Le guide spirituel Choula Bayaya Haïdara se confie : «Les Sunnites du Mali n’adhèrent pas aux attentats» «Il n’y aura pas de guerre religieuse au Mali»

La ville de Sehwan, province du Sindh du Sud du Pakistan a été le théâtre d’un attentat terroriste, le jeudi 16 février 2017. En effet, un kamikaze s’est introduit dans un sanctuaire du XIII è siècle dédié au saint Soufi Lal Shahbaz Qalandar et s’est fait exploser parmi des dizaines de fidèles, réunis dans le cadre d’un jour sacré de prière par cette communauté. L’attentat-suicide, qui a fait au moins 70 morts et plus de 150 blessées, a été revendiqué par l’Organisation de l’Etat Islamique, un groupe djihadiste sunnite via son organe de propagande Amaq.

Cherif Chouala Bayaya Haidara precheurTrès engagé dans la promotion de la tendance Chiite de la Religion musulmane au Mali, le célèbre prêcheur non moins Guide Spirituel de l’Association Hizbourahame, Seid Chouala Bayaya Haidara, est sorti pour la circonstance de son silence en acceptant de se confier sur l’événement macabre du Pakistan ainsi que sur le Chiisme et la collaboration entre les différentes confréries musulmanes au Mali

Le Témoin : Qui est Choula Mohamed Bayaya Haidara ?
CHOUALA BAYAYA HAIDARA
: Je suis Mohamed Bayaya Haidara, guide spirituel de l’Association Hizbourahame, Seid. Je suis plutôt connu sous Chouala Bayaya. Je suis né et j’ai grandi à Bamako mais originaire de Cinzani, dans la région de Ségou.
LT : Un kamikaze s’est fait exploser jeudi 16 Février dans un sanctuaire soufi de la ville de Sehwan, faisant au moins 70 personnes tuées et 150 blessés. L’attentat a été revendiqué par le groupe djihadiste sunnite de l’Etat islamique via son organe de propagande Amaq. Qu’est ce vous avez à dire sachant que ces deux confréries réclament tous héritage du prophète Mohamed SWS ?
CBH :
Rien n’autorise un musulman à tuer un autre musulman surtout dans une mosquée, un lieu saint. Même pour tuer un non-musulman, il y’a des critères, à plus forte raison pour un musulman. Je condamne donc ces attentats injustifiables.
LT : Pensez-vous que les motivations de ces extrémistes sont religieuses ?
CBH :
Ce sont des réseaux politiques destinés à saboter la religion dont l’esprit est de faciliter notre vie en société. Ces réseaux n’ont rien en commun avec l’islam. Peut-être que vous ne le savez pas, mais le chef de l’organisation de l’Etat islamique n’est autre qu’un ex-prisonnier des Etats-Unis d’Amérique.
LT : Au Mali, plusieurs sectes religieuses cohabitent ensemble. En tant que leader religieux, pouvez-vous nous expliquer vos rapports de collaborations ? Est-ce qu’il existe des différends qui justifieraient une crainte que le Mali soit le terrain d’une bataille d’influence entre tendance de la même religion ?
CBH : Oui, les Soufis et Sunnites sont tous bien représentées actuellement au Mali. En réalité, chez nous ici, certes il arrive de sentir des différences sur certains principes de l’islam, comme la manière de prier par exemple. Mais ça s’arrête-là. Pour le reste nous sommes des frères et sœurs qui nous retrouvons toujours autour de l’essentiel. On se salue, on conclut des mariages, etc. Je suis un chiite, et d’ailleurs, nous formons une association avec les Soufis au Mali. Juste pour vous rassurer qu’il n’existe pas de différences qui nous empêchent de cohabiter ensemble. Je suis sûr que les Sunnites du Mali n’adhèrent pas à la motivation de cet attentat. Donc, il n’y a de raison d’avoir peur que ce type d’attentat soit perpétré au Malien par un Malien. Est qu’il faut craindre une confrontation idéologique susceptible de déboucher sur un cas similaire à celui du Pakistan ? Je dirais non.
LT : Pourquoi parmi tant d’autres confréries, vous avez opté pour le Chiisme ?
CBH :
C’est une question de conviction guidée par le verset coranique suivant : «le prophète part et laisse dernière lui le coran et ses descendants». Le même coran parle en plus des 12 imams qu’on ne trouve que chez les chiites. Voici mes raisons parmi tant d’autres.
LT : Grand nombre de personnes ne comprennent pas le rapport qui existe entre le Chiisme et l’Islam. Ils font naturellement une différence, allant même jusqu’à séparer l’Islam (leur secte) des autres (Chiisme). Pouvez-vous expliquer le Chiisme, son fondement, ses origines et quelques représentants Cheick au Mali ?
CBH
: C’est une réalité, mais j’estime que c’est trop exagéré. En ce qui me concerne, je pense que toute personne qui proclame que «Mohamed est un prophète et un envoyé de Dieu » est un musulman. Mais je ne leur en veux pas. A chacun sa manière de comprendre cette religion, quoique ces principes soient clairs comme l’eau de roche. Le Chiisme n’est pas un état séparé de l’Islam. Il est islam dans toutes ses moralités et dans tout le sentiment de responsabilité que possède l’homme vis-à-vis de ses semblables. Cette confrérie est basée sur le coran, le prophète et sa famille sont ses origines. Comme Cheick on peut citer : Abou Diafar Diabaté, Cheick Idriss Traoré, Adam et Moussa Traoré, etc.
LT : Un dernier mot…
CBH :
Je remercie le journal et ses lecteurs et vous conseille de ne pas vous fier à ses kamikazes qui, en réalités, ne sont pas des musulmans. Au Mali, comme annoncent les oiseaux de mauvais augure, il n’y aura pas de guerre religieuse.  Nous sommes des frères et des sœurs. Donc nous ne pouvons pas laisser ces événements nous diviser ou nous effrayer
  Propos recueillis par Amidou Keita

Source: Le Témoin

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *