Présidentielle 2022 : Bani sur les traces de Dicko

La date de l’élection présidentielle de 2022 est déjà connue et les potentiels candidats investissent le terrain. Au même moment, des leaders religieux font leurs manœuvres. Comme l’Imam Mahmoud Dicko en 2013, l’actuel président du Haut Conseil Islamique (HCIM), Ousmane Chérif Madani Haïdara dit Bani, promet de soutenir et de donner une consigne de vote pour le candidat qui l’aura convaincu. Une décision qui le met sur les traces de l’ancien président du HCIM, Imam Mahmoud Dicko.

 

Au Mali, les tractations vont de bon train pour les futures échéances électorales, dont la présidentielle. Déjà les manœuvres sont en cours au sein de la classe politique comme de la société civile. Et très influents, les leaders religieux sont devenus ceux-là qui donnent et qui retirent le pouvoir. Il s’agit très souvent du Chérif de Nioro, Mohamed Bouyé ; de Ousmane Chérif Madani Haïdara, le guide spirituel de l’Ançar dine internationale et non moins actuel président du Haut conseil islamique du Mali (HCIM) et de l’Imam Mahmoud Dicko, l’ancien président du HCIM et parrain de la CMAS.

Si le chérif de Nioro et l’Imam Dicko ont déjà suffisamment investi la scène politique, le guide des Ançars ne tardera pas certainement à jouer son tour de film. Ainsi, la présidentielle de 2022 semble être une aubaine pour lui pour montrer ses muscles aux politiciens. Au cours d’une visite le 28 mars 2021 à Sikasso, le Guide des Ançar-Dine a lancé à ses adeptes: «On avait mis plusieurs choses de côtés que nous sommes obligés de récupérer aujourd’hui, car le besoin se fait sentir. Je ne cache pas ma position, je le dis sur la place publique. Les autres ne sont pas plus Maliens que nous. Il est temps qu’on se prépare et je vous invite à rester mobilisés. Je vous demande de ne pas suivre quelqu’un. Attendez mon message. Il faut dire à vos chefs de partis que votre leader vous demande de rester calmes. »

Toute chose qui porte à croire que le président du HCIM n’entend pas être un spectateur pour l’élection présidentielle à venir, mais plutôt un vrai acteur dont la consigne de vote pourrait avoir un impact significatif sur le choix du futur président de la République.

Bani et le changement radical !

Et pourtant il avait refusé de montrer publiquement sa position lors de l’élection présidentielle de 2013, contrairement à l’Imam Mahmoud Dicko qui avait opté pour Ibrahim Boubacar Kéita. Justifie-t-il cette posture par le fait que les politiques ont trahi le peuple ? Certainement oui, puisqu’il a insisté dans son intervention sur « organisez-vous » plusieurs fois avant de préciser : « Je vous demande de vous organiser. Nous, nous sommes rassemblés dans le cadre de notre religion. Nous allons répondre devant Dieu de cela. Je vous ai tous connus dans le cadre de la religion. Mais nous sommes dans un pays qui a beaucoup changé. La sagesse voudrait qu’on se conforme aux lois et coutumes du pays pour éviter d’avoir des ennuis. Si on ne se mobilise pas, si on ne se donne pas la main, si on ne fait pas attention, il arrivera un moment où on ne pourra plus pratiquer notre religion dans ce pays. Aujourd’hui, les hommes ont laissé la religion de côté et chacun court derrière l’intérêt personnel. Dans ce cas, il ne faut pas qu’on reste les bras croisés, ce temps est révolu ! Nous ne nous cachons pas pour dire cela. Je ne cherche pas à devenir président du Mali, cela ne m’intéresse pas. La place que Dieu m’a donné me suffit et aucun leader politique ne peut avoir cette place jusqu’à ma mort. Donc, ce n’est pas une question de place. Mais la situation du pays nous oblige à être plus regardants.»

A travers cette sortie, le guide spirituel des Ançars affirme que ses fidèles et lui n’ont fait aucun choix pour l’instant, mais assure avec certitude qu’il donnera des consignes de vote à ses partisans. «J’ai longtemps dis que je ne donnerais pas de consigne de vote. Mais à un moment, il faut regarder les choses en face et garder le sens de la responsabilité. Pour aider ce pays, nous devons nous unir et apporter des solutions ensemble. Pour la future présidentielle, nous aurons un candidat, cela c’est sûr et certain et je demande aux Ançars d’attendre ma consigne. Ne vous engagez avec personne. Ce qui est clair, c’est que pour l’instant, nous n’avons aucun choix et que nous ne nous sommes engagés avec personne. Mais, ce ne sera qu’une question de temps », a déclaré Chérif Ousmane Madani Haïdara.

Avec ces propos, Haïdara invite non seulement ces fidèles à s’apprêter pour la future élection présidentielle, mais aussi invite les potentiels candidats à ne faire souvent des promesses de campagnes qu’ils ne pourront jamais tenir. Donc, c’est à peu près le même piège qui avait été tendu à Ibrahim Boubacar Kéita en 2013 par l’imam Mahmoud Dicko et ses partisans. En allant sur ce terrain, l’actuel président du Haut Conseil Islamique (HCIM), Ousmane Chérif Madani Haïdara, emprunte aussi la voie d’un non-retour, lui qui a toujours su garder sa neutralité vis-à-vis du pouvoir public. Désormais, il faut dire qu’il emboîte plus que jamais le pas de l’imam Dicko en se positionnant sur un terrain qui peut le faire glisser loin, sinon très loin.

Amadou Kodio

Source : Ziré

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