Faits divers : LE CAUCHEMARD ÉVEILLÉ DE O.

Le jeune commerçant était trop proche de son nouvel ami. Au point de se faire amener par ce dernier dans une situation extrêmement compliqué

faits divers incroyable kabako logoLe pire qui puisse arriver à un enfant, c’est certainement de faire le désespoir de ses parents. Surtout lorsque les dits parents ont déployé des efforts extraordinaires pour en faire quelqu’un de bien et de respectable. Nous avons donc eu le cœur serré en regardant le vieux K. assis dans un coin d’un commissariat de la rive droite. La tête baissée, les épaules voûtées, il était l’incarnation achevée du chagrin et de la honte. Il venait de retrouver son fils O. dans une situation pour lui inimaginable et c’était certainement une vraie tempête qui s’était déchaînée sous son crâne. Le vieillard était accompagné d’un certain nombre de ses parents. Mais aucun d’eux ne se risquait à l’approcher. Que dire d’ailleurs à un homme anéanti, qui s’inquiétait depuis trois jours pour son fils introuvable et qui est confronté à une réalité pire que ce qu’il craignait ?

Lorsqu’il s’est un peu ressaisi, K. interrogea les policiers pour savoir comment il pouvait aider son rejeton à sortir du mauvais pas où il s’était fourvoyé. Mais bien qu’ils aient été peinés pour le père en détresse, les policiers ont été extrêmement francs avec lui. La situation, telle qu’elle se présentait, ne donnait lieu à aucun arrangement social. Un acte grave avait été posé et il fallait bien que le responsable en réponde. Ce serait O. sauf si un coupable était trouvé. Pour ne pas perturber la suite des enquêtes policières, nous éviterons de nommer le dit commissariat comme cela nous a été demandé par l’officier de police judicaire en charge du dossier. Les faits, eux, sont d’une terrible simplicité. Mais pour vraiment comprendre ce qui s’est passé, il faudrait revenir de nombreuses années en arrière.
K. s’était établi en Commune VI depuis plusieurs décennies et ce fut là que O est né. L’enfant fut soumis à une éducation stricte, mais la tutelle de son père ne put faire de lui un bon élève et il dut interrompre assez tôt ses études. K., fidèle à ses principes, se dit qu’il lui fallait quand même permettre à son fiston d’apprendre un métier qui ferait de lui un honnête homme. Il mit donc le gosse en apprentissage chez un menuisier du quartier. D’après certains témoins, O. assimila sans peine les rudiments de cet artisanat et le savoir-faire qu’il avait acquis lui permettait de gagner des sommes assez modestes qui couvraient de petits besoins. Mais déjà le garçon montrait de plus en plus sa réticence à rester dans un métier qui, à ses yeux, le maintiendrait dans la précarité.
Devenu adolescent, il décida donc de choisir sa propre voie. Un beau jour, il annonça aux siens qu’il abandonnait le travail du bois pour se lancer dans le petit commerce. O. était fermement résolu à prendre ce virage et pour cela, il n’hésita pas à affronter la colère de son père qui demeurait persuadé que son fils trouverait sa voie dans la menuiserie. K. fut désagréablement étonné par la rébellion de son fils et il digéra très mal l’acte de désobéissance de O. Il était d’autant plus peiné qu’il voyait bien que c’était uniquement l’attrait de revenus faciles et plus conséquents qui avait guidé son garçon. Pendant de longues semaines, des disputes quasi quotidiennes éclataient entre O. et son père.
GUIDÉ PAR SON INTUITION. Puis de guerre lasse, le second se résigna. Il abandonna sa décision de chasser O. du foyer paternel comme il en avait eu l’intention et arrêta de combattre le projet du garçon. Ce dernier s’adapta plutôt bien à la nouvelle vie qu’il avait choisie. Il se levait très tôt tous matins pour se rendre à la gare routière de Sogoniko où il vaquait toute la journée à son petit commerce. Ce fut d’ailleurs à l’autogare que le jeune commerçant lia connaissance, puis amitié avec un certain G. qui opérait dans la même activité que lui. O. ne se doutait pas que tous ses malheurs viendraient de ce nouvel ami.
Les relations entre les deux garçons devinrent rapidement très chaleureuses. Au point que O. amena sa nouvelle relation faire connaissance avec les membres de sa famille. Comme G. se montra agréable avec tout le monde, il fut adopté sans problème dans la concession. Un petit détail gênait O. sans qu’il n’ose l’avouer. G. ne lui avait pas rendu la pareille et s’était bien gardé de lui proposer de faire la connaissance des siens. Le fils de K. ne savait même pas où logeait son ami. De son côté, le vieux père, guidé par son intuition, n’avait pas tout à fait confiance dans le nouvel ami de son fils. Il raconta aux policiers que sa méfiance s’était encore aiguisée un jour que G. était venu le trouver seul dans la cour de la concession. « Quelque chose dans sa manière de se tenir et dans le ton qu’il adoptait, se souvint-il, me déplaisait. Je ne pouvais dire exactement pourquoi. Mais j’étais certain que ce jeune homme n’était pas une bonne personne ».
En père soucieux de la sauvegarde de son enfant, K. ne chercha pas à cacher à O. la défiance qu’il éprouvait pour G. Il demanda à son fils ce qu’il savait exactement de sa nouvelle relation. En réponse, O. se contenta de lui dire que G. était l’enfant d’un des habitants du quartier. Il avait déménagé après le décès de son père, mais continuait à vivre sur la rive droite avec des proches à lui. Le sexagénaire tint à vérifier le peu d’informations qui lui avaient été livrées. Il découvrit non sans étonnement qu’il avait connu le père du jeune homme. Il se rappela alors que G. avait effectivement quitté le quartier, mais il l’avait fait bien avant le décès de son père et à la suite d’une dispute avec les membres de sa famille. Le jeune homme avait d’ailleurs coupé toutes les relations avec les siens.
Poursuivant son enquête, K. put vérifier que G. exerçait effectivement le petit commerce comme son propre fils à la gare routière de Sogoniko et que de ce côté là, il jouissait d’une bonne réputation. Ces informations tranquillisèrent K. qui décida d’oublier l’impression bizarre que lui avait laissée son visiteur. Mais la suite des événements allait montrer que l’intuition du vieux ne l’avait pas trompé. Le petit commerce n’était qu’une couverture pour G. Ce dernier était en réalité un malfrat spécialisé dans le vol d’engins à deux roues. Il était aussi un adepte des méthodes violentes, braquant ses victimes avec une arme à feu et n’hésitant pas à tirer si on lui résistait. G. exécutait ses coups la nuit. Le jour, il reprenait ses activités à l’autogare. Le jeune homme avait réussi à tromper tout son voisinage qui ne se doutait pas de sa double vie. La question est de savoir si O. qui était devenu très proche de G. se doutait de quelque chose. Si oui, il n’en avait jamais parlé
COMPAGNON ET COMPLICE. Mais tout se précipita de la veille de la fête Tabaski. G. alla chercher son ami au domicile de ce dernier. Tous deux prirent à moto le chemin de la ville. Ils tournèrent u peu partout jusqu’à une heure avancée de la nuit. A un moment donné, ils arrivèrent à un endroit peu éclairé de Faladié. G. indiqua à son ami qu’ils allaient rester là un moment, mais sans sans lui donner la moindre explication. En réalité, le jeune bandit avait tout préparé. Il cachait sous son vêtement ample un fusil de fabrication artisanale.
Au bout de quelques minutes d’attente, un motocycliste solitaire arriva vers le tandem. Quand l’homme fut tout proche, G. se mit au travers de la route. Il pointa son arme vers sa victime à qui il intima de l’ordre de remettre son engin. Le motocycliste eut alors une réaction à laquelle ne s’attendait certainement pas le braqueur. Au lieu de s’exécuter, il se mit à crier de toutes ses forces. Des jeunes qui prenaient du thé non loin de là accoururent pour secourir le malheureux qui venait de se faire braquer presque sous leurs yeux.
Face à la brusque affluence de sauveteurs, le duo voulut prendre le large. Le braqueur parviendra à se faufiler pour échapper à la foule qui grossissait. Mais O. sera pris dans la nasse. Il fut ainsi conduit au commissariat de police le plus proche. La foule avait tenté de lui faire la peau en appliquant l’article 320. Mais des bonnes âmes avaient réussi à bloquer l’irréparable. O. fut mis sous les verrous en attendant le lever du jour. Les policiers qui l’interrogèrent parvinrent à lui faire donner le nom de son père et se mirent en contact avec ce dernier.
Quand on lui fit le récit de ce qui était arrivé à son fils et qui avait été provoqué par G. l’homme dont il s’était méfié, le vieux K. faillit piquer une crise dans le commissariat. Les policiers ont été clairs avec lui en levant tout équivoque sur la situation de son fils. « Mon père, lui avaient-ils dit, nous allons être honnêtes avec vous. Nous ne pouvons pas libérer votre fils tant que nous n’aurons pas mis la main sur son complice qui a braqué le motocycliste. Votre fils est là, il est gardé à notre niveau et il refuse pour le moment de parler. Mais nous ferons en sorte qu’il nous dise l’endroit où nous pouvons mettre la main sur son compagnon qui a fui ».
Entretemps, des témoins avaient confirmé que O. n’était pas le braqueur et que ce dernier avait pu s’échapper. Et que faute d’avoir pu arrêter le malfrat, ils avaient amené son compagnon. Cela avec l’espoir que ce dernier aiderait à la capture de son ami. Une éventuelle mise hors de cause de O. est donc liée à l’arrestation de G. Sinon, le jeune commerçant sera le seul à répondre pour des faits dont il n’est certes pas le principal auteur. Mais les faits le présentent comme le compagnon, voire comme le complice plus ou moins actif du braqueur en fuite.
Après avoir longuement écouté ces explications, le père de O. et ses proches qui étaient venus aux nouvelles ont quitté le bureau de l’officier de police en charge du dossier. Après un « au-revoir » furtif, visiblement déçus, ils quittèrent la cour du commissariat laissant derrière eux le malheureux garçon entre les quatre murs du cachot. Et sans aucune certitude que l’horizon ne se dégage pour lui.

MH.TRAORÉ

source : Essor

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