Carnet de voyage : BAMAKO-GAO BY BUS

Notre reporter relate un long trajet plein d’enthousiasme et … de courbatures

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Lundi 13 juillet, 6h du matin. Nous sommes à l’auto-gare de Bamako. Cap sur Gao, la Cité des Askia, la capitale de la septième région administrative du Mali. Un voyage de 1 200 km qui nécessite d’emprunter la RN 16 reliant Sévaré à Gao.
Une heure passe avant l’appel des passagers pour prendre place dans le bus. Le Ramadan battait son plein et le soleil exceptionnel de ce mois de juillet commençait déjà à chauffer le crâne des imprudents qui n’avaient pas pris soin de se munir d’un couvre-chef. Le car démarre. Direction Ségou. La route est bitumée. Après 3h et demi de route, c’est le premier contrôle d’identité effectué par la police. A ce poste de contrôle, histoire de se dégourdir les jambes, les passagers essaient tant bien que mal de se frayer un chemin entre les petites vendeuses de manioc et les revendeurs de cartes de recharge qui ont investi l’autobus. Le soleil est au zénith. Il faut repartir rapidement car le trajet est extrêmement long. Nous n’avons parcouru que 235 km sans trop nous lasser tant la route est bonne. Ségou est derrière nous. Il commence à pleuvoir. Un bon présage. Il est 14h, nous sommes à l’escale de San.
San propose des œufs bouillis, des beignets et du beurre de karité. Ça discute, puis ça klaxonne. C’est parti, cette fois destination Sévaré, dans la région de Mopti. L’autobus file à tombeau ouvert, frôlant parfois dangereusement des mobylettes, des vélos et les étals des commerçants qui débordent sur le bitume.
Au poste de contrôle de Sévaré, les gendarmes attendent de probables passagers sans carte d’identité. Ils étaient cinq dans le car. Deux d’entre eux retardent notre trajet faute d’avoir 1 000 F à donner aux gendarmes, le prix de la « contravention ». Le retour de la douane nationale est visible. Dans cette ville, une vaste cour accueille les bus en provenance de divers horizons. C’est le petit soir. « C’est vraiment génial d’être déjà à Sévaré », se félicite un vieux peulh. Ici, on entend deux apprentis crier: « Ghana, Ghana… Qui veut aller au Ghana ?! ». Ils sont à la recherche de clients pour leur compagnie qui va au Ghana. Par endroits, sont étalées ou proposées des chaussures en cuir fabriquées par nos artisans venus pour la plupart des régions du nord.
La crainte se lit déjà sur certains visages en pensant à l’état de la route que le convoi va emprunter. La nuit commence à tomber sur la RN 16.

LE CALVAIRE. Contournant le pays dogon, la RN 16 file vers le nord jusqu’à Konna, bifurque vers l’est, traverse Douentza, Hombori puis Gossi avant d’atteindre le fleuve Niger qu’elle franchit grâce au pont de Wabaria à l’entrée de Gao.
On n’en est pas encore là. Il est 17h à Sévaré, le chauffeur fait le plein de carburant. A l’entrée comme à la sortie, le contrôle d’identité est obligatoire pour tous les véhicules à l’aller comme au retour. Nous nous engageons sur la route récemment bitumée en direction de Konna.
Konna est devenu un véritable carrefour entre le sud et le nord du Mali. « C’est à cet endroit que commence le calvaire des usagers de la RN 16 qui date de 1985 et qui, depuis, ne connaît pas d’entretien périodique » nous indique Moussa Maïga, un chauffeur à la retraite. En habitué de la route, je remets mon turban bleu, malgré la chaleur qui monte. Bienvenue les cahots. Le chauffeur est obligé de ralentir. Il reste pourtant au moins 500 km à parcourir. Il faut 4 heures pour arriver à Douentza après avoir parcouru … 173 km. Ça commence à râler de partout dans le bus car le chauffeur a oublié d’ouvrir la porte arrière, installant la chaleur dans l’habitacle. « Douentza … Douentza » répète l’apprenti, histoire d’informer les voyageurs parvenus à destination. C’est là aussi que descendent pour une correspondance ceux qui vont à Tombouctou (220 km). La vie économique a repris vigueur et la population semble très active.
Les passagers profitent de la halte pour diner dans un restaurant qui offre un menu diversifié. La rumeur annonçant des prix élevés appliqués aux voyageurs est vraie : la différence entre ce que paie la population locale et les visiteurs étrangers est énorme et les techniques employées par les vendeurs frôlent la super-arnaque. « Dallah Garibou », psalmodient les mendiants ou talibés  en guenilles et en quête de nourriture. Quelques vendeurs de café sont installés ça et là proposant aux passagers une boisson qui n’a de café que le nom et des quignons de pain sec. Les mieux nantis accompagnent le pain avec de la mayonnaise tout en prenant soin d’éloigner les nombreuses mouches déterminées à partager votre tartine. La plupart de vendeuses de galettes sont absentes aujourd’hui. Mois de carême oblige
20 minutes plus tard, vigoureux coup de klaxon. C’est l’heure de prendre la direction de Hombori et de renouer avec les cahots sur la route dégradée. Le chauffeur est souvent contraint de lâcher la chaussée trop abîmée et de tester de nombreuses petites déviations. L’autocar balance dans tous les sens. Difficile de dormir. Et encore plus de discuter dans le vacarme occasionné par les secousses. Le klaxon vient se mêler à la cacophonie ambiante, non pour annoncer un arrêt mais pour protester contre un âne qui prend ses aises sur la route. Le chauffeur ralentit. Inquiets, des passagers se redressent et scrutent l’obscurité. Dans un éclat de rire, l’apprenti calme tout le monde : « c’est juste un âne ». Les phares du véhicule ne portent pas loin et l’imagination a tôt fait de peupler la nuit de dangers.
Dans le secteur de Boni, quelqu’un annonce être arrivé à destination. Des passagers s’étonnent qu’il puisse descendre en pleine brousse. Pas d’inquiétude, le village est juste derrière, à une centaine de mètres.
Sans surprise, une crevaison survient une demi-heure plus tard. Tout le monde doit descendre dans la nuit noire. Il est 2h et quart. On s’étire, on se dégourdit les jambes, on satisfait un besoin plus ou moins pressant. « Le moteur chauffe, il va falloir attendre un peu qu’il refroidisse avant de repartir », avertit le deuxième chauffeur qui a pris le volant à partir de Sévaré.

PAYSAGES MAGNIFIQUES. L’aube survient sans crier gare et déjà les premiers rayons de soleil frappent les vitres. Il faut tirer les rideaux. Ceux-ci n’empêchent pas d’être frappés par les massifs de grès, les villages scellés dans les éboulis, les falaises vertigineuses, les impressionnants contreforts rocheux qui défilent tantôt à droite, tantôt à gauche jusqu’à Hombori. Les gendarmes postés à l’entrée de la ville viennent de se réveiller. Au milieu de ces escarpements montagneux, les vendeurs de viande grillée semblent presque incongrus. Mais pas inutiles car c’est l’heure de prendre le petit déjeuner et, par ici, le choix n’est pas infini. La cité de la Main de Fatma donne l’impression d’une ville hors du temps. Et pourtant, elle recèle un potentiel touristique original avec la possibilité de randonnées pédestres à la découverte des villages songhoi et rimaibé des environs. Pour cela, on peut venir de Bamako ou de Gao en autobus. Pour pratiquer l’escalade, il est recommandé d’arriver à Hombori avec son propre véhicule.
Direction maintenant Gossi. La vue à couper le souffle qu’offrent les montagnes de Hombori déployées le long de la route fait oublier les secousses. A nouveau des déviations et un chauffeur qui se bat pour éviter les crevasses et esquiver les … arbres pendant près de deux heures et demie.
Gossi se distingue d’abord par sa grande mare qui ne tarissait jamais à la porte du désert (lire la série de Gamer Dicko à partir du 24 juin 2015). Après un bref contrôle de la gendarmerie nationale, nous pénétrons dans la petite ville. Un soldat apparaît au loin, tellement seul qu’il semble surgi de nulle part. Les vendeuses de pain local ou de galettes rouges sont, elles, nombreuses et réelles. Elles paressaient à l’ombre d’un arbre et maintenant, elles se pressent autour de nous. « Albarcarantaa goo… Albarcarantaa goo » (achetez de l’encens en songhoy), scandent une femme âgée et deux jeunes filles.
Désolé, il faut partir pour la dernière étape jusqu’à Gao, à 150 km. « Le trajet est-il encore long ? » interroge mon voisin qui effectue son premier séjour au nord du Mali. « Le calvaire est fini par rapport à la distance déjà parcourue. Nous sommes à 3 heures de Gao avec l’état actuel de la route », s’empresse de répondre le voisin de gauche.
Le paysage devient de plus en plus monotone et sans grand intérêt. Il permet néanmoins de mesurer l’ampleur de la désertification et de l’enclavement de la région. Les petits villages sont inexistants et les lieux sentent un abandon général aggravé par des débris de véhicules calcinés qui jonchent épisodiquement le chemin.
L’ennui se fracasse enfin sur une plaque qui annonce : « La Cité des Askia vous souhaite la bienvenue…Welcome to Askia City ». Ancienne capitale de l’empire songhoy, la ville de Gao, traversée par le méridien de Greenwich, semble somnoler dans l’attente d’une renaissance. Nous traversons le pont Wabaria construit sur ce si important fleuve Niger qui relie les régions du sud et du nord du pays, favorisant les échanges et cimentant les grands empires qui enluminent le roman national.
Le soleil est presque au zénith à l’arrivée à la gare routière de Gao. Il faudra, dans quelques jours, reprendre la route pour Bamako. Mais personne n’a envie d’y penser, ni de se souvenir de la punition infligée par le trajet. Pour se donner du courage, il faut songer à la beauté des paysages en sachant que cela ne suffira pas à soulager un corps courbaturé de partout.
A. A. MAIGA

source : L’ Essor

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