Crise socio sécuritaire au Mali : Une période de vache maigre pour le secteur de l’artisanat

Depuis 2012, le Mali vit un des moments les plus sombres de son existence. La crise socio-sécuritaire a paralysé une grande partie des activités socio-économiques des régions dites du nord et du centre du Mali. Mais au-delà de cette partie septentrionale du pays, en plein cœur de la capitale, un domaine sérieusement affecté passe presque inaperçu par le plus grand nombre de Maliens. Le secteur de l’artisanat vit sa septième année de temps mort. Une agonie pour les artisans.

 La richesse et l’originalité des sites touristiques tels que la Cité des 333 saints, la cité des Askia, la ville de Djenné, la falaise de Bandiagara, pour ne citer que ceux-ci, a permis la classification de beaucoup de ces sites parmi le patrimoine mondial de l’UNESCO. Une richesse grâce à laquelle, le pays est longtemps resté une destination touristique de renommée. Parallèlement à ces lieux, beaucoup de nos valeurs artistiques et culturelles avaient également pris un essor fleurissant. Les Musées, dans les centres-villes, étaient autant sollicités que les sites touristiques de l’intérieur. Les objets d’art marchaient à flot et les artisans se réjouissaient bien.

Mais depuis le coup d’Etat de 2012, une crise qui a d’ailleurs permis la généralisation de l’insécurité dans une bonne partie du Mali, les activités de ce secteur se sont stagnées. À cause de l’insécurité grandissante, le Mali s’est dessiné parmi les zones touristiques à risques (zone rouge) et les touristes y ont suspendu toutes leurs activités. Bon nombre de gens qui faisaient fonctionner ce secteur, plus particulièrement les guides et les artisans sont en pose depuis le début de la crise de 2012.

À l’artisanat’’ du district de Bamako, certains commencent déjà à se reconvertir à cause de cette accalmie qui dure déjà sept (7) ans.  Modibo Nimaga, exerçant au niveau de cette maison dédiée à l’artisanat est parmi ceux qui entreprennent d’autres activités, parallèlement à son métier d’artisan : « Nous faisons autre chose, comme les lavages auto ou autres petites choses pour avoir un peu, sinon ici actuellement, on ne voit pas d’étrangers. Pourtant ce sont eux qui sont les principaux clients de nos produits », a-t-il laissé entendre. Ce fabricant de calebasses, de colliers, de Tam-tams et autre objet artisanal a précisé qu’avant la crise, la maison de l’artisanat pouvait recevoir la visite de deux (2) à trois (3) minicars, remplis d’étrangers, par jour. Mais aujourd’hui, selon lui, les artisans songent plutôt à voir les clients qu’à vendre leurs produits : « Nos produits sont stockés avec de la poussière là-dessus, on n’a même plus le courage de les dépoussiérer », a-t-il désespérément laissé entendre.

Au-delà de l’absence des clients, Modibo Nimaga a aussi dénoncé l’indifférence des plus hautes autorités vis-à-vis de leurs difficultés : « En plus de ne pas nous aider en cette période difficile, notre gouvernement continue à faire la commande, en chine, de certains produits que nous, nous pouvons fabriquer ici chez nous », et d’ajouter que « Nos sacs sont mêmes de meilleures qualités que ceux qu’ils achètent là-bas, car beaucoup de fois, ils nous les amènent pour les réparations, après achat ». L’artisan ne s’est pas limité là : « Avec toutes nos difficultés depuis 2012, on continue toujours de payer, en plus du loyer, les différents taxes et impôts ».

Pour le responsable de Maroquinerie Sylla et fils, Sory Sylla, lui aussi fabricant de sacs, ceintures, portefeuilles et d’autres objets en peau à l’Artisanat’’ de Bamako, le tourisme semble actuellement mort au Mali : « À part certains anciens clients avec qui nous sommes en contact, il n’y’a plus de nouvelle clientèle depuis le début de la crise ». M. Sylla s’est dit au moins confiant pour une résolution urgente de la crise, afin que les activités puissent redémarrer normalement.

Quant au vieux Doumbia du ‘’cabinet Doumbia’’, sculpteur de bois, de pierre, de bronze, etc., celui-ci a signalé au-delà des difficultés chantées par tous les autres. Le travail des artisans est un travail inutile du fait même que le Malien ne sait pas véritablement ce que c’est qu’un artisan : « Ni le gouvernement encore moins la population malienne ne sait pas la valeur d’un artisan », a-t-il- clamé. À ses dires, c’est l’artisan, c’est la nation, puisque c’est lui qui peut faire et défaire une nation : « Dieu a créé le monde, mais c’est l’artisan qui l’a mis en valeur ».

Pour magnifier la valeur de ce métier, le vieil artisan a souligné que les voitures, les bateaux, les matériels agricoles ainsi que tout ce que le monde connait sont l’œuvre des artisans. « Les fonctionnaires ne connaissent que les documents, mais c’est les artisans qui tiennent le monde debout », a-t-il fait savoir. Par ailleurs, le vieux Doumbia a confié sa plus grande aspiration dans le travail qui est de partager ce savoir magnifique avec la jeune génération. Il a soutenu que ses soixante années d’expérience lui permettent aujourd’hui de former une centaine de jeunes, par an.

À noter que tous les artisans interrogés ont dénoncé les politiques d’organisation des foires d’exposition au Mali. Selon ces artisans, les stands sont trop chers actuellement pour celui qui ne cherche que le quotidien. Pour eux, les prix des stands sont fixés à près de 300 000F, alors que tous ceux qui avaient un revenu mensuel de 150 000f, n’ont pas plus de 50 000F : « Comment à cette condition peut-on prendre les stands lors des foires d’exposition », a indiqué le vieux Doumbia.

Au Musée national, Kadidiatou Diakité vend des objets d’art dans la boutique depuis 2008. Elle a signalé que depuis 2014, le Musée national n’a pas investi dans sa propre boutique à cause de la crise qui a considérablement affecté les activités. Elle a ajouté que cette boutique ne fonctionne actuellement qu’avec les produits des déposants’’, alors que le Musée produisait, en plus de l’approvisionnement externe, d’énormes produits, comme l’impression des catalogues dans lesquels on retrouve les informations sur le Musée et ses produits, la culture des différentes ethnies du Mali, les langues nationales, les CD des chansons culturelles, les photos, etc.

Kadidiatou a indiqué que bien que l’insécurité ait fait partir la clientèle, le problème est aussi que le Malien ne connait pas trop le musée et nos valeurs artistiques et culturelles, d’où son appel pour que les Maliens eux-mêmes cherchent à apprécier cette richesse enviée par le reste du monde.

ISSA DJIGUIBA

 

LE PAYS

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