Lettre ouverte au président de la République, Ibrahim Boubacar Keita Monsieur le Président de la République, candidat du RPM,

Un premier ministre sert à tenir une ligne politique. Mais rassurez-vous, cela ne vous concerne en rien. En dehors du nombre incroyable de promesses non tenues, personne ne peut vous accuser d’avoir le moindre programme ou projet de société pour le Mali. Quand on a ni vision ni projet pour le pays, ni ligne politique définie, on n’a pas à se préoccuper des impacts négatifs des changements intempestifs de gouvernement.

Bien au contraire c’est toujours l’occasion de mettre quelques amis supplémentaires à l’abri du besoin, sur le dos de l’Etat pauvre et surendetté, au pays du pillage systématique et de l’exploitation sauvage des pauvres et des faibles pour assurer le confort et le “prestige” des dirigeants considérés supérieurs au peuple qui a eu le malheur de leur faire confiance, pauvre peuple appâté et acheté avec l’argent des mafias et avec les sous volés aux modestes citoyens ou directement piqués dans les caisses du trésor public, le tout en toute impunité.
Bien joué Mr le président candidat. On comprend pourquoi un parti hôtelier tel que l’ADEMA, fidèle à lui-même et à sa devise alimentaire, veut vous soutenir au détriment de ses propres prétendants. Certains réflexes sont innés. Le gourmand ne saurait résister à la vue de la nourriture. C’est que l’affaire paraît bien juteuse. Il y a à manger et à boire pour les adeptes de “ma famille d’abord”.
Pour ce qui est de la stabilité gouvernementale, elle aurait un sens s’il s’agissait réellement de construire le pays, mais puisque ce n’est visiblement pas le cas, on a certainement le temps pour célébrer un ou plusieurs premiers ministres successifs d’ici les élections. Le peuple vous en sera reconnaissant. Un premier ministre par mois est un objectif atteignable qui rehausserait certainement le prestige du Mali et de son président.
Monsieur le Président candidat,
Toutes ces nominations sont sans nul doute très épuisantes. On peut vous pardonner de n’avoir pas eu le temps ni la volonté de tenir vos promesses, et on peut comprendre pourquoi avec un bilan aussi catastrophique vous vous sentez à l’aise au point de vouloir faire un second mandat à 77 ans. Mais pourquoi vous imposer ce lourd sacrifice après une vie de dur labeur ?
C’est vrai, c’est une vraie paix de gouverner sans vision ni ligne politique, dépenser sans compter, porter des montres de 55 millions, dilapider les maigres richesses du pays, corrompre les électeurs avec toutes sortes de cadeaux, battre campagne avec le jet présidentiel au frais de la princesse, monopoliser les médias, privatiser la justice, et dormir tranquillement quand le chômage, la guerre, l’insécurité, la famine ravagent le pays.
A votre décharge, ce n’est plus le Mali d’abord comme promis. Personne n’a vu ou entendu parler du candidat qui a promis une telle absurdité lors de la campagne électorale de 2013. Maintenant c’est “ma famille d’abord”. Au moins les choses sont claires après 4 ans et demi de misère et de désespoir.
Tous ces reniements successifs et cette liste intacte de promesses non tenues, ont fini par convaincre les maliens : Le développement du Mali peut attendre. L’argent et le confort font le prestige du dirigeant. L’impunité est la justice. Il sied à la victime d’applaudir et de réconforter son voleur. Le pouvoir est plus important que le pays. “Ma famille d’abord” est la devise de la république. Les grecs étaient des amateurs.
Monsieur le Président candidat,
Comme premiers ministres nous avons déjà choisi que de vieux potes, et les enfants de deux vieux potes. C’est rassurant pour le choix du prochain. Un homme n’a qu’une parole, vous confirmez brillamment ce que vous avez dit en 1996 “Nous gouvernons vos parents, et nos enfants vont vous gouverner.”. Une façon élégante de fermer les écoles, de décréter l’année blanche, d’enclencher la mort lente de l’école publique, et d’économiser quelques milliards pour augmenter le confort matériel des dirigeants qui sont tous passés de la pauvreté à la fortune en quelques années par le miracle du pouvoir. C’est le rêve malien : enrichir les dirigeants sur le dos des pauvres producteurs qui sont les seuls à créer la richesse et les premiers à vivre dans la misère. C’est ainsi que nous perpétuons brillamment la tradition coloniale du mépris pour les indigènes. Le racket forcé a remplacé le travail forcé.
Les premiers racketteurs sont les représentants élus du peuple lui-même. Les députés se sont généreusement voté un salaire de 2 millions par mois, soit 66 fois le salaire de base au Mali. Vous vouliez 150 sénateurs, dont 50 choisis par vous-même et le reste par vos amis élus, en lieu et place du peuple qui a clairement démontré son analphabétisme politique en vous choisissant vous et vos amis à l’assemblée nationale. Une erreur impardonnable qui le disqualifiait naturellement à vos yeux pour choisir ses propres représentants au sein d’un sénat conçu pour renforcer l’équipe du hold-up au service exclusif de « ma famille d’abord » soutenue corps et âme par vos gouvernements successifs.
Après l’abandon forcé du funeste et juteux projet de sénat, voilà une belle opportunité de placement pour les amis nécessiteux. Cela coûte cher de transformer un pauvre fonctionnaire en bourgeois assumé, n’est-ce pas ? Mais dans nos esprits aliénés pour l’auto domination de nos peuples, que vaut un Etat s’il n’est pas foutu de mettre ses dirigeants dans le confort illimité ?
Monsieur le Président candidat,
Le peuple reconnaissant est tout excité à l’idée de connaître bientôt les noms des prochains futurs milliardaires qui siégerons au conseil des bourgeois supérieurs. Ce n’est que justice. Le pouvoir doit se faire respecter avec le confort sans limite pour les dirigeants, grâce à l’argent public destiné au soutien de la veuve et à l’éducation de l’orphelin.
Félicitations Mr le Président candidat du RPM. Bravo pour ce énième gouvernement. Qui sait, le prochain sera peut-être le bon. Ce ne sera pas du luxe. Après 4 années d’échecs et de mauvais choix, il est peut-être temps de trouver le bon chef de gouvernement. Il n’est pas interdit de faire le bon choix.
Depuis le premier jour de votre mandat, tous les gouvernements successifs ont œuvré à étendre la domination politique et économique, et le confort de “ma famille d’abord”. Il n’y a pas de raison que ça change. Alors choisissez qui vous voulez, changez de nouveau quand voulez Mr le Président candidat, ça n’a absolument aucune importance.
Aguibou Koné, candidat à l’élection présidentielle du Mali en 2018. Président du Mouvement A Yèlè (Ouvrir).

Source : Le Fondement

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