Mali : Dédicace

«Entre 1993 et 2008, le photographe Pascal Maître s’est rendu plusieurs fois dans le Sahel, plus précisément au Nord du Mali… Cette sélection de photos réalisée par l’agence Cosmos pour Mediapart apporte un éclairage sur la situation au Mali, où la France est militairement engagée depuis le 11 janvier 20131». Images choisies. Qu’est devenu cet adolescent ? Toujours esclave ? Trafiquant de drogue ? Mort dans les mines ? Enfant soldat ? Bombe humaine jihadiste terroriste ? Chacun est à sa place sur cette magnifique photo et surtout que rien ne change dans cette société féodale. Viennent-ils nous en imposer avec leurs armes chercheuses d’or noir ? Terroristes ou rebelles, sauveurs autoproclamés de l’humanité, un seul but : ramasser la mise sur le dos des plus faibles.

Lumineux hommage photographes maliensPopulations du Nord, au nom de la démocratie, on ne vous a pas demandé votre avis. Mais, grands seigneurs, ils vous ont généreusement laissé trois options : esclavage ou travail forcé dans les mines et puits à venir (selon le maître magnanime qui vous aura offert un sous-emploi), émigration (si possible dans les pays occidentaux, juste retour à l’envoyeur. Inutile de venir à Bamako, vos frères rebelles ont déjà préempté tous les postes administratifs et les ressources qui vous sont théoriquement destinés, merci les bailleurs !).

À la décharge de vos futurs employeurs, que leur proposez-vous, à part votre force de travail, force prise au sens littéral ? Quelles compétences, quel savoir-faire que vous pourriez négocier ? Partout dans le monde, ceux qui échappent au travail forcé et plus largement aux emplois sous-payés sont ceux qui ont fait l’effort d’apprendre un métier qui présente un minimum de valeur ajoutée pour l’employeur. Aujourd’hui, un investisseur étranger, disons une multinationale minière, déciderait de faire transformer une partie ou en partie l’or produit sur notre territoire, où trouvera-t-il l’expertise nécessaire ? À l’étranger bien sûr !

Les Maliens ont fait le choix de brader leur éducation, de favoriser la famille et le social, la corruption et le clientélisme : aujourd’hui, il faut payer l’addition et elle est salée ! Persévérons dans nos errements, notre sous-développement et les faiblesses que nous secrétons, alimenteront le développement des autres. À tous ceux qui pensent que le fusil a réponse à tout… avec le succès que l’on sait, au Mali (les terroristes terrorisés ont-ils disparu ?) et ailleurs. À tous ceux qui ont cru que le fusil de l’étranger est venu les délivrer. À tous ceux qui font semblant d’oublier que les guerres n’ont d’autre raison d’être que la défense d’intérêts économiques. À tous ceux qui prétendent masquer leur volonté de se servir par la force sous des oripeaux «démocratiques». À tous ceux qui pensent que les frontières sont imperméables à la misère qu’ils engendrent. À tous ceux qui créent froidement les conditions d’un futur conflit alimenté par une vraie haine pour le coup, en imposant le règne d’une minorité par la force.

Nous attirons leur attention et particulièrement celle de Ladsous et de Le Drian sur une analyse lumineuse parue le 24 avril 20122 sur le site d’information suisse du Temps. «Le Nord du Mali est une mosaïque de peuples arabo-berbères et subsahariens où se mêlent Songhaï, Bella, Touareg, Peulh, Haoussa, […] Arabe, Maure et Bambara. Cependant, mises à part les zones de Kidal et de Ménaka, les Touareg sont minoritaires dans le carrefour de la boucle du Niger. Pourquoi donc le Mnla revendique-t-il les villes de Tombouctou et de Gao ainsi que la zone au Sud du fleuve Niger jusqu’à Douentza comme partie intégrante de l’Azawad ? Est-ce qu’il y a eu une récente colonisation du Nord du Mali par des peuples non autochtones qui menaceraient l’identité touareg de cette région ?»

Réponse : Si le Mnla revendique la mosaïque culturelle de la boucle du Niger comme partie intégrante de l’Azawad, c’est surtout pour des raisons économiques. La viabilité des zones maliennes à dominance touareg serait vouée à l’échec sans son intégration à cet important carrefour économique. Aussi convient-il de respecter le principe d’auto-détermination du peuple touareg avancé par le Mnla, en veillant toutefois à ce qu’il n’empiète pas sur les droits des autochtones subsahariens qui se considèrent Maliens.

De plus, toute revendication politique suivant ce principe n’aura qu’une faible légitimité, si elle est imposée par la force. Le problème qui se pose au Mnla est que la souveraineté économiquement touareg n’a que peu de chance d’aboutir par le biais de l’indépendance des zones maliennes à dominance touareg. De plus, la réaction, à long terme, des Touareg de l’Algérie et du Niger face à cette revendication est crainte dans ces pays. Par contre, une autonomie locale renforcée des Touareg à travers une décentralisation plus efficace pourrait être plus crédible sur la scène locale et davantage acceptée par la Cédéao et la communauté internationale.

«Même si l’Etat malien a souffert de problèmes de gestion et de gouvernance qui ont miné son efficacité réelle auprès des populations locales, il faut souligner que les mariages entre les autochtones noirs subsahariens et touareg demeurent limités et qu’une partie de l’élite touareg n’a jamais accepté d’être citoyenne d’un pays à majorité noire. Le cycle conflictuel affectant le Nord du Mali ne puise pas ses sources dans des enjeux ‘’islamistes’’ contemporains. Il ne s’arrêtera pas sans une prise en compte de ses ramifications raciales auprès des populations locales qui sont malheureusement toujours les premières victimes des intrigues politiques, mais aussi les principaux garants de toute paix durable. Cette rébellion ne signifie pas que les relations communautaires aient empiré au nord du Mali».

«Des poursuites vont être engagées […] C’est quand même des actes très graves […] J’insiste sur le fait qu’il ne faut pas d’amalgame, ce n’est pas Sangaris, ce n’est pas la France. C’est des individus, c’est des militaires et c’est contre ceux-là que nous nous insurgeons », dixit Big Chief Le Drian.

Nous espérons la même lecture au Mali : pas d’amalgame entre des actes ignobles commis par des individus et un Etat. En revanche, nous souhaitons une justice plus diligente et impartiale que celle qui se fait attendre par les enfants centrafricains violés. Deux articles récents de Mediapart (14 et 15/07/2015) sont assez édifiants sur la célérité avec laquelle l’Onu et la France s’activent à étouffer l’affaire… Et devinez qui s’adonne sans retenue à ce jeu de cache-cache à l’Onu ? Monsieur Hervé Ladsous, lui-même en personne. «La clique onusienne s’est donc mobilisée comme rarement sur ce dossier, notamment Hervé Ladsous, le patron français des opérations de maintien de la paix (DPKO), ancien ambassadeur et porte-parole du Quai d’Orsay. Selon une source qui requiert l’anonymat, «dès qu’il a appris que Kompass avait envoyé un rapport aux autorités françaises, il a demandé sa tête à Susana Malcorra, la chef de cabinet de Ban Ki-moon». Or Anders Kompass dépend du Haut Commissariat aux droits de l’homme, pas du DPKO, ni du bureau des investigations internes, ce dernier étant supposé indépendant.

Pour Peter Gallo: «Il y a eu interférence entre Malcorra et Carman Lapointe, la boss d’OIOS. Une liaison dangereuse qui aurait poussé Michael Stefanovic, le directeur d’OIOS, le service d’enquête interne de l’Onu, à demander à être dessaisi du dossier. Ce dernier s’est depuis réfugié dans le silence».

Il ne nous reste plus qu’à espérer qu’au Mali, nos enfants soient épargnés, car pour la justice, il faudra repasser. Nous dédions ces quelques lignes à tous ceux qui pensent que la violence, qu’elle soit sociale, politique ou militaire, n’appelle pas la violence en retour. «Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir», littéralement.

Aïda H. DIAGNE

Source : Reporter

 

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