Développement de l’artisanat textile : IBK peut-t-il valoriser le coton malien?

Le conseil d’Administration du Centre de Développement de l’Artisanat Textile s’est réuni le jeudi 31 Mars 2016 sous la présidence du Ministre de la Culture de l’Artisanat et du Tourisme Mme NDIAYE RAMATOULAYE DIALLO. Faut-il le rappeler l’Assemblée Nationale du Mali a voté la loi de création du Centre de Développement du Textile traditionnel en 2012. Objectif de la structure : promouvoir les tissus traditionnels ainsi que leurs productions.

ndiaye ramatoulaye diallo ministre culture

La  production  cotonnière  au Mali et  800.000 tonnes de coton graine  sont attendues pour la  campagne agricole 2016-2017. Cela interpelle le secteur de  l’artisanat textile en particulier.  L’UEMOA dans son agenda  2020 envisage de  transformer au moins 25% du coton produit dans la  sous-région, a fait savoir  Mme NDIAYE RAMATOULAYE DIALLO.  Elle a rappelé que l’un des chantiers prioritaires du Ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, et par ricochet le CDAT, est l’émergence d’un  secteur artisanal  dynamique  et le développement de l’industrie   textile.

Le conseil a mis en relief  les difficultés que le centre rencontre  en ce moment pour le financement de ses activités. Aussi  elle se propose de créer une taxe sur les matières premières textiles qui concurrencent les produits locaux. Le Ministre de l’artisanat a salué le professionnalisme des artisans et leur volonté affichée de rester compétitifs sur tous  les marchés.
Chaque région du Continent a inventé et développé sa propre technique de filature, de tissage, et de teinture.

On dénombre d’importants foyers de production artisanale  en Afrique de l’Ouest dont les plus originaux par la qualité de leur tissage sont :
– les populations du Mali pour le bogolan et surtout leur Technique de batik appliquée aux tissus importés
– les populations du Burkina-Faso réputées pour la fabrication du Faso dan-fani, devenue en quelques années une activité de Masse.
– les Yoruba et les Haoussa du Nigéria qui produisent l’aso-oké
– les Sénoufo et les Baoulé de la Côte d’Ivoire qui tissent le pagne Kita, aujourd’hui très populaire
– les Ashanti et les Ewé du Ghana qui sont les maîtres du tissu Kente avec ses différentes variantes locales.

Les tissus traditionnels mis sur le Marché sont très variés tant du point de vue de la largeur des bandes, des motifs représentés que de la qualité du produit et de l’usage qui en est fait.

Chaque pays, tout en respectant les exigences traditionnelles, tente de s’adapter à la demande actuelle.
Au Mali : les couvertures peulhes et bambaras, les tapis, le bogolan le pagne tissé et le basin teint sont très demandés.

Concernant le cas particulier du bogolan, il a été valorisé à partir de 1 980 par le styliste Seydou Nourou DOUMBIA dit Christ Seydou. Celui-ci a redessiné les motifs plus raffiné et mieux adapté à l’esprit contemporain, et profitant du slogan “Consonner Malien” il a permis au public africain et international de découvrir ce tissu original en 1993.C’est ainsi que le bogolan a conquis le monde entier pour devenir à la fois un tissu d’habillement, de décoration et d’ameublement. Mais c’est dans la décoration et l’ameublement que le bogolan a connu le plus de succès en Occident.

De toutes les étoffes qui ont alimenté sur plusieurs siècles l’économie de traite, deux ont totalement intégré les habitudes vestimentaires africaines et ont fait la fortune de nombreuses femmes. Il s’agit du basin dont l’épicentre est le Mali, et le Wax Hollandais produit par la société Vlisco qui s’est enracinée dans le Golfe de Guinée à travers   le Togo.  C’est le lieu de rendre hommage à quelques dirigeants Africains qui ont donné de la valeur au textile local en y associant une empreinte locale.

Il s’agit de Feu Fily Dabo CISSOKO qui a été le premier à valoriser notre cotonnade ; tandis que Nelson MANDELA a valorisé la chemise en Wax du styliste Pathé O, Alpha Oumar KONARE a emprunté le même chemin un temps soit peu ; tandis que Moussa TRAORE a lancé le grand ensemble boubou en basin.

Mais le Ministre a averti que pour atteindre les objectifs fixés, il faut que   nos cadres portent nos habits traditionnels façonnés chez nous. Force est de constater que  cette filière est l’un des poumons de l’économie nationale. Elle contribue non seulement à lutter contre la pauvreté dans le milieu rural, mais aussi elle a un impact positif  sur d’autres secteurs comme l’industrie, les transports, l’élevage. Faute d’avoir les statistiques du côté malien, on évoquera celles du Burkina-Faso.

Pour se faire une idée de l’importance du secteur textile au Burkina-Faso, voici quelques chiffres dans le domaine de l’emploi dont dispose le Burkina Faso.
Pour ce qui est de la filature du coton, cette activité emploi 6 197 personnes dont 137 Hommes et 6 060 Femmes
En ce qui concerne le tissage, cette activité emploi 64 143 personnes dont 2 156 Hommes et 61 987 Femmes
Concernant la teinture cette activité emploi 3 644 personnes dont 161 Hommes et 3 644 Femmes.
Ces chiffres sont du plan Directeur de la Formation de l’Artisanat du Burkina Faso en 1990.

Le Mali compte actuellement plusieurs milliers d’ateliers de basin dont les plus connus sont ceux d’Awa CISSE, Kady SYLLA, Kébé Tatou SAMAKE, Adam Ba KONARE. Ces deux dernières figurent dans le dictionnaire des femmes célèbres du Mali. Elles font régulièrement la une des journaux de la sous-région. Dans le pagne tissé il ya aussi  la Maison Bidali  sis à Baco-Djicoroni ACI incarné par  Mme Bissan Awa COULIBALY qui est la présidente d’une association pour la promotion du textile malien.

Dans ce processus de valorisation, la production de graines marchandes est transformée à 100% par  les structures locales. Ensuite, la fibre est exportée à 98% sur le marché mondial. Résultat : la transformation locale porte seulement sur 1,5 à 2% de la production de coton fibre. Il y a donc un manque de valeur ajoutée. Il faut alors travailler à la valorisation du coton en général, pour sa transformation et sa consommation au niveau local, voire la professionnalisation de la filière. On comprend donc les raisons de la création du Centre de développement de l’artisanat textile.

Nonobstant toutes ces situations  difficiles pour le coton malien, IBK, lors de sa prestation de serment le 4 Septembre 2013 n’a pas pensé à s’habiller en textile artisanal malien. Cela aurait donné un grand sens à son patriotisme aux yeux des Maliens à l’image de Feu le Président Modibo KEITA. Surtout qu’IBK est connu depuis des  longues années pour un style qui porte son nom « couture IBK », constitué d’une longue robe sans manches et d’un dessous aux manches longues.

C’est d’ailleurs avec des boubous Basin de ce style qu’il a sillonné toutes les campagnes maliennes pour porter la bonne parole pendant la campagne électorale. A la consécration de ce parcours, le jour de la prestation de serment, tout le monde s’attendait à un tel habillement. Mais, malheureusement, il a raté l’occasion en s’habillant en veste européenne.

Il doit se rappeler qu’il a l’habitude, en 2002, de dire à certains de ses interlocuteurs lors d’une causerie sur son habillement, que tant qu’il vit au Mali, il ne s’habillera jamais en veste pour une cérémonie officielle. Ce serment n’a pas été tenu le 4 Septembre 2013 car il a porté un costume. Va-t-il soigner  son image en matière d’habillement en 2017 à Bamako en présence des chefs d’Etat des pays francophones dont son frère et ami François Hollande.

Au Mali, nous avons de belles choses à montrer au Monde. Il y a la belle musique, la belle danse, le sanankouya, des artisans compétents et perspicaces, de beaux habillements en textile local, les ciseaux d’or. Pour cela, lors des évènements solennels, nous ne devons pas tout laisser tomber en matière  d’habillement traditionnel. Nous avons tord d’essayer d’imiter les européens en tout.

On ne nous demande pas de ressembler à l’homme européen, mais de chercher à agir sur lui, comme le voulait Tiéman dans l’ouvrage  Sous l’Orage de Seydou BADIAN Kouyaté Cherchons à sauver ce qui doit être sauvé et magnifié, essayons d’apporter nous-mêmes quelque chose aux autres, ne serait ce qu’en matière de culture.

Les coutumes sont faites pour servir les gens, nullement pour les asservir.
Feu le Capitaine Thomas SANKARA a valorisé le Faso danfani au Burkina Faso. C’est la raison pour laquelle tous les cadres Burkinabé portent  cette étoffe. Soyons pragmatiques, brisons tout ce qui enchaîne l’homme malien et gêne sa culture à l’image du Capitaine SANKARA. Ayons le courage d’étaler  toutes nos valeurs au cours des cérémonies solennelles que le monde entier suivra avec beaucoup d’intérêt et d’émotion. L’humanité sera vraiment pauvre, si nous devions tous nous métamorphoser   en européen.

J’espère qu’IBK comprendra et fera honneur à nos milliers d’artisans  qui évoluent  dans les  textiles parce que l’emblème de son parti est le tisserand au travail.Cependant sous son règne les tisserands courent le risque d’aller au chômage, faute de marchés en textile local. Nous espérons que cet emblème n’a pas été choisi au hasard et qu’il fera sien du l’adage du philosophe Aristote : ‘’Connais-toi, toi-même et dévient qui tu es’’.

Badou S KOBA

Source: Carrefour

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