Droit et esclavage en Afrique de l’Ouest: la question au cœur d’un colloque

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Assétou Founé SAMAKE MIGAN, a présidé, hier lundi, l’ouverture des travaux du colloque scientifique international sur l’esclavage au Mali au campus universitaire de Badalabougou.

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Le thème au centre de ce rendez-vous de haut niveau est : « Droit et esclavage en Afrique de l’Ouest ».

La cérémonie d’ouverture des travaux a enregistré la présence des représentants des ambassades et des organisations internationales accréditées au Mali, de l’ambassadrice du royaume du Danemark ; de l’Ambassadrice de France au Mali, Évelyne DESCORPS ; de la présidente du Conseil de l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako ; du directeur général de l’ENA, des doyens et vice-doyens des universités de Bamako, des représentants des universités et organisations partenaires, des invités venus d’Afrique, d’Amérique et d’Europe, des enseignants chercheurs, des étudiants, etc.
Le Colloque international ‘’Droit et esclavage en Afrique de l’Ouest’’ est une initiative du Laboratoire d’études et de recherche en droit, décentralisation et développement local (LERDL) de l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako (USJPB) et du département d’histoire de la School of Oriental and African Studies (SOAS), de Université de London (Angleterre) en partenariat avec l’Institut français de Bamako et la représentation malienne de l’Association du Barreau américain.
Il vise à contribuer à l’identification, l’évaluation et à la comparaison des normes juridiques issues des traditions et textes locaux par des sociétés dites esclavagistes et post esclavagistes en Afrique de l’Ouest.
Dans son mot de bienvenue, le recteur de l’USJPB, le Pr Bakary DJIRE, a tenu à saluer et remercier tous les participants, notamment ceux venus de l’extérieur du Mali pour prendre part à ce rendez-vous scientifique.
Dans ses propos, il a déploré le fait que notre pays et certains de ses voisins soient classés ‘’zone rouge’’ sur la carte mondiale par plusieurs chancelleries qui conseillent à leurs ressortissants d’éviter de s’y rendre, et cela à cause de la situation sécuritaire précaire qui prévaut actuellement dans notre région sahélienne.
« Cela fait mal, surtout lorsqu’on sait que la menace terroriste est partout, sous diverses formes. Et ce ne sont pas avec des réactions de frayeur, de repli sur soi, de mise en quarantaine des pays fragiles qu’on va la faire reculer, l’axe du mal », a-t-il craché.
De son avis, l’agenda proposé est très riche et il en ressort que tous les contours du sujet, dans le temps, et l’espace seront abordés.
Il s’agit des exposés qui concerneront l’évolution historique, les études contemporaines, les considérations sociologiques et économiques, le cadre juridique.
De même, une réflexion approfondie sera menée sur ces thèmes avec le souci d’apporter des éclairages utiles non seulement au législateur, mais également à tous les autres acteurs impliqués dans la lutte contre les pratiques avilissantes.
À l’entame de son propos, Assétou Founé SAMAKE MIGAN a indiqué qu’au-delà de son intérêt scientifique, la tenue de cette rencontre à Bamako est un acte de solidarité hautement symbolique envers le peuple malien meurtri par la violence et les attaques des groupes terroristes.
C’est pourquoi elle tenu, au nom du Premier et de l’ensemble du gouvernement, a exprimé la gratitude du Mali aux participants venus d’autres pays africains, des États-Unis et d’Europe pour participer ce colloque scientifique.
La ministre de l’Enseignent supérieur, par sa présence, a tenu à témoigner de l’intérêt que le gouvernement Mali accorde au rendez-vous et au sujet de la rencontre. Elle a exprimé sa reconnaissance aux partenaires et aux participants, notamment à ceux venus d’ailleurs.
Pour le ministre, le Colloque international ‘’Droit et esclavage en Afrique de l’Ouest’’ organisé par l’Université de Bamako et ses partenaires est une initiative heureuse qui s’inscrit parfaitement dans la vision de son département qui veut ramener la réflexion sur les grands sujets de la nation et du monde contemporain au niveau des universités, entre chercheurs, en premier lieu.
Selon le chef du département en charge de la Recherche scientifique, la question de l’esclavage interne est un sujet, dont on parle relativement peu ici en Afrique de l’Ouest et les principaux discours qui se font entendre dans la sous-¬région sont relatifs à la traite atlantique et les régions côtières.
Malheureusement, a-t-elle déploré, on mentionne rarement les zones de l’hinterland comme le Mali. Pourtant, la réalité est que notre pays fut aussi un important carrefour de la traite jusqu’à la fin du XIXe siècle.
« Si officiellement l’esclavage n’existe plus, il est difficile de nier qu’il existe des survivances de nos jours », a-t-elle soutenu.
De même, a-t-elle reconnu, la question du trafic contemporain des êtres humains est une réalité pour des individus et souvent des groupes sociaux.
Au ministre de constater que le sujet est régulièrement débattu par les organisations de la société civile et les organismes internationaux pour répondre à la mise en place de législations internationales sans pour autant engager une réflexion approfondie sur ces pratiques, dans la durée.
« Certes, toutes les formes d’esclavages sont à condamner en ce sens qu’il s’agit de discrimination flagrante ; mais il est difficile de nier que certaines formes sont plus déshumanisantes que d’autres. La traite des Noirs qui a vu le commerce de millions d’Africains transportés en Amérique est sans commune mesure avec la forme pratiquée par nos sociétés traditionnelles. », a-t-elle clamé.
C’est pourquoi dans son intervention, elle a invité les participants à se pencher, sans complexe sur le sujet et de proposer des éclairages scientifiques, des réponses objectives aux questions en suspens.
« Un débat entre universitaires chercheurs et acteurs de la société civile ne peut qu’aider à mieux comprendre les questions complexes comme le phénomène de l’esclavage et de proposer les moyens idoines de le combattre », a-t-elle dit.
Toujours selon le ministre de l’Enseignement supérieur, l’esclavage doit être perçu comme une violation des droits humains, et le colloque offre une occasion d’invoquer les instruments existants relatifs à l’esclavage.
De par ailleurs, il offre aussi un cadre pour faire l’état des lieux des différents types d’esclavage. Le gouvernement de la République du Mali, selon son représentant, soutient toutes les formes d’émancipation et appuie les initiatives allant dans ce sens.
En l’occurrence, il soutient les initiatives de recherche et de réflexion sur le sujet, car, il est toujours plus facile de légiférer sur les sujets sociaux lorsqu’ils ont fait l’objet une large concertation et d’une réflexion approfondie.
Elle s’est dit convaincue que les meilleurs textes de loi seront insuffisants pour atteindre le résultat escompté sans la nécessaire sensibilisation des acteurs.
Selon ses organisateurs, ce colloque qui s’est ouvert hier lundi aura une approche à la fois historique, juridique et anthropologique pour parler de l’esclavage.
Au cours de ces trois jours, les experts vont partager leurs réflexions pour faire mieux appréhender les héritages contemporains de l’histoire de la traite et de l’esclavage en Afrique de l’Ouest, notamment en termes de discrimination envers les descendants d’esclaves.

Par Abdoulaye OUATTARA

 

Source: info-matin

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