Mariage : la spirale infernale de l’endettement

Pour faire face aux multiples charges liées au mariage, certains hommes n’hésitent pas à s’endetter. Beaucoup peinent par la suite à sortir de la spirale infernale de l’endettement, pourtant préjudiciable à la stabilité du foyer.

 

Par nécessité pour les uns, par caprices pour d’autres autres, beaucoup de nouveaux mariés commencent leur vie de couple avec des dettes considérables. Ils s’endettent par exemple pour meubler la maison, pour les dépenses du mariage, pour les caprices de leurs futures épouses et de leurs familles. Dans cette volonté de faire plaisir à tout le monde, il arrive que des hommes tombent dans le surendettement et peinent à sortir de cette spirale.

Célébrer le mariage avec les moyens du bord est très rare chez nous. Pour un salarié lambda, il faut économiser tout une fortune pour faire face aux dépenses, souvent futiles. Fatima Haïdara, mère de deux enfants, trouve que les deux familles mettent trop de pression sur le marié pour qu’il fasse l’impossible. « Le mariage n’est plus pour les couples mais pour leurs familles. Ils forcent la main du futur marié et le pousse à faire des dépenses inutiles sous peine de prendre le mariage en otage », fustige-t-elle.

L’instrumentalisation du mariage

L’instrumentalisation du mariage est un fléau dans notre société. C’est à la femme de jouer sa partition pour éviter à l’homme d’être ruiné à la fin du mariage, selon Binta, qui est souvent sollicitée pour régler des problèmes conjugaux. « Une femme qui vide les poches de son homme pour le mariage, plaide la conseillère conjugale, aura un foyer rempli de problèmes. Nous devons comprendre que le mariage c’est pour toute la vie. On doit éviter d’être des mariés m’as-tu-vu. À défaut de ne pas les aider dans les dépenses, faisons en sorte qu’ils économisent ».

Ibrahim Camara, agent commercial marié depuis 3 ans, nous explique qu’il peine encore à s’acquitter de ses dettes après le mariage. « Les charges quotidiennes augmentent au fur et à mesure en plus des imprévus. Les revenus couvrent rarement les dépenses. Il est impossible donc d’économiser », raconte ce jeune marié. Le coût de la vie, notamment avec l’arrivée des enfants, oblige souvent le couple à s’endetter davantage. Ce qui rend la situation délicate.

« Certains vont jusqu’à se suicider »

Les problèmes financiers, y compris l’endettement, amplifient le stress et la discorde.  Au lieu de se concentrer sur ses perspectives financières, l’homme dépense son énergie dans le recouvrement de sa dette. C’est encore pire lorsqu’il le cache à son épouse, comme le met en scène le réalisateur malien Fousseyni Maïga, dans son long métrage Le voile secret. L’endettement ne fera que s’accentuer. Le pouvoir d’achat de la famille est réduit. Ce qui installe un climat de mépris dans le foyer. Disputes incessantes, dépression, infidélité, violences conjugales constituent le lot quotidien du couple. Au pire des cas, l’homme abandonne sa famille, part en aventure. Certains vont jusqu’à se suicider si la pression devient insupportable.

Youssouf Baradji est un juriste à Bamako. Il nous confie n’avoir jamais revu son frère qui a disparu après s’être endetté pour son mariage : « Mon grand frère a disparu un bon matin. Six mois après le débarquement des huissiers chez lui, on n’a toujours pas de ses nouvelles. »

« Le mariage est devenu un business » 

Lamine Sy s’est marié il y a moins d’un an. Il n’est pas près d’oublier les dépenses exorbitantes que ses proches lui ont fait faire, juste pour le mariage civil. Il continue toujours de rembourser. « Le mariage est devenu un business au Mali avec l’ultra-matérialisme des familles concernées, si on cède aux exigences des uns et des autres, on ne pourra jamais s’en sortir. L’amour au sein du couple doit transcender tout le reste », prêche-t-il aux futurs mariés.

Comme pour tout problème de couple, la solution c’est de communiquer. Néanmoins, mieux vaut éviter les dettes pour organiser son mariage lorsqu’on n’est pas sûr d’honorer ses engagements.

 

Source : Benbere

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