Crises post-électorale, économique, délestage: il faut éviter l’implosion

Près de 68 000 enseignants privés de salaires depuis le mois de février, des chefs de famille privés de revenus (restaurateurs, artistes musiciens, soudeurs…) à cause du couvre-feu, des électeurs et politiciens mécontents de l’annulation de leurs voix lors des dernières législatives par les juges constitutionnels, des populations du Nord et du Centre obligées de fuir leurs villages et hameaux pour céder l’espace aux terroristes. Voilà désormais l’image d’un Mali qui vacille sous le poids de l’incompétence et/ou de l’insouciance de ceux qui ont la charge de conduire aux destinées du pays. Où sont les mesures d’accompagnement sociales du Président IBK ? Où sont le bonheur et l’honneur des Maliens condamnés à la misère et à la mendicité ?

 

Déjà affaibli par les conséquences de la crise sécuritaire consécutive à l’occupation d’une bonne partie du territoire par des narco-jihadistes et la mauvaise gouvernance décriée sur tous les toits, la crise sanitaire liée à la pandémie du COVID-19 a plongé le Mali dans une léthargie incommensurable. Quant à la crise post-électorale et les coupures de courant qui font monter la tension sociale, elles ne sont que la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Une partie mal emmanchée

Déjà, depuis le mois de janvier, les enseignants avaient donné le ton en exigeant l’application de l’article 9 de la loi n° 2018-007 du 16 janvier 2018, portant statut du personnel enseignant de l’enseignement secondaire, fondamental et celui de l’éducation préscolaire et spéciale. Au-delà de la non-satisfaction de cette revendication, pas moins de 68 000 fonctionnaires enseignants sont en chômage technique, sans salaire, depuis le mois de février dernier.

Qu’en est-il également de leurs collègues enseignants des établissements privés confinés à la maison sans revenu ? Comment dans un pays dirigé par des intellectuels, l’on puisse tomber dans un tel piège à haut risque ? C’est-à-dire que plus de la majorité des fonctionnaires du pays sont privés de revenus, depuis au moins trois mois.

Alors que le gouvernement de Boubou Cissé tentait d’absorber cette crise dans le plus grand mépris des enseignants (retenue sur les salaires qui se transforme en rétention des salaires, recrutement de volontaires pour suppléer les enseignants grévistes…), l’une des plus grandes crises sanitaires que l’humanité ait jamais connue explose. Ainsi, le 17 mars 2019 alors que notre pays était déjà cerné par la maladie du COVID-19, le Président de la République tient le conseil supérieur de défense nationale pour prendre des mesures rigoureuses en vue de prévenir et de lutter contre cette pandémie qui relègue rapidement au second plan la crise de l’école.

Crise sanitaire

Il s’agit entre autres de la suspension jusqu’à nouvel ordre, des vols commerciaux en provenance des pays touchés, à l’exception des vols cargos ; la fermeture des écoles publiques, privées et confessionnelles (maternelles, primaires, secondaires et supérieures) y compris les medersas et ce, pendant trois (3) semaines ; la suspension jusqu’à nouvel ordre, de tous les regroupements publics y compris les ateliers, les colloques, les séminaires, les meetings populaires ; l’interdiction jusqu’à nouvel ordre, des regroupements à caractère social, sportif, culturel et politique de plus de cinquante (50) personnes, sous réserve du respect des gestes-barrières. Il s’agit des mariages, des baptêmes, des funérailles.

Ces mesures, dans un pays déjà touché par la crise sécuritaire liée à la lutte contre le terrorisme, ne feront qu’élargir le fossé entre gouvernants et gouvernés. Face aux cris de cœur sur les réseaux sociaux, le Président de la République s’adresse aux Maliens le 10 avril 2020 pour les rassurer. “Le gouvernement du Mali qui, vous le savez bien, est le gouvernement d’un pays pauvre, acculé sur d’autres fronts, accepte de consentir le plus grand sacrifice pour amoindrir l’impact négatif de la pandémie sur notre économie et notre société. Le gouvernement, pour ce faire, a décidé de mettre en place plusieurs mesures sociales qui coûteront à l’État, près de 500 milliards de nos francs, dans les hypothèses basses”, a évoqué IBK.

Crise électorale

L’éphorie sera de courte durée, puisqu’au-delà de la non-concrétisation des engagements, la ‘’manasaïsation’’ des élections législatives a vite fait de dresser un pan important de la population contre le pouvoir en place. En effet, ce 30 avril 2020, lors de la proclamation des résultats du second tour des législatives, les juges de la Cour constitutionnelle ont décidé d’annuler des milliers de voix dans différentes circonscriptions électorales avant de proclamer les résultats définitifs du scrutin. Cumulé aux conséquences des délestages d’EDM-SA et du couvre-feu consécutif au respect des mesures barrières dans le cadre de la lutte contre la pandémie du COVID-19, le charcutage des voix des électeurs par les sages de la Cour n’a guère enchanté les Maliens.

« Comment peut-on annuler des milliers de voix d’électeurs dans des milliers de bureaux de vote (Commune I, Kati, Koro, etc.), au seul motif que le remplacement des Présidents desdits bureaux par les Représentants de l’Etat (Préfets, gouverneurs) a été fait en violation des textes en la matière ? En quoi, les électeurs et leurs partis politiques sont-ils responsables des fautes administratives commises par les Représentants de l’État ? Depuis quand la faute de l’État peut annuler de facto les droits dûment acquis par des citoyens », s’est interrogé un observateur ?

« La Cour annule des voix au profit des princes du jour, elle invalide des résultats pour écarter les élus du peuple au profit des nommés du Pouvoir. La jeunesse est la grande victime de ces élections. Pour une fois qu’elle a voulu s’exprimer en bravant le COVID – 19 et le soleil, la Cour est venue anéantir les espoirs des jeunes de la COMMUNE I, les espoirs de la Jeunesse de Kati, de MOPTI et j’en passe », renchérit un autre commentateur.

Malaise profond

Comme le disait cet internaute, ‘’le mal-être est profond’’.

« Les enseignants saignent avec plus de 3 mois sans salaires. A ceux-là s’ajoutent les milliers de familles précipitées dans la précarité suite aux restrictions liées au Covid-19. Les élections législatives ont été la goutte d’eau qui a fait déborder un vase qui goutait déjà… Les exigences de Ramadan, les coupures d’eau et d’électricité viennent renverser le vase et tout son contenu… »

Les manifestations qui interviennent nuitamment dans les rues de Bamako et dans d’autres localités du pays sont l’expression de ce mal-être. Ces violences aux antipodes de la démocratie sont l’expression d’un régime passif, qui ne donne aucune perspective et qui méprise d’ailleurs ses citoyens.

Au regard du silence dans lequel baigne le pouvoir, l’on a l’impression qu’il minimise ces manifestants qui portent pourtant en eux des revendications légitimes. Pour le moment, aucune alternative n’est proposée à ces mécontentements qui ne cessent de prendre de l’ampleur. Ces manifestants sont à la limite traités d’ennemis de la patrie, d’insouciants. Comme le dirait l’autre : « on pense autrement dans un palais que dans une chaumière ».

Par contre, il faut être d’une inconscience totale pour ne pas comprendre que les accumulations de mal-être peuvent pousser le plus soumis des peuples à aller au suicide…

« Ces gens (manifestants) sont presque à l’agonie, ils se noient dans les vagues de la misère, de la mal gouvernance et ils n’ont plus rien à perdre… », décrit Mohamad Ag Acharom sur sa page Facebook.

La réalité, c’est que ‘’gèlèya bè môgôw kan’’ et la solution aujourd’hui est loin d’être le mépris, mais l’écoute, le dialogue. Cela n’est en rien une faiblesse encore moins une démission de la part des dirigeants, mais le signe du respect et de la grandeur d’esprit à même d’adoucir le cœur des mécontents. Ceux qui ont aujourd’hui la charge de nous gouverner ont-ils le courage de cette humilité ? En tout cas, face à ces crises qui s’accumulent et qui s’intensifient le Mali a besoin de sang neuf pour échapper au chao.

Par Sidi DAO

INFO-MATIN

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