Coup d’état du 22 mars 2012 au Mali : Les erreurs de Sanogo, selon le capitaine Soungalo Samaké

Depuis sa ville de résidence, Dioïla, nous avons rencontré le  capitaine à la retraite, Soungalo Samaké, le 10 novembre 2016. Au cours de notre entrevue, il a évoqué des erreurs que le capitaine Sanogo n’aurait pas dû commettre, et par ailleurs  dénoncé le mode de recrutement dans l’armée, entre autres.

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Ancienne figure emblématique de l’armée malienne, le capitaine Soungalo Samaké, car c’est de lui qu’il s’agit, constitue une source d’inspiration. De passage à Dioïla, nous avons échangé avec lui sur les questions militaires concernant le Mali.

Au sujet du «coup d’Etat » du 22 mars 2012, qu’il ne qualifie pas d’ailleurs de coup d’Etat, est pathétique. Car, le meneur a été trop léger en commettant assez d’erreurs. Selon le capitaine Soungalo Samaké, le putschiste Sanogo devrait se montrer ferme sur la conduite de la transition. Il ne devrait pas accepter que la transition soit dirigée par quelqu’un d’autres.  «Sanogo a été manipulé. Il a accepté que le président ATT démissionne pour confier la transition au président de l’Assemblée nationale d’alors, Dioncounda Traoré, espérant sur les avantages d’un ancien chef d’Etat. Or, dans le cas présent, l’ex-Président est démissionnaire. Donc, il n’y a pas eu de coup d’Etat et Sanogo ne peut prétendre bénéficier les avantages d’un ancien chef d’Etat. S’il avait fait comme l’a fait ATT en 1991-1992, il allait sortir en héros. Hélas!», a déploré le capitaine Samaké.

L’autre erreur que le capitaine putschiste a commise est d’annoncer qu’il n’y aura pas une minute de plus sur la période de transition avant de se montrer incapable de tenir cette promesse.  En plus de ces délires, ajoute-il, Amadou Haya Sanogo a annoncé la dissolution du régiment des bérets rouges. Une absurdité totale, selon le Capitaine Soungalo Samaké. Il faut être un néophyte de l’armée pour imaginer la suppression du corps des bérets rouges dans une armée comme la nôtre. Insuffisante pour occuper toute l’étendue du territoire national, l’armée a forcément besoin des bérets rouges pour gérer les cas urgents dans les localités éloignées. L’erreur fatale pour lui, indique Soungalo Samaké, a été le fait d’accepter de quitter Kati pour Bamako. «Quand j’ai appris cela, j’ai dit à mes amis que Sanogo est arrêté. Car, s’il était resté à Kati, on n’allait pas le cueillir comme une feuille morte», a-t-il précisé. Avant, il avait nommé des bérets rouges à des postes stratégiques comme celui du chef d’Etat-major des armées et le patron de l’Emia.

Soungalo Samaké s’insurge contre le mode de recrutement dans l’armée

‘’Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait’’. Cet adage est une réalité qui fait pleurer le capitaine Soungalo dans sa cour à Dioïla. L’armée malienne qui ne reculait devant rien, le capitaine Samaké, la mort dans l’âme,  a du mal à accepter la fuite répétitive de nos soldats au front. Il dénonce le mode de recrutement dans l’armée. «Avant, le recrutement se faisait sur la base du mérite. Aujourd’hui, les parents paient des millions pour faire enrôler leurs enfants. Pensez-vous qu’on va investir des millions pour que l’enfant soit enrôlé et accepter qu’il meure au front ? Non ! Ça devient un fonds de commerce. Chacun va vouloir tirer profit de l’investissement qu’il a fait. Et c’est ce à quoi nous assistons malheureusement », a-t-il regretté.

Oumar KONATE

 

Coup d’état du 22 mars :

Le capitaine Soungalo Samaké en colère contre Sanogo

Personne du 3ème âge, le capitaine Soungalo Samaké est un père et un repère pour le capitaine Amadou Haya Sanogo. A ce titre, le capitaine Samaké a quitté Dioïla, une localité située à 160 km de Bamako, pour lui prodiguer des conseils. Mais sans succès. Aux dires du vieux, suite à l’annonce de la dissolution  du régiment des commandos parachutistes, il a effectué le déplacement de Dioïla à Kati. «J’ai voulu le rencontrer pour lui donner les conseils sur la nécessité du maintien de ce régiment au regard du rôle qu’il joue dans la sécurisation du pays. Car on a besoin des commandos pour les parachuter dans les zones difficiles d’accès. Mais, je n’ai pas pu le rencontrer. Arrivé dans son fief à Kati à 8 h, on m’a fait savoir qu’il était en entretien avec ses éléments. Ensuite, on m’annonce qu’il est en réunion avec une délégation de la Cedeao. A 15 h, j’insiste à le voir. Là également, on me dit qu’il me recevra car il passe la nuit là-bas. A  21 h, ses proches me disent qu’il ne pourra plus me recevoir. C’est là que j’ai livré mon message : dites lui que je ne veux plus le voir dans ma vie. Et qu’il est né pendant que le régiment des parachutistes existait. Qu’il ne pourra pas le dissoudre. Qu’il n’est pas plus militaire que moi avant de quitter Kati».

 

Source: Le Prétoire

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