Tentative de déstabilisation des institutions : Les avocats de la défense démontent le dossier

Les conseils de la défense des personnalités accusées « de tentative de déstabilisation des Institutions de la République » estiment que le dossier qui incrimine leurs clients est «  vide et est truffé que de questions et sans preuve ». 

 

Dans un projet de « tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat », la direction de la Sécurité d’Etat, « en dehors de toute procédure légale et outre passant ses prérogatives », a mis aux arrêts et transféré dans ses locaux de hauts cadres de l’administration malienne et un animateur radio.  Il s’agit des personnalités suivantes : Vital Robert Diop, directeur général de la société du PMU-Mali, Aguibou Macky Tall, directeur général adjoint de l’Agence de gestion du Fonds d’accès universel, Souleymane Kansaye, receveur général au Trésor, Sékou Traoré, secrétaire général de la Présidence, et Ras Bath, animateur radio.

Le réquisitoire révèle que le cerveau du projet serait le Dr Boubou Cissé, ancien Premier ministre, qui « nourrit des ambitions présidentielles ». Et que c’est dans ce cadre qu’il aurait constitué un noyau de groupe pour « déstabiliser la transition au profit de ses ambitions ».

Les accusés, exceptés Boubou Cissé avant d’être mis à la disposition de la gendarmerie, puis de la justice, ont passé entre 48 h et une semaine dans les locaux de la SE « dans les conditions inhumaines » et sans la moindre assistance de leurs avocats.

Après plus de 8 jours de « détention arbitraire », le dossier a été par la suite judiciarisé. Le procureur a décidé l’ouverture d’une information judiciaire « pour  complots contre le gouvernement, association de malfaiteurs contre le chef de l’Etat et complicité », à l’encontre de l’ancien Premier ministre, Boubou Cissé et  les cinq autres.

Vendredi 8 janvier 2021, face à la presse, cinq des avocats (dont deux Français) des personnes accusées sont revenus sur les faits qui sont reprochés à leurs clients et ont donné des éléments de réponses spécifiques sur chacune des chefs d’accusations.

D’entrée de jeu, les avocats n’ont pas fait dans la dentelle. Ils ont démonté le réquisitoire qui, selon eux, « est un dossier vide avec des contradictions flagrantes et dépourvu de preuves ».

La première contradiction fragrante décelée par Me Tapo est qu’ « on ne peut pas nourrir des ambitions présidentielles et désorganiser une Transition, qui est censée organiser ces élections ».

Sur la tenue d’une réunion secrète et clandestine chez Boubou Cissé, les avocats ont laissé entendre, qu’il n’en était rien. « Ces gens n’ont jamais tenu aucune réunion avec Boubou et ne l’ont jamais rencontré dans un passé récent, c’est-à-dire depuis le 18 août 2020 ».

Me Tapo a tout de même dit que la seule fois que Boubou et Sékou Traoré se sont vu, a été le lendemain de la libération de Boubou de la prison « Sékou a rendu visite à Boubou comme beaucoup d’autres  personnes ».

 

La SE mise en cause

Evoquant le cas de Sékou Traoré, qui serait « le cerveau intellectuel » du projet et qui aurait contacté un puissant marabout du nom de Lassana Kané, Me Tapo a affirmé que le second est l’oncle du premier. « Comment peut-on interdire un neveu de rendre visite à un oncle ? ».

Il poursuit que les deux personnes ne se sont jamais rencontrées depuis la nomination de Sékou comme secrétaire général de la Présidence.  Et de poursuivre que «Boubou et  Ras Bath ne se sont jamais vu depuis le 18 août 2020», c’est-à-dire depuis le coup d’Etat contre  Ibrahim Boubacar Keita. « Il n’y a absolument rien dans le dossier qu’on puisse leur reproché », ont-ils affirmé. Pour les avocats « avoir des intentions pour des élections est-il un crime ? Surtout que Boubou ne s’est jamais prononcé sur la question ».

Pour les avocats, personne n’est à l’abri de ces pratiques d’une autre époque. Pour eux, c’est inadmissible, scandaleux que la Sécurité d’Etat arrête des gens dans une démocratie.

 « Les libertés fondamentales sont tout simplement en jeux », ont expliqué les avocats. Selon eux, la Sécurité d’Etat a fait un abus en séquestrant des individus innocents. L’objectif final dira Me Tapo, c’est «interdire la liberté d’expression écrite avec le sang des martyrs en 1991».

Me Abdramane Famantan renchérit que de plus en plus la SE bafoue les droits humains. Pour lui, le fait que Sékou Traoré, secrétaire général de la Présidence et magistrat de surcroît soit arrêté illégalement et traité sans le moindre respect et dans l’indignité totale, est tout simplement une insulte à l’endroit des institutions et du corps magistral.

«La garantie de protection des magistrats a été touchée », a-t-il dit. L’avocat a qualifié ce qui est dit dans le réquisitoire « d’imagination ». « On monte un scenario juste pour avoir le poste de Sékou Traoré ». Il poursuit que « le dossier est truffé de questions et d’affirmations sans aucune preuves ».

Les avocats ont rappelé que le préambule de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, la Constitution du Mali de 1992, l’Acte fondamental du 25 aout 2020 ont été violés par la Sécurité d’Etat. Pour ce faire, ils demandent que justice soit rendue, que la vérité soit dite dans cette affaire.

A.S.

Source: Arc en Ciel

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