Formation en journalisme : L’AMA-CESTI OUVRE LE DÉBAT

« Institution de formation en journalisme : grandeur et misère ».

maison presse malienne media

Cette thématique était au centre d’une conférence débat organisée samedi denier par l’Amicale des anciens étudiants et stagiaires du CESTI (AMA CESTI), une jeune association qui vise à consolider les liens entre ses membres et contribuer au renforcement de la formation dans nos organes de presse et instituts de formation de la place. C’était à la Maison de la presse, sous la présidence de Diénéba Dème, la vice-présidente de l’AMA CESTI.

Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la presse. Et pour cerner les enjeux liés à ce thème pertinent et d’actualité, pour qui connaît l’état de nos instituts de formation et les dérapages dans la presse, l’Amicale a fait appel à deux éminents journalistes diplômés du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI) : Diomansi Bomboté, ancien formateur et Ismaël Maïga, communicant pour l’UNICEF-Mali.

Introduisant les débats, M. Maïga a d’entrée de jeu fait observer que le paysage médiatique malien se caractérise par le pluralisme, depuis sa libéralisation en 1992. Aussi, dans les rédactions se côtoient des journalistes formés sur le tas et ceux qui sortis des écoles de journalisme. Toute chose qui, selon lui, doit faire la richesse des organes de presse de notre pays.

Ismaël Maïga a ajouté que le paysage médiatique se caractérise aussi par la prolifération des institutions de formation aux métiers du journalisme mais qui ne respectent pas pour la plupart les normes académiques. La pléthore des écoles, le profil des formateurs et les programmes qui y sont enseignés laissent à désirer, a déploré M. Maïga. Des insuffisances qui ne font guère la grandeur de ces centres de formation.

Le conférencier a également posé la question de savoir s’il est besoin d’être un sortant d’une école de journalisme pour être un bon journaliste. La réponse est globalement non, selon les conférenciers. Ils ont par ailleurs ajouté que « pour exercer ce métier dans les règles de l’art, il faut l’apprendre et en respecter les règles déontologiques et éthiques». L’institution de formation en journalisme semble être le lieu approprié pour apprendre ces valeurs indispensables à l’exercice du métier, a précisé M. Maïga.

Abondant dans le même sens, le doyen Bomboté a indiqué que les institutions de formation sont indispensables dans des pays comme le Mali. Un pays où les journalistes préfèrent leurs humeurs aux faits, a critiqué l’ancien professeur du CESTI. Bomboté a également pointé du doigt le fait que les instituts de journalisme dignes de ce nom cultivent l’élitisme.

Ces écoles sont élitistes car pour y avoir accès il faut impérativement passer un concours. Les rares personnes qui arrivent à y accéder, résistent difficilement à la tentation de se croire supérieures aux confrères formés sur le tas. Pour le doyen Bomboté, ces écoles sont prétentieuses aussi en ce sens que leurs programmes sont conçus de telle sorte que l’apprenant est doté des notions élémentaires dans presque tous les domaines de la connaissance. « Il peut alors se croire spécialistes de tous les domaines sans en maîtriser aucun », a-t-il averti.

Cet état d’esprit est, selon M. Bomboté, contreproductif. L’obligation est faite aux diplômés de ces instituts de se remettre permanemment en cause, afin de pouvoir avancer dans la profession et prouver qu’ils sont à hauteur de mission et des attentes. « Le diplôme ne doit pas être une fin en soi », a conseillé l’ancien formateur du CESTI. Le diplômé doit avoir l’humilité de se former, d’apprendre aussi de ceux qui ont appris le métier sur le tas. Car, la modestie qui est une valeur cardinale du métier de journaliste suppose, à son avis, la considération, le respect mutuel et la culture en permanence de l’esprit de complémentarité.

Des intervenants aux débats ont réaffirmé que la formation responsabilise le journaliste. Cet avis est partagé par le docteur en anthropologie, Naffé Keïta. Pour lui, « quant on s’engage à informer l’opinion sur un phénomène ou un fait, il importe d’en maîtriser l’objet » et de cerner l’impact véritable de sa diffusion. Il est des sujets sensibles qui, selon lui, n’ont pas leur place dans les colonnes des journaux. Et, il faut être un professionnel pour mieux cerner ces aspects, a-t-il conclu.

On peut devenir un excellent journaliste sans être un sortant d’une école de journalisme, ont admis conférenciers et intervenants. L’expérience montre que les meilleurs journalistes ont appris le métier sur le tas. Après avoir appris les rudiments du métier, on peut acquérir les qualités indispensables de responsabilité, de respect strict des règles d’éthique et de déontologie. D’où la nécessité d’un encadrement et d’un accompagnement permanent pour prévenir les dérives. Un défi que AMA-CESTI entend contribuer à relever.

Cheick M. TRAORÉ

 

Source: essor

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