Recyclage : PRECIEUX ALUMINIUM

Cette matière, sous les mains expertes de forgerons  est recyclée pour fabriquer des ustensiles de cuisine et bien d’autres objets utilitaires

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« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Au Mali, les artisans-forgerons, fabricants d’outils et d’ustensiles en aluminium de récupération se sont appropriés le vieux dicton attribué au savant français Antoine Laurent de Lavoisier. En raison de la facilité de sa fonte, l’aluminium connaît plus de réussite dans le domaine du recyclage. Cette matière, sous les mains expertes de forgerons réputés dans ce domaine, est recyclée pour donner une seconde vie au métal, sous la forme d’ustensiles de cuisine et bien d’autres objets. La séance de fabrication de marmites, à laquelle nous avons assistée, nous a permis de découvrir les conditions méticuleuses quoique difficiles, dans lesquelles ces artisans travaillent. En plus des marmites, les artisans utilisent l’aluminium de récupération pour fabriquer d’autres ustensiles de cuisine : casseroles, étuves, couscoussiers, louches, foyers. On y trouve également des équipements pour l’hydraulique et bien d’autres objets, outils et instruments.

Nous apprécions les délicieux plats que nous consommons, tous les jours, et savons qu’ils sont préparés dans des marmites en aluminium. Mais peu d’entre nous savent comment ces marmites sont fabriquées et comment elles atterrissent dans nos cuisines. Notre équipe de reportage a suivi le processus de fabrication de ces ustensiles très utiles pour les cuisinières.

C’est un véritable réseau de collecte de vieux morceaux d’aluminium de tout genre qui est organisé en amont de la production. Les quantités d’aluminium récupérées sont très importantes si l’on en juge en tout cas par le nombre d’objets produits et disponibles à la vente sur les marchés.  La transformation de l’aluminium en matériaux de cuisine est une pratique ingénieuse développée pendant longtemps par nos artisans. Dans l’atelier d’Adama Fané, où la chaleur est torride et la fumée envahissante, on perpétue ce savoir-faire. Avec cinq de ses apprentis, il s’attaque, délicatement, aux différentes étapes de fabrication de la marmite. Ici, les artisans travaillent sans aucune protection. Pas de gants encore moins de cache-nez alors que les émanations dans cet atelier sont insupportables, en tout cas pour un non-habitué.
D’abord les morceaux d’aluminium sont  mis dans un grand récipient en zinc pour être fondu, à l’aide d’un système ingénieux de soufflerie fabriqué à partir d’un ventilateur de moteur de voiture et d’un transformateur électrique. Alimenté par du charbon de bois, ce système permet de souffler en permanence sur le feu pour l’attiser et garder une assez haute température. Pour Adama Fané, ce four est une révolution car, il y a peu, il fallait souffler manuellement et cela prenait trop de temps.

Pendant le temps que l’aluminium est en train de fondre, les apprentis s’attaquent aux autres étapes de la fabrication. Ils commencent par ériger une sorte de soubassement, une terrasse bien plate, faite avec un mélange mouillé de terre et d’argile tamisée. Sur un autre amas d’argile, un des jeunes artisans assemble les deux parties d’un moule en fer qu’il remplit d’argile et serre le tout avec un serre-joint. Il le tasse bien et creuse un trou à l’intérieur. Il explique que ce trou permet l’absorption de la chaleur. Il continue en retournant le moule ainsi rempli et le place sur la terrasse, précédemment dressée. Il  mouille ensuite les deux parties d’un autre moule, cette fois-ci en bois, qu’il met autour du moule en fer et l’attache avec une ficelle pour que tout cela reste fixe. Le contour est ensuite renfloué avec encore le mélange de sable et d’argile. Le tout est bien tassé pour épouser la forme du moule et acquérir une certaine consistance.

Après cela, il défait la ficelle, en prenant bien soin de séparer délicatement les deux parties du moule en fer à l’aide d’une fine lame. Cette forme obtenue représente l’intérieure de la marmite. Ensuite, le bloc est saupoudré d’une poudre d’argile sèche, très fine. Ce qui, aux dires de M. Fané, donnera tout son éclat à la marmite. Les deux parties du moule en bois avec leur contenu de terre tassée sont délicatement remises à leur place autour du tas d’argile en forme de marmite. On constate alors qu’il apparaît un petit espace là où se trouvait en fait le moule en fer. Et c’est justement dans cet espace qu’Adama coule le liquide d’aluminium débarrassé au préalable des impuretés. Après quelques minutes, le tout est démoulé. Miracle !!! Une marmite en bonne et due forme. Selon Adama, tous les autres objets à base d’aluminium sont fabriqués  à partir du même procédé. Il n’y a que les  moules qui changent pour épouser les formes des objets à fabriquer.

En aval de la production également, il existe des revendeurs grossistes, essentiellement composés de femmes qui viennent prendre leurs livraisons aux prix d’usines pour ravitailler le marché. Adama nous informe, qu’autrefois, les marmites étaient exportées vers la Côte d’Ivoire et d’autres pays de la sous-région. Mais depuis peu, des vagues d’artisans sont venus s’enquérir des techniques de fabrication au Mali. Ce qui fait que l’essentiel de la production est écoulé localement.

Toutefois, les artisans de ce domaine ont évoqué certains soucis, notamment, la non modernisation de leurs fabriques et la cherté de la matière première. Unis au sein d’une association, les intervenants de ce créneau déplorent le  peu d’intérêt des pouvoirs publics sur ce secteur qui, pourtant, est grand employeur de main-d’œuvre constitués de jeunes non-scolarisés et déscolarisés. Ils sollicitent ainsi du  gouvernement l’instauration de mesures d’accompagnement, comme la mise en valeur de leur site.

Notre équipe de reportage, sur les lieux, a d’abord essuyé un refus des artisans pour ce reportage. Avec l’opération « Bamako ville propre » lancée par le gouverneur du District, les occupants des lieux, vraisemblablement sous la hantise d’un déguerpissement, pensaient que nous étions venus pour faire des enquêtes sur la propriété du site en question. Il a fallu beaucoup de négociation et de discussions pour leur faire admettre qu’il n’en était rien. « Cette crainte est bien justifiée, nous ont ils confié, car, à plusieurs reprises, la zone concernée a failli (leur) être retiré au profit de certains promoteurs immobilier qui voient en cette zone, en plein cœur de Bamako, d’énormes opportunités d’affaires ».

L. ALMOULOUD

Source : L’Essor

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