Loi sur l’interdiction de l’excision au Mali : Quand le ministre de la justice souffle chaud et le froid

Le ministre de la justice et des droits de l’homme, garde des sceaux, Me Mamadou Ismaël Konaté, est-il encore crédible ? Cette question est tellement légitime à cause du virage à 90° qu’il a fait à propos de l’adoption d’une loi sur l’interdiction de l’excision dans notre pays. En effet, après avoir pris l’engagement devant les partenaires de notre pays de prendre une loi interdisant la pratique de l’excision, le ministre Konaté s’est très vite dédit, en indiquant qu’il s’agissait plutôt de l’adoption d’une loi sur les violences conjugales.

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Le ministre a tout simplement nié l’engagement qu’il avait pris avec les partenaires du Mali. Dans ses dénégations, il risque même de provoquer un conflit entre les leaders religieux. Car, ayant senti le courroux des religieux par rapport à cette situation, il a accouru pour aller démentir ses allégations devant le Groupement spirituel des leaders religieux musulmans, dirigé par le très influent chérif Ousmane Madani Haïdara. Ce qui a provoqué une vive colère chez le président du Haut conseil islamique du Mali, l’imam Mahamoud Dicko, le dimanche lors d’un meeting que l’association religieuse avait initiée au Palais de la culture Amadou Hamapathé Ba : « Lorsque le ministre de la justice a déclaré qu’il y aura une loi interdisant l’excision dans notre pays, j’ai moi-même fait une déclaration. Quand il a su que nous étions au sérieux, il est parti rencontrer le groupement des leaders religieux et spirituels où il a apporté un démenti sur sa propre déclaration. Vous voyez comment c’est malhonnête. En faisant cela, le ministre de la justice a essayé de nous diviser, mais il ne pourra pas du tout». Où est le sérieux quand un ministre de la République dit une chose aujourd’hui et demain le contraire ? Un responsable de ce niveau doit avoir le courage de ses opinions. S’il veut d’avis ou de position, il faut également le dire très claire sans courber l’échine.

Pour se donner une bonne conscience, il s’est fendu d’un communiqué dans lequel, il tente tant que mal à se justifier pour convaincre. Nous vous proposons l’intégralité de ce communiqué.

« Lors de sa prise de parole à l’occasion d’un meeting à Bamako, le 26 février 2017, le Président du Haut Conseil Islamique (HCI) nous aurait prêté des propos relayés par « Afrikinfos », indiquant qu’une loi contre «l’excision» serait prise par nos soins, au plus tard le « 31décembre 2017», dans notre pays. Il aurait poursuivi en affirmant que ce n’est qu’en face de la virulence de sa réaction que nous nous serions précipité à apporter un «démenti» de notre «propre déclaration » auprès du Groupement des leaders religieux. Il aurait soutenu que nous cherchons à diviser les structures et corporations religieuses.

Si ces affirmations émanent vraiment de lui, c’est que la teneur de notre déclaration sur les conséquences dramatiques des violences conjugales en République du Mali aura, de bonne foi sans doute, échappé à la vigilance habituelle de Monsieur le Président du Haut Conseil Islamique que nous rencontrons souvent pour échanger sur ces sujets et bien d’autres, sans discorde ni dissension, et dans le strict respect de nos fonctions réciproques.

Nous l’avons déjà entretenu du sujet des violences conjugales. À ces occasions, nous n’avons essuyé aucune réprobation de sa part. Bien au contraire, nous avons compris que les prescriptions religieuses étaient en faveur de la «protection » de l’épouse. Les statistiques insupportables sur les violences conjugales indiquent qu’au moins une dizaine d’épouses ont été tuées ces deux dernières années au sein de leur foyer. Les époux des défuntes sont fortement soupçonnés des meurtres commis. Face à ce drame, aucun être ne saurait rester insensible.

Au sein du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, nous avons instruit à tous les Juges de Paix à Compétence Etendue, à tous les Procureurs de la République et Procureurs Généraux d’être particulièrement attentifs aux violences conjugales, notamment lorsque des blessures graves et des morts d’hommes surviennent. Qui plus est, le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme a déjà saisi certains départements ministériels d’une Note Technique faisant l’état du sujet et recommandant le renforcement de la sanction légale. C’est dans ce cadre qu’un projet visant à modifier les dispositions du Code pénal est à l’étude pour réprimer davantage les violences conjugales.

Il n’est nullement question d’excision, contrairement aux affirmations prêtées à Monsieur le Président du Haut Conseil Islamique par certains médias. Il est plutôt question de violences conjugales. Lorsque nous avons été alertés par diverses associations religieuses sur la rumeur persistante de l’adoption d’une «loi contre l’excision», nous nous sommes rendus au siège du Haut Conseil Islamique et chez son Président pour donner la bonne information. Si le Président nous avait invités à nouveau à échanger, cela aurait évité certains malentendus et les propos peu amènes tenus à notre encontre au cours d’un meeting. Nous n’entendons entamer ni poursuivre aucune polémique de nature à affaiblir les nombreuses bonnes initiatives prises par les uns et les autres, y compris par le Haut Conseil Islamique et son Président, visant à consolider la paix, la concorde et l’unité nationale, seuls gages de la stabilité du Mali».

Youssouf Diallo

Source: La Lettre du Peuple

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