Les veuves ne sont pas à craindre

La vie après le décès d’un époux n’est pas chose aisée. Par exemple, trouver un nouvel époux peut poser problème chez nous, du fait d’interprétation erronées faisant craindre les veuves.

Les veuves peuvent être victimes du lévirat, accusées d’être guignardes, ou encore avoir du mal à se remarier. Les veuves, en plus de subir la volonté divine, subissent aussi les injustices de notre société.

Quatre mois et dix jours enfermés dans une maison après le décès de l’époux, c’est le temps du veuvage selon les prescriptions de la religion musulmane. La perte du conjoint est déjà une dure épreuve. En plus, cette période peut être est un calvaire, une période de mélancolie et de remords.

En voie de disparition

Dans certaines cultures, la femme du défunt revient de droit à son jeune frère. Pour se défendre, les familles se disent vouloir garantir l’avenir des enfants et assurer la stabilité de la femme.

Mais, avec les réalités du monde actuel, les jeunes s’opposent à cette pratique dite ancestrale, qu’ils qualifient d’obsolète. Ainsi, de nos jours, le lévirat est en voie de disparition. Car, pour les veuves, se remarier demande aujourd’hui un consentement. Pour beaucoup de veuves, il ne s’agit pas seulement pour elles d’avoir un mari comme le pensent certains. « Je préfère mourir célibataire que de m’engager dans une relation qui ne m’amènera que souffrance. Comme on le dit, une personne avertie en vaut deux », déclare une veuve ayant requis l’anonymat.

D’autres, au contraire, sont obligées d’accepter par peur de retomber dans le célibat, en raison du fait qu’au Mali il est difficile pour une veuve d’avoir un époux du jour au lendemain.

Veuve noire ou femme guignarde 

Les femmes vivant dans la viduité sont le plus souvent indexées comme porteuses de malheur. D’autres deviennent le bouc émissaire de toute la belle-famille. « J’ai perdu mon mari dans un accident de la circulation, après deux mois de mariage. Après ma sortie du veuvage, je me sentais repoussé par sa famille. », explique Fanta, une veuve qui est confrontée à des problèmes après le décès de son mari. « Je ne connais pas exactement la raison pour laquelle je suis tant repoussée. Mais, bien avant notre union matrimoniale, ma belle-mère s’y était opposée. Je pense que c’est peut-être pourquoi elle me traite exprès de guignarde après le décès de son fils », se lamente-t-elle.

À l’instar de Fanta, beaucoup de veuves sont pointées du doigt parce qu’elles ont perdu leur mari par quelque circonstance. Hélas, comme le dit l’écrivaine sénégalaise Mariama Bâ dans son roman intitulé Une si longue lettre, « on ne prend pas rendez-vous avec le destin. Le destin empoigne qui il veut, quand il veut. Dans le sens de vos désirs, il vous apporte la plénitude. Mais le plus souvent, il déséquilibre et heurte. Alors, on subit ». Il faut donc faire avec ?

Bakary Coulibaly, un homme âgé originaire du Beledougou, une contrée bamanan située dans la région de Koulikoro. « Autrefois, explique-t-il, la femme était traitée de guignarde lorsque ses esprits n’étaient pas compatibles avec ceux de son futur homme. C’est pourquoi l’on faisait des sacrifices pour trouver un point de comptabilité ». Selon ses propos, ces réalités n’auraient aujourd’hui aucun effet dans ce monde dominé par la modernité et l’influence des religions monothéistes.

Le remariage, une autre histoire

« Épouser une veuve n’est pas un choix que je ferai, encore moins celui d’un membre de ma famille », martèle Yacouba Traoré, jeune célibataire. Selon ses dires, vivre avec une veuve est risqué. Cette dernière peut être une personne abritant des mauvais esprits.

En plus de la répugnance vis-à-vis des veuves, s’ajoute le difficile accès à une nouvelle vie amoureuse. Aujourd’hui, parmi les choix privilégiés par les hommes pour trouver des partenaires, les veuves ne sont pas figurées. Alors, craignant de n’être malmenées et humiliées dans la quête de l’amour, certaines préfèrent se retenir de tout effort afin de garder leur dignité de femme.

L’atrocité de la viduité s’explique dans un contexte culturellement insensé. Aucune femme n’est porteuse de malheur. La vie est une réalité, la mort en est une autre et, entre les deux, personne ne peut en détourner le sens.

Source: benbere

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