Développement rural : « …l’office du Niger est l’eldorado malien….. Le mot accaparement semble très gauche…… » Dixit Tidiane Traoré Directeur des aménagements et de la gestion des affaires foncières

Le potentiel aménageable de l’office du Niger est toujours une source d’espoir et d’orgueil pour les maliens. Paradoxalement le Mali continue d’importer du riz. Qu’est qui nous empêche de mettre en valeur ce que dame nature nous offert sur plateau d’argent ? Quelle est la situation des aménagements de nos jours ? Quels sont les problèmes et les perspectives ? M. Tidiane Traoré Directeur des aménagements et de la gestion des affaires foncières de l’ON nous livre des réponses à ces nombreuses préoccupations dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder.

 champ riz office du niger maliDELTA TRIBUNE : Que peut-on comprendre par direction des aménagements et de la gestion foncière ?

Tidiane Traore

La direction des aménagements et de la gestion des affaires foncières (DAGF) a été créée le 03 mai 2010 suivant décision n°089 PDG/ON. Cette création entrait dans le cadre de la réorganisation et de la réorientation des activités de l’ON. Les principales attributions sont :

L’élaboration des TDR pour l’ensemble des études ,la programmation et la planification des aménagements à cours moyen et long terme, la supervision des travaux, l’élaboration des normes, l’établissement des cadastres et l’immatriculation des parcelles. Aussi l’exécution des conventions de financement entre l’ON et ses partenaires et de tout autres taches à nous confier par la direction de l’ON.

 

DELTA TRIBUNE : D’une manière générale les surfaces aménagées sont en deçà des espoirs suscités. Où en sommes-nous aujourd’hui et quelles sont vos perspectives en termes d’extension et de réhabilitation ?

Tidiane Traore

Merci Mr Coulibaly !!! L’office est l’eldorado malien et le barrage de Markala en est la porte d’entrée. Il y a au moins un million hectares qu’on peut irriguer par le système gravitaire .A ceux-ci il faut ajouter les terres qu’on peut récupérer. Le schéma directeur de développement de la zone ON prévoit environs 2.456.506 ha. En plus de l’irrigation gravitaire il Ya la possibilité de pratiquer l’aspersion ou la micro irrigation. Le livre foncier de l’ON arrêté au 31 décembre 2013 donne 117106 ha aménagés. Cela parait très faible par rapport aux potentiels. Mais en lisant entre les lignes on en déduit que de grands efforts ont été fournis pour augmenter les superficies aménagées. Le colonisateur avait prévu de réaliser 960 ha en 50 ans. A l’indépendance on était dans l’ordre des 50000 ha….Tout le reste a été aménagé de 1996 à nos jours ………

Delta : Mais qu’est ce vous empêche d’avancer. Malgré les progrès cités le phénomène de petites exploitations c’est-à-dire non viable économiquement crève l’œil.

Tidiane Traoré : Effectivement c’est une réalité le rythme des aménagements est très lent par rapport à la demande….. Il y a un problème de financement et l’Etat à lui seul ne peut plus y faire face. Cette contrainte a poussé l’Etat à relire les textes pour ouvrir des couloirs à l’investissement privé. A partir de 1996 le décret de gérance prévoit cinq modes de tenir de terres. Il y a le contrat annuel d’exploitation ; le bail ordinaire de 30 ans renouvelable ; le bail emphytéotique de 50 ans renouvelable ; le bail d’habitation et le permis d’exploitation agricole. Cette relecture des textes permet à l’agriculture familiale de se développer tout en permettant d’installation des grands privés.

 

Delta : Ne faut-il pas réinterroger nos politiques et nos stratégies car le financement extérieur tarde et le potentiel ne nourrit pas ?

Tidiane Traoré : Honnêtement il y a la volonté politique. Mais il ne suffit pas d’avoir un gros cœur pour accéder à l’aménagement. Le Mali a élaboré assez de stratégies et de textes parmi lesquels la stratégie nationale de l’irrigation ; la loi d’orientation agricole. Mais leur mise en œuvre bute sur des contraintes budgétaires. C’est ce qui motive la main tendue aux privés. Mais force est de constater que nombreux sont les maliens qui hésitent à investir gros sur le long terme dans la terre.

Malgré tout certains commencent à adhérer à cette politique comme le groupe GDCM qui dispose 20000 ha en bail avec l’office du Niger. Il a réalisé des études sur 4700 ha et exploite de nos jours 1000 ha sur lesquels il produit la pomme de terre, le maïs, le blé.

Ces privés à cause des innovations techniques participent à la révolution de l’agriculture. Aujourd’hui l’irrigation par aspersion est une réalité à l’office du Niger.

 

Delta : Que représentent les baux à l’office du Niger ?

Tidiane Traoré : A la date du 31 octobre 2013 on était à 86660 ha des baux attribués sur lesquels 14261 ont été aménagés. Les exploitations privées constituent 16% environ de l’ensemble des superficies aménagées à l’office du Niger. Par ailleurs une commission de suivi des baux après analyse a permis de résilier beaucoup de lettres d’accord de principe car les promoteurs n’avaient pas satisfait aux conditions notamment l’étude de faisabilité technique et l’étude d’impact environnementale et sociale.

 

Delta : La cohabitation entre l’agriculture familiale et l’agrobusiness s’est toujours opérée au détriment de la première. Quelles sont les gardes fous que l’office a mis en place pour protéger les petits paysans ?

Tidiane Traoré : La réponse se trouve dans la loi d’orientation agricole qui classe l’agriculteur en deux catégories.

Il y a l’exploitation agricole familiale qui concerne l’écrasante majorité des producteurs de l’office du Niger et l’office doit vaille que vaille les protéger par une structuration depuis le niveau périphérique jusqu’au niveau national…….

 

La deuxième catégorie porte sur les entreprises agricoles. Chacune de ces agricultures évolue dans son couloir au point de vue protection et sécurisation. Un partenariat gagnant gagnant est en train de prendre corps entre elles. Les innovations techniques dans les domaines de la transformation créent la richesse au profit des jeunes ruraux et constituent ainsi une source de sécurité sociale. Notre politique vise à sécuriser ces jeunes sur leurs terres. L’agrobusiness en créant la richesse organise la vie tout au autour. Toujours dans le souci de sécurisation nous avons engagé des études dans le cadre du PAPAM pour faire un zonage. L’avantage de cette étude est qu’elle permettra de prévoir des espaces pour chaque catégorie.

 

Delta : Une certaine opinion estime qu’il y a accaparement de terres au détriment des exploitations familiales ; que répondez-vous ?

Tidiane Traoré : Le mot accaparement semble très gauche, l’office est un patrimoine, les terres sont immatriculées au nom de l’Etat, ce qui très rare pour de telle étendue dans le monde….. Leur accès est défini par les modes de tenure que j’ai évoquées plus haut. Il y a amalgame de la part des tenants de cette théorie et qui profitent de la désinformation pour légitimer un combat qui est sans objet à l’office du Niger.

Le cas de Malibya qui semble être dans leur viseur n’a rien d’inégal ni au plan juridique ni au plan moral. Malibya est une société reconnue des autorités maliennes qui a bénéficié d’une convention. Dans la mise en œuvre de celle-ci Malibya devait se conformer au contenu du décret de gérance de l’office du Niger. Sur les 100.000 ha potentiellement mis à leur disposition par la convention, Malibya a réalisé les études de 25.000 ha et la signature de bail est intervenue en juin dernier, jusqu’à cette date Malibya ne pouvait aménager même un centimètre carré car il n’y avait ni contrat ni bail conformément au décret de gérance de l’office du Niger.

Cependant Malibya a investi en une seule année plus de 25 milliards de FCFA pour réaliser un canal géant de 40 km et une route bitumée de même longueur tout au long de ce canal. Cette infrastructure profite à l’Eta malien qui peut se brancher pour irriguer 330.000 ha. La seconde victime

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