Monitoring des médias maliens en période électorale : UN COMPORTEMENT MÉRITOIRE, MAIS PERFECTIBLE

Le traitement de l’information a été plutôt professionnel, mais l’accès aux médias privés inégal

 

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Le rôle de la presse dans le processus électoral est primordial. En ce sens que les médias assurent aux différents candidats participant à la compétition politique l’accès au public, lequel public a besoin à son tour d’avoir des informations équilibrées afin de faire un choix éclairé. Cette interaction constitue un point clé dans la réalisation d’un scrutin juste, libre, transparent et démocratique. Il est évident que l’importante mission dévolue aux médias doit être suivie et contrôlée afin de permettre une lecture objective de la manière dont elle est perçue et mise en œuvre par les organes de presse.

C’est cette évaluation qu’a voulu apporter le consortium One World et Oxfam en mettant en place un dispositif alternatif de monitoring des médias pour les élections présidentielle et législatives de 2013 dans le cadre du Projet d’éducation citoyenne et de monitoring des élections (PEME). Il s’agissait pour les initiateurs aussi bien de renforcer le taux de participation des populations au scrutin que de renforcer la capacité des groupes vulnérables que sont les jeunes et les femmes à accéder à l’information et à participer au débat public pour peser dans les orientations majeures du pays. Le PEME, qui s’est aussi attelé à assurer la transparence et la crédibilité des élections, a dans ce sens contribué à renforcer la collaboration de la société civile dans la gestion du processus électoral à travers la veille citoyenne.

Opération inédite dans notre pays, la réalisation du monitoring des médias a consisté à renforcer les capacités des journalistes et à organiser la veille sur la couverture médiatique pour une gestion éthique des informations durant le processus électoral. Elle a également favorisé l’accès équilibré aux médias des acteurs politiques durant les périodes de précampagne, campagne et post-élection. Ainsi, une quinzaine de journalistes maliens formés à cet effet, ont à travers la presse écrite, la radio et la télévision mené une observation objective, indépendante et impartiale des médias durant la période électorale. Les données ainsi collectées et croisées ont alimenté un rapport sur le monitoring des médias lors des législatives dernières.

L’APPUI AUX FEMMES CANDIDATES. Ce rapport qui couvre les législatives de 2013 intervient à la suite de celui présenté pour la présidentielle de la même année. Il ressort du document que seuls les médias publics ont  accordé un temps d’information important aux candidats indépendants. Les données relevées ont permis de conclure au respect des principes de morale professionnelle et de déontologie qui régissent la presse. En effet, l’absence de contrôle de la presse privée par un mécanisme efficace de régulation ou un code de conduite auquel les médias privés doivent se conformer, n’a pas eu d’incidence sur le professionnalisme de la presse. Néanmoins, déplore le rapport, en l’absence d’exigences en faveur d’un égal accès aux médias privés, ces derniers ont accordé aux partis et candidats une couverture proportionnelle aux moyens dont ces derniers disposaient pour leur communication. Cela n’a pas empêché les médias, dans leur généralité, de donner aux citoyens maliens une information équilibrée et pluraliste, ce de manière impartiale.

Le document salue les efforts dans l’appui aux femmes candidates réalisés par le groupe Africable via sa chaîne Maïsha. Il regrette néanmoins que les partis politiques ayant été les plus visibles (en temps et dans l’espace) sur l’ensemble des deux tours sont les grands partis, pris individuellement ou comme membres de coalition. Ce constat démontre que la loi du plus offrant a prévalu. Cette situation, a relevé David Dembélé, porte-parole des moniteurs, ne profite guère aux petits partis, dont les ressources sont très limitées. Cependant l’expérience du monitoring a été globalement positive. L’initiative est à encourager fortement.

Pour David Dembélé, l’outil expérimenté par l’ONG Oneworld et ses partenaires servira désormais à jouer un rôle de balance dans l’appréciation de l’information électorale dans notre pays. En effet, c’est pour la première fois que des élections organisées au Mali bénéficient d’un monitoring d’une telle envergure. L’expérience mérite donc d’être pérennisée.

Le coordinateur de l’ONG OneWorld, Kevin Adomayakpor a souhaité également se doter des moyens et des compétences nécessaires pour assurer ce monitoring des médias de manière régulière. Dans ce dessein, il demeure disponible pour partager l’expérience et l’expertise acquises avec le Comité national d’égal accès aux médias d’Etat ainsi qu’avec le Conseil supérieur de la communication dans le but de rehausser la qualité de la contribution de la presse malienne au raffermissement de l’Etat de droit et de la promotion des libertés. Il est à noter que le rapport plaide pour une régulation de la presse privée malienne.

M. A. TRAORÉ

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