Baisse du niveau des élèves et étudiants au Mali : Le diagnostic de Dr. Aliou Ibrahima

Depuis un certain temps l’école malienne traverse une crise. Cette crise est liée à un certain nombre de facteurs parmi lesquels la baisse de niveau des élèves et étudiants du Mali. Cette baisse de niveau des élèves et étudiants devient une réalité dont la responsabilité est partagée entre plusieurs acteurs.

 

Sur la question de la baisse de niveau des élèves et étudiants au Mali, les opinions divergent généralement. Des études ont été faites sur le sujet par plusieurs acteurs et ONG dont, entre autres, les évaluations Bekunko réalisées par l’Omaes. Ces études prouvent à suffisance que le niveau des élèves et des étudiants baisse d’année en année et ce, à tous les niveaux et dans tous les ordres d’enseignement. Il ressort de ces études que les raisons de cette baisse sont diverses et les acteurs ne s’accordent pas sur la question.

En réalité, la responsabilité de cette baisse est partagée entre les parents d’élèves, les enseignants et les autorités politiques et administratives, les services techniques déconcentrés de l’Education. Cela est valable pour les Institutions de l’enseignement supérieur de façon générale et plus particulièrement de l’Université de Ségou.

En effet selon cette même étude de l’Omaes, depuis le milieu des années 1980 et l’adoption des politiques consécutives à l’ajustement structurel, à la démocratisation mal réussie, à la quasi privatisation de l’école fondamentale, au recrutement tous azimuts d’enseignants ayant fait fonction, aux innovations pédagogiques mal accompagnées, on assiste à une baisse généralisée du niveau des apprenants au Mali.

La mise en œuvre de ces politiques a exigé de l’Etat dans un premier temps de faire partir volontairement à la retraite des enseignants, de surcroit les enseignants les plus qualifiés et les plus expérimentés. Cette situation a entrainé une baisse drastique de la qualité de l’enseignement pendant plus d’une décennie. Ce constat alarmant ayant été fait par les autorités a obligé les responsables du secteur de l’éducation à prendre des mesures afin de combler le déficit d’enseignants. C’est ainsi que dans un deuxième temps un vaste programme de recrutement quantitatif d’enseignants non qualifiés pour servir dans les écoles qui se créaient au quotidien pour faire face à la croissance démographique et au besoin d’éducation.

Ainsi, l’Etat fera recours, à moindre coût, à des chômeurs, des diplômés avec ou sans qualification, souvent sans formation pédagogique préalable pour combler le manque d’enseignants. Ainsi, n’importe qui deviendra enseignant, sans aucune motivation pour le métier, avec pour seule motivation le salaire régulier. Cet état de fait a sacrifié des générations d’élèves. Cette situation a été aggravée par la démission des parents qui ne se donnent plus la peine de suivre leurs enfants, ni à l’école, ni à domicile, du fait de la grave crise économique qui a frappé le pays ces dernières décennies.

Dans le fondamental, les enfants sont ainsi laissés à eux-mêmes et rares sont les élèves qui sont capables de réviser les cours donnés en classe, dont la qualité laisse à désirer par ailleurs, butés qu’ils sont à la non maîtrise de la lecture-écriture. Cet état de fait à des répercussions sur le niveau des étudiants dans l’enseignement supérieur.

Pour les parents, les enseignants sont les seuls responsables de cette situation. Selon eux, les enseignants constituaient des modèles de référence qui incitaient les élèves à travailler dur et sans relâche. Les relations entre maîtres et élèves étaient fondées sur le respect et la peur vis-à-vis du maître et ces derniers n’osaient pas faire la cour à leurs élèves-filles, toute chose qui est devenue monnaie courante aujourd’hui.

Quant aux enseignants, ils accusent les parents d’avoir démissionné. Pas de contrôle des cahiers à la maison, les fournitures scolaires et autres besoins scolaires ne sont pas assurés. Ils incriminent par ailleurs les comités de gestion scolaire (CGS) qui ne s’impliquent pas suffisamment à leurs yeux dans la bonne marche de l’école.

Il ressort de cette analyse que l’école malienne traverse une crise de haut niveau à laquelle une vraie solution doit être trouvée. Il faut une véritable refondation de l’école malienne. Les axes de cette refondation doivent permettre d’arrêter l’école à double vitesse au Mali (une école pour les fils des riches et une école pour les fils des pauvres). L’école doit être publique avec un programme d’enseignement unique.

Dr. Aliou Ibrahima

Maître-assistant

Source : Université du Mali

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