Problématique de lecture au Mali : Lors du Festival international de poésie, des écrivains proposent des schémas

Les rideaux du Festival international de poésie sont tombés le dimanche 15 décembre 2019 au Centre Amadou Hampaté Ba de Bamako. Cette cérémonie est une initiative du mouvement ‘’Malivaleurs’’ avec pour objectif de réfléchir sur l’apport des poètes et écrivains à la construction d’une pensée malienne au service de l’école. Plusieurs recommandations sont ressorties de ces trois jours de rencontres pour inculquer l’amour de la lecture aux enfants. 

« La vie pour moi est poésie. Elle permet d’arriérer l’air et de respirer dans un contexte difficile où le poids social souvent écrase ». C’est par ce passage que Fatoumata Kéita, écrivaine, a montré toute l’importance de la poésie dans une société. Beaucoup de jeunes écrivains auraient compris ce message depuis longtemps. Car de nos jours, ces jeunes poètes sont nombreux au Mali.

Selon Ismaila Samba Traoré, directeur de publication des éditions La Sahélienne, ces jeunes poètes sont majoritairement publiés par Innov éditions. Une chose salutaire selon lui.

Au cours de cette cérémonie riche en informations et plein d’optimisme par rapport à l’avenir de la littérature malienne, Fatoumata Kéita, Oumar Kanouté et Paul Marie Traoré ont procédé, chacun,  à la présentation de leur ouvrage le plus récent ou à la lecture d’un de ses extraits. Le but de ces exercices est de faire constater toute l’actualité de ces écrits et leur place dans la construction d’une société porteuse d’espoir.

En effet, après avoir écouté ces trois éminents écrivains maliens, il sera difficile de partager la conception selon laquelle la jeunesse malienne manque de modèle à suivre. Tous les trois auteurs invités à cette cérémonie ont échangé leurs expériences d’écrivain avec le public en indiquant comment ils se sont retrouvés dans l’écriture.

« La lecture est le fléau de l’enfance, et presque la seule occupation qu’on lui sait donner », expliquait Jean Jacques Rousseau dans l’Émile dans lequel cet auteur précise également : « Donnez à l’enfant ce désir [le désir d’apprendre], puis laissez-la vos bureaux et vos dés ; toute méthode lui sera bonne. »

D’après l’explication donnée par chacun des trois écrivains présents à ce Festival, ce sont leurs parents ou leurs enseignants qui ont su cultiver en eux ce désir d’apprendre. Ce qui a fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui.

Partant de ces exposés, ils ont invité la jeunesse à la lecture. « Qui veut écrire doit beaucoup lire. C’est le ferment même de l’écriture », a laissé comprendre Paul Marie Traoré, professeur de lettres au secondaire, romancier et poète. Cette vérité a été partagée par tous les autres auteurs qui, en racontant la manière par laquelle ils se sont retrouvés dans ce domaine, ont souligné que la lecture est la condition cardinale de réussite pour quiconque projette évoluer dans l’écriture.

Alors, pourquoi les Maliens lisent de moins en moins ? Cette problématique de la lecture au Mali est expliquée comme une question de politique de promotion des auteurs contemporains de la part des autorités maliennes. Rares sont les auteurs actuels dont les œuvres sont inscrites dans le programme scolaire. Pourtant ce sont ces écrivains qui parlent des réalités dans lesquelles peuvent se reconnaître les élèves et étudiants. Cette évocation de leurs réalités peut être un moyen d’inciter les enfants à la lecture.

« Je ne suis jamais d’accord que les jeunes ne lisent pas », soutient Fatoumata Kéita. Il revient aux autorités et aux auteurs de revoir de schéma en faisant des efforts pour rendre les livres plus accessibles aux lecteurs, a-t-elle soutenu. Au Mali, la seule bibliothèque nationale, située en Hamdallaye ACI, reste assez éloignée de la majorité des citoyens. Le fait de parcourir de longues distances à pour rallier la bibliothèque nationale ne donne pas l’amour de la lecture.

L’écrivaine Kéîta propose alors  que les auteurs partent à la rencontre de leurs lecteurs, dans les écoles et lieux publics, pour échanger avec eux. Cela est certes important, mais des moyens doivent être mis en place pour permettre aux enfants de grandir avec le virus de la lecture, a-t-elle réitéré. L’amour de la lecture se cultive depuis à bas âge, a reconnu tous les intervenants.

Rappelons que ce Festival international prévoit des manifestations entre Bamako et Tombouctou. Le but est d’intégrer les « villes bordières du fleuve Niger » à cette manifestation. Il s’appuie sur les écoles, les clubs de lecture, les associations de lecture et la disponibilité d’auteurs de poésie qui sont dans ce jalonnement. « Un festival international de poésie qui se tient uniquement à Bamako ne marche pas. Il faut l’étendre aux autres régions », explique Ismaila Samba Traoré. Ce Festival s’articule autour de deux composantes : les écrits poétiques précoloniaux en Ajami et en Arabe et les écrits la poésie d’expression française.

Fousseni TOGOLA

Source: Le Pays

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