Lutte contre la mineuse de l’épi du mil : LES RESULTATS PROBANTS DE LA METHODE BIOLOGIQUE

Dans les champs infestés par les ennemis des cultures, les chercheurs ont procédé à des lâchers d’une guêpe qui est en passe de décimer les papillons ravageurs

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Les chercheurs de l’Institut international de recherche sur les cultures des zones semi-arides (ICRISAT) étaient du 29 octobre au 9 novembre sur le terrain dans la région de Mopti dans le cadre de la lutte contre la mineuse de l’épi du mil. Cet insecte est un papillon ravageur qui rend problématique la productivité du mil/sorgho dans la région de Mopti.
La mission consistait à l’évaluation des lâchers invasifs d’habrobracon hebetor (une petite guêpe ennemie naturelle de la mineuse de l’épi du mil) intervenus quelque semaines plutôt. Rappelons que les « lâchers invasifs d’habrobracon hebetor » consistent à libérer ces « petites guêpes » dans les champs de mil et sorgho afin qu’elles puissent réduire significativement la capacité de nuisance des mineuses. Le but étant la destruction totale de l’insecte nuisible aux cultures. En effet, ces petites guêpes attaquent les mineuses en les paralysant avant de pondre ses œufs dessus. C’est une lutte biologique à l’efficacité prouvée, sur laquelle l’ICRISAT a jeté son dévolu pour prêter main forte aux producteurs dans le cadre de la lutte contre les ennemis des
cultures.
L’équipe des chercheurs était composée de Mme Fatoumata Dougouné, technicienne de recherche, Gaoussou Coulibaly, agronome, Sidi Bouaré, pathologiste pour l’ICRISAT (l’ARDT_SMS) et du Dr Mamadou N’Diaye de l’Institut d’économie rurale (IRE). Ils ont sillonné toute la région en vue d’estimer le travail réalisé 1 mois plutôt. La méthode de l’évaluation consistait d’abord à déterminer (après le traitement des champs 1 mois plutôt) le taux d’infestation générale ainsi que le taux de parasitisme d’habrobracon hebetor sur la mineuse de l’épi du mil dans les parcelles traitées.
La détermination du taux d’infestation générale du champ a consisté à prendre « au hasard 100 épis dans les champs traités », a expliqué le Dr Mamadou N’Diaye, chercheur à l’IER au programme mil, sorgho et niébé de la station de Cinzana.
L’autre étape de l’évaluation des lâchers était relative au taux de parasitisme d’habrobracon hebetor. Celle-ci se fait en prenant 50 épis infestés de la parcelle en vue de déterminer le nombre de mineuse. Selon le Dr N’Diaye, il s’agira ensuite de voir si à l’intérieur de la mineuse il y a la présence de cocons (une enveloppe blanchâtre laissée par la petite guêpe et ses petits) ou de larves mortes. La présence du cocon, a-t-il expliqué, indique que la petite guêpe a paralysé la mineuse avant de pondre dessus.
A l’éclosion, les petits de la guêpe achèveront la mineuse. La présence de larves mortes indique qu’après la paralysie de la mineuse, la petite guêpe a oublié de faire des pontes. Ces deux aspects déterminent ensemble l’impact du parasitoïde habrobracon sur la mineuse.
Cependant si dans la mineuse on ne constate ni cocon ni larve morte, cela indique que la mineuse a pu boucler son cycle et est rentrée dans le sol en forme de chrysalide. Ce qui indique qu’elle n’a pas fait l’objet d’attaque du parasitoïde habrobracon hebetor (la petite guêpe).
Avec les quelques 400 lâchers invasifs intervenus dans la 5ème région 1 mois plutôt et dont l’évaluation a mobilisé des chercheurs étrangers et maliens, les producteurs se disent satisfaits du faible taux d’infestation de leurs champs par la mineuse. Ils ont exprimé leur souhait d’apprendre cette technique de lutte biologique dont ils mesurent toute l’importance pour l’amélioration de la productivité du mil/sorgho.
Si le taux d’infestation des champs par la mineuse a été revu à la baisse, la plupart des producteurs des cercles de Djenné, Bandiagara, Bankass, Koro ont regretté tout de même la faible pluviométrie. Mamadou Cissé, producteur de mil à Gomnikouboye dans le Cercle de Djenné, explique « qu’en ce qui concerne le mil/sorgho, les principales contraintes traditionnellement connues sont la faible pluviométrie et la mineuse ». Mais l’homme dont le champ a enregistré l’un des plus faibles taux (11%) d’infestation générale de la région de Mopti, a exprimé sa satisfaction quant à la productivité cette année. Mais selon lui les choses auraient été mieux si la pluie avait été au rendez-vous.
Quant à Seydou Natoumé, producteur à Golougou, commune de Dandoli, Cercle de Bandiagara, il a évoqué la nécessité de combattre le papillon ravageur et mis l’accent sur la problématique liée au retard des lâchers invasifs. Ce retard qui pose le problème de l’arrivée à temps des sacs de lâcher dans les champs, mais aussi celui de la formation des producteurs en la technique des lâchers. Il a estimé que si les producteurs maîtrisaient la technologie de lutte biologique, ils pourraient fabriquer à temps eux-mêmes le dispositif de lâchers. Cette remarque a attiré l’attention de l’ICRISAT sur la nécessité de prendre en charge dans les mois à venir la formation des producteurs de la région aux techniques de lâchers. La formation aura lieu en même temps que la restitution des évaluations. Laquelle restitution devra permettre aux producteurs de s’enquérir du taux d’infestation générale et de parasitisme (d’habrobracon) de leurs champs, leurs villages et leur cercle.
Selon le Dr N’Diaye, les données de l’évaluation seront analysées les semaines à venir afin de déterminer où les lâchers n’ont pas marché. Une autre analyse déterminera la raison de la réussite ou non des traitements dans certains champs.
K. DIAKITE

Source : L’ Essor

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