Qui est à la manœuvre dans l’affaire des soldats ivoiriens ?

L’affaire des 46 soldats ivoiriens détenus depuis début juillet à Bamako sera au centre des discussions des dirigeants de la Cédéao, ce jeudi, à New York.

 

En marge de la 77e Assemblée générale des Nations unies dont les travaux ont été ouverts mardi dernier, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest tiendra ce jeudi (22.09.2022) une session extraordinaire.

Au menu  notamment, l’affaire des 46 soldats ivoiriens détenus depuis début juillet à Bamako et que les autorités maliennes considèrent comme des mercenaires. Ce que Abidjan a toujours réfuté, de même que le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres.

Que peut-on attendre de cette rencontre délocalisée ? Il semble en tous cas que le Vatican cherche à jouer un rôle dans la résolution de cette crise.

Éclairage avec Babacar Justin Ndiaye, éditorialiste et chroniqueur politique. Écoutez ou lisez son interview ci-dessous 

Retranscription de l’interview : 

Babacar Justin Ndiaye : En route pour New York précisément, le président Ouattara a fait escale au Vatican. Et depuis lors, on apprend en Afrique de l’Ouest que l’Eglise pourrait aussi s’impliquer dans les négociations. Il était en compagnie du nonce apostolique, donc l’ambassadeur du pape à Abidjan, durant toute sa présence au Vatican. On nous a appris également que l’évêque de Bamako, Monseigneur Jean Zerbo, et d’autres religieux de l’Église notamment, vont essayer de faire quelque chose du côté de Bamako.

DW : Et sur le plan diplomatique, est ce que les lignes bougent également ? Est ce que les différentes chancelleries sont également en alerte ?

Babacar Justin Ndiaye : Les chancelleries sont non seulement en alerte, mais en mobilisation. Car Ouattara, je crois qu’il mise maintenant sur la solution à l’échelle de la Cédéao.

DW : Vous savez, Justin Babacar Ndiaye, beaucoup disent que la junte militaire au Mali a réussi son coup puisqu’elle se fait désirer. Elle est même devenue un interlocuteur. Pourtant, elle était voué aux gémonies jusqu’à un passé récent.

Babacar Justin Ndiaye : Une chose est sûre, c’est que de facto, cette junte maintenant, elle est reconnue. Alors qu’hier, elle était non seulement marginalisée mais considérée comme une entité politique pestiférée. Mais aujourd’hui, on accepte d’entrer en contact avec elle, donc c’est déjà un gain politique pour la junte malienne. Même le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres reconnaît qu’il est en contact permanent avec Bamako.

DW : Et la France dans tout ça ? Quel rôle joue-t-elle dans cette affaire ? On sait que les relations avec Bamako sont devenues très exécrables ces derniers temps.

Babacar Justin Ndiaye : Il faut dire aussi que la France, dans les coulisses aussi, manœuvre de façon frénétique parce que la position de l’ONU devient de plus en plus fluctuante sur cette affaire. Au départ, l’ONU s’était éloignée de l’affaire en disant que ce groupe de militaires n’avait rien à voir avec la Minusma. Mais lorsque Guterres déclare que ces gens là ne sont pas des mercenaires, ça ressemble à un certain revirement.

DW : Quelle que soit l’issue, quel que soit le dénouement de cette affaire des 46 soldats détenus au Mali, es- ce que ce n’est pas le président Ouattara qui risque de perdre la face puisqu’il est acculé par l’opinion publique de son pays ?

Babacar Justin Ndiaye : En tout cas, c’est lui qui est sur la braise dans la mesure où il a à faire à son opinion publique, les familles des militaires, les partis politiques de Côte d’Ivoire dont les uns sont très réservés par rapport à cette affaire et les autres sont presque sur la même longueur d’onde que le Mali. Donc c’est lui vraiment, qui est plus en difficulté que Goïta (Assim Goïta, chef de la junte au Mali NDLR) 

Source : DW

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