Cinéma : Ngunu Ngunu Kan, une œuvre de Soussaba Cissé

Souleymane Touré, alias ” Petit Boua “, 26 ans est passionné par le slam et animateur dans une radio de Tombouctou. Il a été laissé pour mort, il y a quelques mois par les terroristes occupant le nord du Mali pour avoir motiver les jeunes du nord à leur résister. Un voyageur en route pour Bamako lui porte secours et le conduit à l’Hôpital où il recevra des soins.

 cinema film ngunu ngunu kan auteur soussaba cisseSon histoire fait le tour du Mali, les médias internationaux en parlent et Petit Boua réalise qu’il peut se servir de cette mésaventure pour aider dans le sens de la sortie de crise, de la réconciliation. « N’gunu N’gunu kan » est son témoignage, enrichi de nombreux autres, pour que la vérité soit dite pour que le Mali ne connaisse plus jamais la crise qu’il traverse actuellement.

 

 » Il faut que nos ainés nous disent la vérité sur la question des touaregs « 

Le dernier long métrage de Soussaba Cissé porte sur la question touareg. Celle-ci s’interroge sur la question devenue récurrente. « Je pense que cette question doit être débattue vraiment, sans faux-semblants, sans tabou. Il faut que nos parents, ceux qui savent, nous disent les fondements de ce problème, parce que nous les jeunes nous ne comprenons pas ce qui se passe« . Soussaba est convaincue que ce sont les non-dits qui aggravent la situation. Et quand le secret entoure quelque chose, la place est faite à la rumeur, d’où le titre de sa nouvelle œuvre, « N’gunu N’gunu kan » (« rumeurs de guerre« , ndlr)

La réalisatrice appelle les maliens à éviter la division pour avancer sur ce qu’on avait commencé à bâtir ensemble. « Je pense que cette guerre va laisser des traces pour les générations futures. Le message fort que je voudrai lancer est que nos ainés nous disent la vérité sur ce qui s’est passé avant. Nous ne sommes plus des enfants. Que le problème touareg soit débattu et voyons comment renouer le dialogue. Et surtout avec le problème de territoires et de races que je ne comprends pas vraiment. Et nous qu’on arrête de poser des questions ou inventer des choses qui n’existent pas ».

La réalisatrice

Chaleureuse et sympathique ! Ce sont les premiers mots qui viennent à l’esprit quand on rencontre Soussaba Cissé. Fille du célèbre réalisateur malien Souleymane Cissé, Soussaba n’a pas pu échapper au virus familial. Pourtant, le cinéma n’a pas été son premier amour.  » En fin de lycée, j’ai commencé à m’intéresser au stylisme car je dessinais déjà mes habits et les mettais en œuvre moi-même  » nous raconte-t-elle. Très vite cependant, elle commence à changer d’idées, et pense rejoindre la  » nouvelle génération de cinéastes  » africains.  » Je suis allée à Paris pour faire des études de cinéma au CLCF (Conservatoire libre du cinéma français) où je suis restée 4 ans. Et pendant ces années j’ai réalisé mon premier film M’bah Muso et le second Tinye Su, un court métrage de fiction, suivie en fin d’étude par ‘’Seben Tan « .

« Je suis née à Bamako, capitale du Mali, où j’ai passé toute mon enfance. Etant issue d’une famille de cinéastes, j’ai eu la chance de me familiariser très tôt avec l’univers du cinéma, notamment en accompagnant mon père lors de ses tournages dans de nombreux pays d’Afrique et du monde  » Soussaba Cissé

Apres avoir terminé son cycle universitaire en France, elle effectue des stages sur plusieurs plateaux en France et aux Etats-Unis. Depuis, Soussaba Cissé totalise 12 films qui traitent des maux de la société africaine mais aussi celle de la France. L’excision, le problème des sans- papiers, l’immigration, la dépigmentation, les enfants mendiants, sont entre autres ses sujets de prédilections.

»  A la fin du Lycée, je m’intéressais au stylisme, je m’amusais souvent à dessiner et à coudre mes propres vêtements. Voyant les difficultés rencontrées par mon père pour monter ses films, j’ai d’abord hésité à tenter ma chance dans la réalisation, mais ma passion et mon amour pour le cinéma m’ont convaincu de me lancer à mon tour dans l’aventure.

J’aimerai faire partie de cette génération de cinéastes africains capables de faire bouger les choses et de redonner au cinéma africain une place importante dans le patrimoine culturel mondial « . Après le baccalauréat, j’ai continué mes études à Paris, en rentrant au Conservatoire Libre du Cinéma Français (C.L.C.F) dans le 19ème arrondissement. Il s’agissait d’une formation de 3 ans, au cours de laquelle j’ai réalisé mes 3 premiers courts-métrages : « N’bah Muso » et « Tinyé Su » réalisés par mes propres moyens, et « Seben Tan » réalisé dans le cadre d’un film de fin d’étude.

La promotion des valeurs traditionnelles et culturelles, s’accepter comme on est avec tout ce qu’on a de bons et travailler à corriger ce qui ne va pas, c’est le message qu’elle veut passer à travers ses œuvres. Un phénomène qui la choque particulièrement, c’est celui de la dépigmentation.

» La dépigmentation me fait très mal. Aujourd’hui tu regardes à Bamako, tu as l’impression d’être au milieu des métisses. Je n’ai pas trouvé une couleur plus meilleure que la peau naturelle. Noir ou blanc tu es né comme ça. Le problème est que la dépigmentation a une conséquence néfaste sur la santé  » explique t-elle.

Après l’obtention de mon diplôme, j’ai réalisé plusieurs documentaires sur des immigrés sans-papiers en France à Paris, mais également à New-York. J’ai réalisé ensuite 3 autres courts métrages (Fasodewn 1 et 2, Tiefaring) sur les conséquences de la guerre. J’ai également participé à la réalisation de concerts, de clips et de documentaires sur des artistes africains, afin d’enrichir ma culture de ce continent que j’ai quitté pendant un long moment.

Aujourd’hui toutes ces expériences m’aident à appréhender l’écriture de mon premier long-métrage et me conforter dans l’idée que je ne me suis pas trompée de chemin » a précise Soussaba, la fille du cinéaste Souleymane Cissé.

Moulaye HAIDARA

 

 

Source:  Bamako Hebdo

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.