Assises : ADAMA N’A PAS REUSSI A SAUVER SA TETE

L’accusé a essayé de minorer son rôle en profitant de l’absence de son compagnon des mauvais coups. Mais les victimes ont fracassé son système de défense

Faits divers

« Ils ne méritent aucune pitié de votre part. Ils ne sont plus des Maliens. Même s’ils ont des noms d’origine malienne. De toute ma carrière de magistrat, je n’ai jamais vu un crime crapuleux exécuté comme celui-ci ». Tels furent les premiers et très sévères mots du parquet général lorsqu’il commença son réquisitoire. Les propos ciblaient les cambrioleurs de l’agence Western union de Baco Djicoroni Golf et de l’économat de la faculté des Sciences économiques et de gestion de Bamako. Dans cette affaire présentée à la troisième session de la Cour d’appel de Bamako, les accusés étaient accusés d’association de malfaiteurs, de vol en bande et de complicité. Ces faits évoqués remontent au 13 février 2014.

Adama Konaté et Boubacar Coulibaly sont en fait des ressortissants ivoiriens. Ils débarquèrent au Mali le 11 février 2014 à bord d’une voiture BMW. Ils s’installèrent dans un hôtel de la place où ils mirent certainement au point les derniers détails de leur future opération planifiée depuis la Côte d’ivoire. Ces jeunes gens, armés chacun d’un pistolet automatique de marque Beretta, mirent les choses en route le 13 février. Ils se dirigèrent tout d’abord vers le guichet Western union et Moneygram de la BMS de Bacodjicoroni Golf. Une fois à l’intérieur de l’établissement, un des malfrats  pointa son arme sur la gérante, obligeant cette dernière à vider sa caisse qui contenait 1 075 000 soixante francs CFA. Avant de s’enfuir, les bandits enfermèrent la dame et le gardien dans les toilettes.

Ils emportèrent aussi les deux téléphones de la gérante pour empêcher cette dernière de donner l’alerte. Mais cette attaque n’était pas la seule opération prévue au planning du tandem. Celui-ci s’en prit ensuite aux environs de 15 heures de la même journée à la Faculté des sciences économiques et de gestion. Là aussi, les braqueurs avaient, semble-t-il, rassemblé toutes les informations nécessaires. Ils s’en sont allés directement au bureau de la gestionnaire de l’économat, Nana Kadidia Kassambara. Le scénario précédent se répéta pratiquement à l’identique. Sous la menace des armes de ses agresseurs, la dame fut obligée d’ouvrir son coffre-fort qui contenait 24 093 000 francs  CFA. Les bandits l’enfermèrent ensuite dans les toilettes avant de prendre le large. Les deux opérations avaient donc été rondement menées et le duo ne se souciait plus que de quitter le plus rapidement possible notre pays pour rallier la Côte d’ivoire.

En cours de route, les deux malfrats embarquèrent une dénommée Kadidjatou Kouyaté, une dame qui cherchait à se rendre en Côte d’ivoire. Mais ils n’atteignirent jamais leur destination. Ils furent appréhendés à San. Les enquêtes menées par la police du commissariat du 4ème arrondissement avaient été facilitées par un indice trouvé sur les lieux du deuxième braquage, indice dont nous parlerons plus loin.

Ramenés à Bamako, Adama Konaté et Aboubacar Coulibaly, lorsqu’ils ont été soumis aux premiers interrogatoires, ont reconnu sans difficulté les faits qui leur étaient reprochés. Par contre, la dame Kadidjatou Kouyaté qui avait été embarquée en chemin nia de l’enquête préliminaire jusqu’à l’instruction toute implication dans les braquages. Les investigations établirent assez vite l’innocence de la passagère. Celle-ci avait seulement eu la malchance de s’être trouvée au mauvais moment et au mauvais moment en compagnie des mauvaises personnes. Concernant Adama et Aboubacar, les charges étaient suffisantes pour prononcer leur mise en accusation pour des crimes de vols qualifiés et association des malfaiteurs. Ce genre d’infraction est prévu et puni par le Code pénal en ses articles 175, 213 et 253.

300 000 FRANCS POUR SE « CALMER ». A la barre, Konaté, vêtu d’un Lacoste près du corps et d’un demi-pantalon, se présenta seul. Son compagnon s’est en effet évadé de la prison centrale en même temps que le tristement célèbre Wadoussène. L’absence du co-auteur des braquages dicta tout naturellement la nouvelle ligne de défense de l’accusé. Adama s’efforça en effet de faire porter à son compagnon en fuite toute la responsabilité des actes posés. En revenant sur le braquage au bureau Western union, Konaté jura qu’il n’avait été associé ni à la préparation, ni à la perpétration du vol. Selon lui, Coulibaly lui avait demandé de l’accompagner à la banque où il affirmait vouloir effectuer des retraits. Adama l’aurait accompagné sans se poser de questions.

Arrivés à destination, son compagnon lui aurait demandé de l’attendre dehors avec la moto et lui avait précisé que tout serait terminé en quelques minutes.  En effet, peu après Aboubacar serait sorti à toute vitesse de la banque et lui aurait dit qu’ils devaient regagner rapidement leur hôtel. C’est là que son compagnon lui aurait dit toute la vérité. « A l’hôtel, assura l’accusé, Aboubacar  m’a montré la somme qu’il avait dérobée et aussi le pistolet dont il s’était servi pour réussir son braquage. Si j’avais su qu’il partait voler, je ne l’aurais pas suivi. Encore moins si j’avais su qu’il était en possession d’une arme. La preuve, je tremblais pendant qu’il me racontait comment il avait fait. Pour me calmer, il m’a remis 300 000 francs à garder pour lui ».

Contrôleur des impôts et gestionnaire du Western union cambriolé, Oumou Cissé a totalement battu en brèche la version d’Adama. D’après elle, les accusés sont arrivés en même temps dans son établissement aux environs de 11 heures. Ils étaient vêtus l’un en T-shirt noir et jeans, et l’autre en complet bazin. Après l’avoir saluée, Aboubacar avait indiqué à la dame qu’il avait à effectuer un retrait de 3 000 000 francs et qu’il ferait aussi un envoi de 2 000 000 de francs à destination de la Côte d’ivoire. La gestionnaire ne disposait pas en caisse la somme indiquée pour le supposé retrait. Elle demanda donc à son faux client de lui accorder quelques minutes pour appeler la BMS et se faire livrer des fonds. A peine avait-elle fini de donner ces précisions qu’elle se trouva face à l’arme que Coulibaly pointait sur elle. Le bandit lui ordonna de sortir  tout le liquide dont elle disposait. Sinon il l’abattrait sans hésiter.

Pour effectuer plus tranquillement la récupération de son butin, Aboubacar avait ordonné à Konaté d’appeler le gardien qui se trouvait dehors. Une fois que l’homme fut entré dans la banque, Konaté l’avait assommé en lui portant à la tête un violent coup de crosse. « Aboubacar  me tenait en joue dans les toilettes pendant que Adama ici présent récupérait l’argent. Quand ils en eurent fini, ils ont emporté mes deux téléphones avec la somme de 1 075 000 francs CFA. Je n’ai pas essayé de crier et de donner l’alarme. Aucune somme d’argent ne mérite que je mette en danger ma vie », a déclaré Oumou Cissé. La déposition très précise et très détaillée de la dame a don fait voler en éclats la défense montée par Konaté.

UN INDICE DECISIF. Pourtant ce dernier a aussi essayé de minimiser son rôle dans le second braquage. Comme il ne pouvait pas décemment continuer à nier qu’il y avait participé, il s’efforça de faire admettre le fait que son intervention s’était faite à main nue, qu’il n’avait été ni porteur, ni détenteur d’arme. Adama se présenta comme un accompagnant très passif du seul coupable de tout cela, Aboubacar Coulibaly, l’homme en fuite. « Quand nous sommes arrivés à l’hôtel, Aboubacar m’a donné 8 millions de francs. Mais il m’a en même temps repris les 300 000 francs remis auparavant. Nous avons utilisé de cette somme pour payer notre carburant et notre nourriture entre Bamako et San », a expliqué Adama Konaté.

Là encore, l’accusé a vu sa version fracassée par la restitution des faits par la victime. « Il était aux environs de 15 heures, s’est rappelé Mme Kassambara, lorsque quelqu’un a frappé à la porte de mon bureau. Lorsque j’ai ouvert, deux hommes se sont introduits dans la pièce. Coulibaly est passée directement derrière la caisse. J’ai voulu lui dire qu’il n’avait pas le droit de se trouver là, mais il a aussitôt pointé son arme sur moi. Je me suis donc immobilisée. Entretemps, Adama, ici présent, a lui également sorti son pistolet qu’il portait à la ceinture de son pantalon et caché par sa chemise. Adama est allé tirer les rideaux pour pouvoir surveiller l’arrivée d’un importun ». Nana Kadidia Kassambara a indiqué qu’elle a ensuite été trainée dans les toilettes par Coulibaly qui la surveillait pendant que Konaté vidait la caisse. D’après la dame, les bandits ont emporté tous les documents comptables. Mais malheureusement pour eux, ils ont laissé en partant un indice qui allait être décisif pour leur capture. On ne sait comment le tandem a oublié derrière lui une enveloppe contenant les tickets de tous les péages par lesquels il était passé. Ce qui a permis de retracer son itinéraire et de deviner qu’il prendrait le même chemin pour son retour au pays.

Pour le conseil de la partie civile, les deux individus ne sont  pas des « simples bandits », mais des « criminels endurcis ». Aboubacar et Adama s’étaient certainement aguerris à l’usage des armes lors des conflits armés qui avaient déstabilisé la Côte d’ivoire. Ils ont ignoré les possibilités de réinsertion offertes par les autorités ivoiriennes pour prendre la voie de la délinquance. La partie civile a donc demandé à la cour de leur faire rembourser la somme volée. Puis leur tenir dans les liens de faits.

La robe rouge a, elle aussi, fait part de sa conviction que les accusés n’étaient pas des débutants, mais des professionnels bien rôdés dans la voie qu’ils ont choisi de prendre. « Nous Maliens, nous n’étions pas habitués des crimes crapuleux commis comme ceux-ci en pleine journée », a dénoncé le parquet général. Qui a proposé à la Cour d’infliger une peine maximale aux deux individus.

Les avocats commis d’office ont pour leur part plaidé coupable pour les faits reprochés à leurs clients. Ils demandèrent cependant d’accorder des circonstances atténuantes à Adama Konaté. Cela pour le fait que celui-ci avait choisi d’attendre son jugement au lieu de s’évader comme l’avait fait Coulibaly. Ce dernier a été en outre présenté par la défense comme le vrai investigateur des faits.

La cour a condamné Adama Konaté à une peine de de mort et Aboubacar Coulibaly à une peine de mort par contumace. Elle exige aussi de ces derniers de payer un reliquat dû à la faculté des Sciences économiques et de gestion qui a récupéré16 millions sur les 24 volés. Western union, pour sa part, s’est désisté des intérêts civils.

Mamoudou KANAMBAYE

Source : Essor

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