Internet : DES RÉSEAUX SOCIAUX INACCESSIBLES

La manifestation des fans de Ras Bath devant le Tribunal de grande instance de la Commune IV n’a pas fait qu’un mort, des blessés et des dégâts matériels importants à travers la ville de Bamako. Les réseaux sociaux aussi en ont fait les frais.

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En effet, Facebook et Twitter étaient inaccessibles aux abonnés maliens quelques heures après les échauffourées entre les manifestants et les forces de l’ordre autour du tribunal.
Pour bon nombre d’abonnées à ces deux réseaux sociaux, les plus utilisés dans notre pays, il s’agissait d’un problème de connexion. « Je me suis renseigné dans mon entourage pour savoir si j’étais le seul à ne pas avoir accès à Internet. Mais les personnes que j’ai interrogées avaient le même problème. Plus tard, j’ai compris que c’était général », nous a confié un fonctionnaire travaillant dans une structure de l’Education nationale.
Dans un commentaire sur un site d’information, un certain « Torodo » s’indignait en s’interrogeant : « Comment peut-on interrompre les réseaux sociaux dans un pays démocratique où des gens sont morts pour que la liberté d’expression soit un acquis … ? »
Du côté du ministère en charge de la Communication, nous avons pu joindre un interlocuteur qui n’était pas encore au courant de cette non disponibilité des réseaux sociaux. « Quels sont ces réseaux ? Depuis quand ça ne marche pas ? » Nous avons dû répondre à ces questions de notre interlocuteur au lieu de lui en poser.
Au ministère de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, le chargé à la communication, Amadou Sangho a assuré que son département « n’a mené aucune action dans ce sens… ».
Les abonnés aux réseaux sociaux ont vite fait le lien entre l’affaire Ras Bath et l’interruption de Facebook et de Twitter. Il faut rappeler que c’est sur Facebook que l’animateur Bathily a mobilisé ses sympathisants en les informant qu’il a été interpellé et qu’il était détenu au Camp I. Plus tard, certains on posté des messages à son nom. Dans ces messages, il invitait ses supporters à venir massivement au tribunal de Hamdallaye où il devait comparaitre. Rendez-vous était donc pris grâce à la magie des réseaux sociaux, formidables moyens de mobilisation qui ont fait leurs preuves sous d’autres cieux lors des soulèvements populaires contre les régimes en place.
Les fans du bouillant animateur, ainsi ameutés par les réseaux sociaux, ont pris d’assaut le tribunal qu’ils ont fini par mettre à sac et incendier des véhicules. Suite à ces événements malheureux, certains observateurs ont conclu que le pouvoir a pris la mesure du danger et paré au plus pressé en privant les fans de Ras Bath de leur moyen de mobilisation.
Il convient de rappeler que c’est la première fois que les réseaux sociaux sont interrompus au Mali. Cette interruption a fait un manque à gagner pour les « community managers » chargés d’animer les comptes Facebook et Twitter pour des particuliers ou des entreprises. « Je me retrouve en chômage. J’ai un manque à gagner parce que je suis payé à la tâche. Facebook est un aussi une source d’emploi pour nous les administrateurs de pages. C’est dommage », nous a confié un des « community managers ». Il n’était pas le seul dans cette situation. Amara Bathily, un des administrateurs du marché virtuel, « Mali Sugu », a déploré l’immense perte pour ses 60.000 abonnés. Les commerçants et leurs clients qui font des échanges en ligne, ont vu leurs business interrompus. « On avait 200 à 300 publications sur les produits par jour, mais avec l’interruption, je n’ai eu que 2 en 48 heures », a-t-il précisé.
De son côté, Sékou Keïta, livreur à domicile ou aux lieux de travail d’appareils électroniques achetés en ligne, disait qu’il s’était retrouvé aussi au chômage technique depuis que Facebook ne fonctionnait plus. « Pas de commande, pas de déplacement, pas d’argent », soupire-t-il sur un air à la fois ironique et amer. Son inquiétude est que cette situation ne dure pas.
C’est ce que les « facebookeurs » maliens souhaitent aussi. Mais en attendant la levée du blocage, certains petits génies ont trouvé les moyens de contourner la mesure pour accéder à leurs réseaux préférés. L’astuce ? Utiliser des applications spécialement conçues à cet effet. C’est le cas de Mohamed Bah qui a d’abord créé un groupe sur Viber (un autre réseau social), puis partager le nom de l’application « Cloud VPN » aux membres de son groupe. Rapidement, l’application est devenue virale dès hier matin. Cette application permettait de se connecter à Facebook. Mais il faut reconnaître que l’ambiance était morose sur le réseau car il n’y avait pas beaucoup de gens connectés. Les personnes connectées se comptaient sur le bout des doigts. Or d’habitude, sur Facebook, l’ambiance ressemble à celle d’une cour de récréation.
Le blocage des réseaux sociaux est devenue une pratique courante. Les pouvoirs publics redoutent les capacités de mobilisation de ces réseaux sociaux car les organisateurs des manifestations peuvent y atteindre facilement la couche juvénile qui est généralement le fer de lance des soulèvements populaires. Dans certains pays, on bloque carrément l’accès à Internet et aux SMS.
A. DIARRA

Source : L ‘Essor

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