keita, a souligné que la femme divorcée est peut être une femme insoumise et mal éduquée. Il ne s’engagera pas dans un projet de mariage avec une telle femme.

Le commerçant Adama Sangaré abonde dans le même sens. Il est convaincu que la femme divorcée n’est pas digne de confiance. L’épouse idéale est celle qui supporte tout dans le mariage. Dieu récompensera sa patience un jour, en la gratifiant d’un enfant béni.

Amsatou Oumou TRAORÉ

 

Psychologie : Les seconds mariages ont-ils plus de chances ?

D’après l’Institut national de la statistique et des études économiques (France), la proportion de remariages est en hausse ces dernières années. En 30 ans, en France métropolitaine, elle est passée de 12% à 21% pour les hommes et de 11% à 19% pour les femmes. Repasser devant le maire est devenu de plus en plus fréquent, peut-être parce que cette deuxième chance est finalement la bonne !

Effacer les traces de l’union antérieur

Accepter ou proposer de se remarier permet de tirer un trait définitif sur sa dernière expérience pour donner une nouvelle chance à sa nouvelle histoire d’amour. Renouveler cet engagement permet un nouveau départ pour passer à autre chose et “enterrer” son union antérieure pour de bon.

S’affirmer en tant que couple 
Être en union libre avec son nouveau partenaire peut ne pas suffire à s’affirmer en tant que couple peut devenir une nécessité. Le remariage donne une puissante reconnaissance et une légitimité recherchée aux yeux de ses amis, de sa famille, de ses enfants ou de son ex-conjoint. Faire reconnaître son amour lors d’une cérémonie officielle, où tout le monde est convié, permet d’exister en tant qu’entité et non plus comme “divorcé” ou “séparé”.

Dépasser ses précédents échecs

Se remettre en couple et décider de se donner une seconde chance à travers le mariage peut faire resurgir les échecs du passé et la peur de s’engager à nouveau et de souffrir d’une rupture ou d’une relation difficile. Pourtant, un second mariage est l’occasion de dépasser cette peur et de “réparer” ce qui n’a pas pu l’être lors de la première relation à travers une remise en question profonde de soi-même et de ses attentes dans le couple. Sans ce travail, le risque de reproduire la même spirale de l’échec est grand.

Un travail psychologique avec un psychologue ou un thérapeute pour couple, mais aussi un dialogue ouvert et sincère avec son nouveau compagnon permet de prévenir une nouvelle séparation et de mettre toutes les chances de son côté dans cette nouvelle union.

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L’Essor

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