De passage à Bamako, en quête d’argent auprès des banques maliennes, Apollinaire Compaoré convoqué par le Pôle économique

L’attributaire de la troisième licence de téléphonie globale au Mali, la société Alpha Télécom du Burkinabè Apollinaire Compaoré, depuis 2012, sous le gouvernement de Cheick Modibo Diarra, peine à s’installer au Mali.

 Apollinaire Compaoré operateur economique affaire telecommunication telephonie planor

Malgré 55 milliards de nos francs déboursés, payés en deux tranches: 33 milliards pendant la transition et 22 milliards sous le régime d’IBK. Raison invoquée: il est désargenté et ne parvient pas à mobiliser les fonds nécessaires à son plan d’investissement, estimé dans un premier temps entre 80 et 100 milliards de FCFA.

Toutes les tractations menées auprès des banques de la sous-région ont été vaines, pour la simple et bonne raison que le dossier est mauvais. Il est infecté, parce que les conditions d’acquisitions de la licence ont été émaillées d’irrégularités. Le rapport du Vérificateur Général sur ce dossier en est une preuve palpable, et le Pôle économique s’en est saisi pour enquêter.

Depuis, Compaoré, qui a trahi son colistier originel Cesse Kome, multiplie les va et vient entre Bamako et Ouagadougou, en quête d’argent. La semaine dernière, il est revenu dans la capitale malienne, avec des experts et un dossier volumineux, pour rencontrer les banques maliennes, dans une opération de séduction. C’était les 23 et 24 mars à l’hôtel Salam.

Pendant qu’il discutait avec les argentiers du Mali, le Pôle économique, par le biais du Lieutenant Colonel Amadou Traoré, lui a envoyé une convocation, mardi dernier, aux environs de 11 heures. Subitement, Apollinaire Compaoré a perdu son calme olympien habituel. Selon un témoin, il s’est exclamé: «ça, c’est quel pays ça?».

Ensuite, il a catégoriquement refusé de prendre la convocation et a fait appel à son avocat, Me Baber Gano. C’est ce dernier qui a pris la convocation et qui a répondu à sa place. Quelques heures plus tard, après la rencontre avec les banquiers, il a pris son vol pour son Ouaga natal. Certains disent que son départ a été précipité, en raison de la convocation, d’autres laissent entendre que c’était ce qui était prévu.

Dans tous les cas, les limiers du Pôle économique ont besoin de l’audition de Compaoré, en plus de celle de son conseil. Les raisons sont toutes simples : violation de la procédure, soupçons de corruption d’agents publics, escroquerie… C’est bien Compaoré, l’acteur principal de cette transaction, qui doit venir s’expliquer, avec, bien sûr, l’assistance d’un avocat.

Aucune arrogance ne doit l’amener à défier notre justice. Il est un justiciable comme tous les autres. Et il faudra qu’il vienne répondre des griefs qui lui sont reprochés. Des cadres maliens concernés par le dossier sont déjà passés devant les enquêteurs. C’est son tour à lui, pour permettre d’avancer. Et il a intérêt à le faire rapidement, sinon les banques qu’il veut convaincre seront toujours réticentes à l’accompagner, parce que les banques, comme l’argent, n’aiment pas le bruit. Or, dans ce dossier, il y n’a plus que cela.

C’est pourquoi les banques de la sous-région sollicitées par Appolinaire Compaoré en premier lieu ne veulent pas financer ce montant faramineux, dans un environnement conflictuel et incertain. Cet homme d’affaires bien connu désormais au Mali, par la haute administration, les banques et surtout le ministère des Finances, avait voulu piéger le gouvernement Moussa Mara, à travers un expert, pour l’amener à la faute: annuler l’attribution de la 3ème licence.

Une bien intelligente manière de lui donner l’occasion d’ester en justice contre l’Etat. Malheureusement pour Compaoré, le jeune ministre de la communication d’alors, Mahamadou Camara, a su déjouer le guet-apens. Tout le monde sait que Compaoré n’a pas respecté le cahier des charges et tous ses engagements. C’est un véritable bourbier, dans lequel l’attributaire de la 3ème licence, aussi bien que l’Etat, peinent à trouver une porte de sortie honorable pour les deux parties, parce que, dès le départ, il y a eu une grande trahison.

En matière d’affaires, la déloyauté se paye tôt ou tard. C’est ce qui arrive aujourd’hui à Compaoré, parce que la licence avait été attribuée une première fois à Alpha Telecom Mali, sous le règne d’ATT. 56% des actions étaient détenues par Planor et les 44% restantes par Cesse Kome. Ensuite, l’Etat du Mali, sous la transition de Cheick Modibo Diarra, a décidé d’attribuer à nouveau la même licence à une seule des deux parties, Planor d’Apollinaire Compaoré. Ce n’est pas gratuit. Allez comprendre pourquoi.

Trahi et lésé dans ses intérêts, Cesse Kome a engagé, conformément au Droit des affaires, une procédure d’arbitrage international contre l’Etat malien, suite à la «réattribution» de la troisième licence télécom à Planor, la société de Compaoré. L’homme d’affaires malien, qui réside en Côte d’Ivoire, réclame 7 milliards de nos francs à l’Etat du Mali. Une note très salée, qui doit être acquittée par Compaoré, dans le cadre de ses engagements, qui figurent en annexe de la Convention de concession.

Avec toutes ces difficultés, en faisant fi de ses ennuis judiciaires au niveau de la Cour de cassation de Paris avec Télécel Burkina, Compaoré pourra-t-il s’en sortir?

Chahana Takiou 

source : 22 Septembre

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.