Mondialisation économique et COVID-19 : Quelles leçons pour la sécurité alimentaire au Mali?

Au Mali comme dans des nombreux pays de l’Afrique de l’Ouest, la mondialisation économique a amorcée son temps de gloire dans les cendres des politiques publiques jadis orientées vers la promotion de la productivité nationale et la protection des intérêts des populations locales dans le cadre d’une économie publique planifiée. Les réformes économiques et politiques entreprises au début des années 1980 dans le cadre des politiques d’ajustement structurel inspirées des dix commandements développés par l’économiste Britannique John Williamson, ont abouti à un véritable changement de paradigme. Le modèle économique est partout devenu celui d’une économie néolibérale dans laquelle le rôle de l’Etat  est considérablement limité. Engagé dans des vastes organisations économiques qui élargissent les marchés au-delà des frontières nationales à une échelle mondiale, l’Etat n’est plus le seul régulateur des activités économiques menées sur son marché territorial. Aussi, est-il tenu,  non seulement d’une mise en œuvre correcte et des règles internationales encadrant le marché, mais aussi d’établir une réglementation propice à l’épanouissement de l’économie de marché.

Fer de lance attitré du modèle économique libéral, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a mise en place deux accords qui signent le mouvement d’irruption de l’agriculture dans l’économie libérale et subséquemment soumettent la terre et l’aliment aux mêmes règles juridiques que des marchandises et services ordinaires : l’Accord sur les mesures sanitaires et phytosanitaires et l’Accord sur l’agriculture, dont l’objectif principal est « d’établir un système de commerce des produits agricoles qui soit équitable et axé sur le marché». L’objectif permanent de l’OMC est ainsi de soumettre l’aliment à la loi du marché et encourager la dépendance alimentaire des Etats membres, en particulier les pays pauvres, au marché mondial. L’argument en faveur de cette idéologie est l’affirmation de M. Pascale LAMY, ancien DG de l’OMC, pour qui la libéralisation des marchés alimentaires internationaux est le meilleur moyen de garantir la sécurité alimentaire des pays pauvres.

Pourtant avant même la pendant de la COVID-19 des évènements ont déjà démentis cette affirmation et ont alertés sur les dangers liés à la dépendance au marché mondial et surtout sur l’incapacité de ce dernier à garantir la sécurité alimentaire des pays pauvres. Le surenchérissement des denrées alimentaires sur le marché mondial et l’éclatement des émeutes de la faim au printemps 2008 en sont des illustrations parmi d’en d’autres.

A son tour la pandémie de la COVID-19 a révélée les dangers d’un modèle économique qui a déconstruit les systèmes de santé au niveau nationale au profit d’un marché mondial sans état d’âme. Révélatrice d’une tragédie née d’un modèle qui soumet ces biens vitaux que sont les médicaments et l’aliment aux lois du marché, la pendant de la COVID-19 a mis à nue les limites du model de la mondialisation économique et exige une réflexion sur l’après crise surtout pour les pays les plus fragiles au premier rang des quels le Mali. Il faut tirer des leçons de cette tragédie pour un changement de paradigme dans les stratégies de sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest en général et au Mali en particulier.  A cet égard deux pistes méritent d’être explorées:

  1. Réduire la dépendance au marché mondial-Cela implique de développer les circuits courts dans la production et la commercialisation des denrées alimentaires d’une part, et d’autre part de redonner sa place à l’agriculture familiale. Il s’agit de privilégié les circuits d’approvisionnement courts pour relocaliser la production alimentaire et rapprocher le producteur du consommateur. Il s’agit également de revaloriser l’agriculture familiale pour limiter la dépendance alimentaire de nombreuses familles au marché.
  2. Préserver les ressources foncières-La terre a ceci de particulier qu’elle est une ressource non renouvelable et non extensible, il importe dés lors de préserver le potentiel foncier agricole de l’accaparement par des multinationales et prévenir la dégradation des écosystèmes agricoles. Il s’agit de privilégier des moyens d’une gestion équitable et durable des sols et d’une protection juridique des terres agricoles, condition première de la protection de la sécurité alimentaire des générations actuelles et futures.

Dr. Alhousseini DIABATE

Enseignant-chercheur à l’Université des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako

Chercheur en résidence à l’Institut d’études avancées de Nantes-France

SourceLe republicain mali

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