Interview : « L’espoir du Mali c’est sa jeunesse ! »

Qui sont ces jeunes Maliens qui envahissent la toile et les réseaux sociaux, seul lieu où ils peuvent finalement s’exprimer librement et faire résonner leurs voix ? Quelles sont leurs sujets de préoccupations et d’échanges ? C’est au détour de rencontres dans un cybercafé que j’ai obtenu une réponse en face à face d’un échantillon de ces militants « 2.0 », et respiré le vent de changement qui émane d’eux…et qui ne tardera pas à se répandre au Mali !

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Souleïman, 25 ans, Aminatou, 22 ans et Abdou, 19 ans, sont tous trois étudiants à Bamako. Ils se disent représentants d’une nouvelle génération de Maliens. Une génération au sentiment double. Celui d’avoir été sacrifiée et marginalisée au Mali, du fait de la crise, tout en étant comme jamais devenus des « citoyens du monde » : acteurs à part entière et égale d’une communauté sans frontières et en constante évolution.

« Les événements au Mali ont provoqué un sévère retour en arrière des mentalités et des conditions de vie », explique ainsi Souleïman. Pour autant, avec internet et les réseaux sociaux, « nous pouvons sortir de cet isolement et continuer à faire partie d’un monde qui progresse chaque jour, car notre voix y est aussi libre et compte de la même manière que la voix de n’importe quel autre jeune de ce monde », poursuit-il.

« Sur internet, nous trouvons autre chose que les discours que l’on voudrait nous imposer. Nous pouvons échanger entre nous et réfléchir à des solutions, pour que le Mali ne sombre pas irrémédiablement dans le sordide que nous prédise certains. Nous voyons que nous ne sommes pas seuls et, qu’au contraire, nous sommes nombreux à partager les mêmes idées et les mêmes valeurs, de refus de la radicalité religieuse et de la violence. Nous sommes prêts à soutenir ceux qui prônent la tolérance, comme l’imam Haïdara. Il faut évoluer avec son temps ! », martèle ouvertement Aminatou.

Malgré leur jeunesse, malgré les difficultés du quotidien, la peur, la menace, la charia, le chômage, ces nouveaux « citoyens du monde » osent s’affirmer. Les slogans « chocs » fusent sur la toile, tels que « Islam ok, charia ko ». Ils ont une vraie conscience politique et sont prêts à défendre leur engagement solidaire. Selon Abdou, le plus jeune et le plus enthousiaste, « les étudiants maliens sont en train de se mobiliser et de s’organiser » à travers le pays. « Une fois rassemblés et structurés, l’ancienne génération ne pourra plus nous museler et décider pour nous de ce à quoi notre pays et notre vie doivent ressembler. Nous sommes mobilisés et déterminés », ajoute-t-il.

Les initiatives et associations locales de jeunes, ainsi que de femmes, prennent en effet une ampleur sans précédent au Mali. De nos trois militants, des expressions reviennent sans cesse : « faire le ménage », « ne plus se laisser faire par les vieux djihadistes » et « concrétiser la réconciliation nationale et la paix », pour pouvoir enfin se tourner vers un avenir dont l’objectif doit être « le développement et le progrès ».

« Aujourd’hui, c’est déjà le passé. Nous, c’est Demain que nous voulons construire, et ce demain nous appartient : l’espoir du Mali, c’est sa jeunesse », terminent-t-ils en chœur.

Idrissa Khalou

28 mars 2016

Source: Autre presse

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