Les exploits du chef de village esclavagiste de M’pessoba

Après l’abolition de l’esclavage le 27 avril 1848, on croyait cette pratique loin derrière nous. Mais un homme ne l’entend pas de cette oreille: le chef du village de M’Pessoba, village situé dans le cercle de Koutiala. Kartié Coulibaly, car c’est de lui qu’il s’agit, vient de faire subir, pour raison d’impôts impayés, à trois chefs de famille des traitements inhumains qui rappellent la traite négrière.

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Au Mali, on le sait, payer ses impôts est un devoir citoyen, même si beaucoup de Maliens ne l’observent pas dans les villes. Cependant, dans les villages, bourgades et communes rurales, s’acquitter de ses impôts a été toujours une obligation. Les sous-préfet, communément appelé avec effroi « Mon Commandant » par les populations, s’appuie sur des agents de la garde nationale ou de la gendarmerie pour contraindre les citoyens à payer les impôts. Les villageois ont en effet une peur bleue des porteurs d’uniforme.  En général, le rassemblement des villageois pour le payement se fait chez le chef du village. Après avoir appelé les chefs de famille à s’acquitter de leurs impôts, le chef de village de M’Pessoba n’a pas apprécié de voir certains de ses administrés traîner pour cause de difficultés financières. Le mardi 25 novembre 2014, les retardataires sont convoqués au domicile de Kartié Coulibaly. Ils se présentent. Au domicile du chef de village, ils trouvent, comme aux jours ordinaires de paiement, 2 éléments de la garde nationale. Parmi les retardataires, quelques-uns arrivent à s’acquitter de leur dette mais trois n’y arrivent pas. Guidé par on sait quel instinct, le chef de village décide de punir les trois mauvais payeurs. Il trouve une idée pour les torturer. Le chef du village fait mettre en genou, sous le soleil brûlant, nos trois infortunés qui, de peur d’une réaction des 2 gardes présents, se soumettent. Trouvant du plaisir à voir ces hommes souffrir sous le chaud soleil, il décide de passer à une autre phase. L’homme étant le seul être qui trouve du plaisir à torturer son semblable, le chef de village demande aux trois messieurs agenouillés de se mettre en position courbée et leur dépose un joug sur le cou, comme on le fait pour des taureaux de labour.

Les témoins de la scène, très remontés, font rependre l’information à travers le village. Des badauds, en quelques minutes, se rassemblent et décident de prendre d’assaut le domicile de Kartié Coulibaly pour libérer les suppliciés. Les sages du village, avertis, convainquent les protestataires de ne pas se rendre justice. Après plusieurs heures de discussions, les jeunes acceptent de surseoir à leur attaque; une délégation est envoyée à Koutiala, chef-lieu de cercle, pour porter plainte contre le chef de village. Au même moment, le chef de village et les deux gardes de service disparaissent dans la nature. La gendarmerie de Koutiala, saisie de l’affaire, déploie des éléments pour enquêter. Les limiers de la gendarmerie dénichent le chef de village dans un repaire et le conduisent à Koutiala pour les besoins de l’enquête. Le lendemain, mercredi, la gendarmerie revient cueillir les conseillers de Kartié. Pour sa sécurité, le chef de village est gardé dans un lieu secret, en attendant son éventuel procès qui est réclamé par la population.

 

Abdoulaye Guindo

SOURCE: Procès Verbal  du   2 déc 2014.
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