grève des magistrats: vers une sortie de crise ?

La rencontre, entre le Chef de l’État, Ibrahim Boubacar Kéita, et ses collègues magistrats, dans le cadre du Conseil Supérieur de la Magistrature, semble avoir sonné le déclic. Après que le gouvernement ait renoncé à la retenue sur les salaires des grévistes, ceux-ci ont commencé à lâcher du lest, comme on peut le croire à l’issue de leur rencontre avec leur ministre de tutelle Tiéna Coulibaly, le Garde des sceaux. Apparemment, la paix des braves n’est plus une vue de l’esprit !

Dans me dernier communiqué qu’ils viennent de publier, les deux syndicats de la magistrature, le Syndicat autonome de la magistrature, SAM, et son homologue, le Syndicat libre de la magistrature, SYLIMA, invitent leurs militants à une à Assemblée générale ce jeudi 25 octobre 2018. Les deux syndicats grévistes restent fermes sur leurs positions en assurant leurs membres « que le mot d’ordre de grève demeure en vigueur jusqu’à ce que l’Assemblée générale souveraine en décide autrement ». Pourtant, on comprend qu’il y a une évolution certaine quand d’ailleurs les syndicats subodorent, voire escomptent bien que « le sens de responsabilité avéré des (grévistes) conduira à des résolutions heureuses et honorables à (l’issue de) l’Assemblée générale du jeudi 25 octobre 2018 ».
Les magistrats satisfaits…
Visiblement, on peut croire donc que l’issue de la grève est pour ce jeudi ! En tout cas, tout plaide pour cela. Et pour cause, les magistrats semblent satisfaits de l’évolution des événements. Déjà, même si certains d’entre eux avaient clairement fait savoir que le fait de leur octroyer les salaires retenus de septembre ne faisait pas partie de leurs revendications, il reste que ce geste de bonne volonté du Gouvernement a été salué comme tel. En effet, les syndicats grévistes assurent prendre « acte de la décision en date du 17 octobre 2018 du Gouvernement de la République de rétablir très prochainement les salaires du mois de septembre des Magistrats grévistes, dans le souci exprimé de décrisper le climat social », tout en saluant « cette décision et encouragent le Pouvoir exécutif à multiplier ces genres d’initiatives ».
En fait, depuis la rencontre avec IBK, le 15 octobre dernier, le cours des choses s’est accéléré. Coup sur coup, les deux syndicats grévistes de la magistrature ont publié un compte rendu et un communiqué, ce dernier en date de ce 22 octobre, relatifs à la fois à leur rencontre avec Tiéna Coulibaly et marquant leur « intérêt particulier (pour) la rencontre tenue le 15 octobre 2018 », entre leurs représentants au CSM et le Chef de l’État. Les magistrats grévistes, faisant d’une rencontre avec le Président de la République un casus belli pour l’initiation de tout dialogue, une session du CSM, même d’écoute comme nous l’avions souligné, avait donc valeur de déclic pour renouer les discussions entre les deux camps, qui se regardaient en chiens de faïence. Et pour cause, l’exécutif, à travers le Premier ministre, entendait sévir à travers la retenue sur les salaires couplée à une réquisition en bonne et due forme, prenant divers avis juridiques dont celui de la Cour Suprême. De l’autre, revendiquant une nette séparation constitutionnelle des pouvoirs et se fondant sur la suprématie des dispositions nouvelles sur l’obsolescence des textes antérieurs, les grévistes passaient également par la voie… judiciaire pour dénier au Premier ministre toute légalité et pouvoir de préemption sur la magistrature, farouchement attachée à son i dépendance. La rencontre, en véritable arbitrage, du Chef de l’État, a été comme une bouffée d’oxygène dans ce bras de fer où les protagonistes bandaient plutôt les muscles que de réelles dispositions à aller vers une issue honorable.
On comprend donc que les magistrats aient « hautement apprécié, à l’occasion, d’une part l’engagement pris par le Chef de l’État de mettre les Magistrats dans les meilleures conditions de vie et de travail et, d’autre part, son invitation à l’adresse de la magistrature de lui faire confiance ». Car en effet, les différentes sorties des uns et des autres ne présageaient pas vraiment une issue proche de cette crise qui a impacté durablement le cours des activités. Même s’ils n’ont pas obtenu un engagement explicite quant à leurs prétentions financières, les engagements du Premier ministre quant à la prochaine grande session salariale et la précision du Chef de l’État quant à l’examen particulier de la situation des magistrats au cours de ce rendez-vous, ont eu l’air de combler les attentes de la magistrature. Par ailleurs, le Président IBK avait reconnu la nécessité impérative de sécuriser les juridictions, un aspect des revendications, même si la revalorisation financière était en définitive le leitmotiv réel de la crise.
Conserver les postures, mais…
Pour en arriver là, les deux syndicats de magistrats ont multiplié les postures. Pour les militants, entraînés quelque peu dans une surenchère ? Toujours est-il que les grévistes n’ont pas manqué de réaffirmer certaines positions de principe. Ainsi, à l’issue de la rencontre avec le Garde des Sceaux, ils ont tenu, en dépit de la sollicitation de ce dernier, à exiger les points phares de leurs exigences que sont le retrait du Décret de réquisition, attentatoire à l’indépendance du Pouvoir judiciaire, l’adoption de leur ‘’grille’’ et de sa progressivité, en dépit de la résistance de l’exécutif et du Président IBK quant à la pression financière insupportable sur le budget de l’État ainsi que la sécurisation des juridictions sur laquelle le Chef de l’État s’était déjà engagé le 15 octobre dernier.
Pourtant, ils n’en reconnaissaient pas moins que « plusieurs démarches sont en cours aussi bien pour consolider l’apaisement amorcé que pour une sortie responsable et honorable de la présente crise ». Une ouverture qui tranchait déjà avec la rigidité des prises de position observées jusque-là surtout en réaction aux desiderata de Soumeylou Boubeye Maïga qui n’entendait non plus pas courber aussi facilement l’échine. Très magnanimes ou désormais très ouverts, le SAM et le SYLIMA, reconsidérant leur appréciation de ceux qu’ils n’étaient pas loin de considérer il y a peu comme des coupe-jarrets (y compris certains de leurs collègues de la haute hiérarchie judiciaire accusés de complicité), « invitent les Magistrats à la plus grande courtoisie vis-à-vis des Institutions de la République et les engagent en même temps à respecter et à faire respecter leur indépendance ». Pleins de bonne volonté ou contrition, il n’en demeure pas moins que les grévistes ont considérablement radouci leurs postures, car, ils réaffirment même « leur disponibilité au dialogue et à accompagner toute initiative tendant à une sortie responsable et honorable de cette crise ». Il est vrai qu’ils n’avaient jamais dit qu’ils ne non plus discuteraient pas…
En somme, on s’achemine indubitablement vers une paix des braves. Et pour cause, l’assemblée générale de ce jeudi suscite de réels espoirs, surtout au sein de la population, en attente insatisfaite des services judiciaires. Mais la grève aura laissé des traces indélébiles et suscitera la réflexion quant à l’élaboration de nouveaux schémas de la judicature.
La grève, même illimitée, est la dernière étape d’une revendication, nous expliquait il y a quelques années Issé Doucouré à l’époque Secrétaire général de l’UNTM, l’extrême limite qu’un syndicaliste ne doit franchir qu’à l’épuisement de tous les recours possibles. Après, avertissait le vieux lion qui a écrit une des plus belles pages du syndicalisme malien, il ne reste plus rien au syndicaliste. Aussi, est-il obligé de faire en sorte que le lien soit constamment maintenu avec celui auprès de qui on revendique ; si, pour une raison ou une autre, ce lien est rompu, le syndicaliste doit se donner les moyens de renouer le fil. Autres temps autres mœurs peut-être, la conscience de la responsabilité syndicale comprenait tout autant le sens et l’obligation de service public du travailleur en grève. Il est aussi vrai qu’en face du travail syndiqué, les valeurs étaient partagées, si bien qu’à l’affrontement catégoriel se greffaient d’autres systèmes d’évaluation qui incitaient à la convergence des positions.
Yaya TRAORE

Source: info-matin.

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