36è anniversaire de l’assassinat de Abdoul Karim Camara dit Cabral : L’AVENIR DE L’ECOLE MALIENNE EN QUESTION

abdoul karim camara dit cabralEn prélude à la commémoration de l’anniversaire de la disparition du leader estudiantin prévue aujourd’hui, l’AMS-UNEEM a organisé une conférence débat, hier à l’École normale supérieure 

L’Amicale des anciens militants et sympathisants de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (AMS-UNEEM) commémore le 17 mars de chaque année, la mort de son camarade Abdoul Karim Camara dit Cabral par une série d’activités. C’est dans ce cadre que se situe la conférence-débats organisée hier dans l’amphithéâtre de l’École normale supérieure (ENSUP).

La conférence était animée par Issiaka Niambélé, conseiller technique au ministère de l’Éducation nationale et ancien camarade de lutte de Cabral. Elle avait pour thème : « Quel avenir pour l’école malienne ? ». La conférence s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités du Mouvement démocratique et des luttes estudiantines comme le Pr Ali Nouhoum Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale, Amadou Traoré dit Amadou Djicoroni, Oumar Arboncana Maïga, secrétaire général de l’AMS-UNEEM, Mme Saran Kaba Diakité, Modibo Koné, Bourama Lamine Coulibaly et Mady Diabaté.

D’autres personnalités du corps enseignant ont également participé à la conférence. Les étudiants de l’ENSUP et leur comité AEEM se sont fortement mobilisés pour venir écouter leurs aînés, pères et grands-pères, parler de cette époque qu’ils n’ont pas connue.

D’entrée de jeu, le conférencier a évoqué la complexité du thème choisi cette année pour donner le coup d’envoi de la commémoration de l’assassinat le 17 mars 1980, de leur camarade de lutte Abdoul Karim Camara dit Cabral. Ce dernier s’est battu durant toute sa vie d’étudiant pour des idéaux toujours d’actualité, afin que l’école malienne puisse produire des sortants disposant de compétences irréprochables au plan de la qualité. L’école malienne a pris, depuis la première réforme de 1962, diverses orientations que les différents gouvernements ont initiées, a indiqué Issiaka Niambélé. Pêle-mêle, il évoquera les différentes réformes de 1962, 1964, 1968, 1989, 1991, 1998 et 2008. Toutes ces réformes ont apporté, selon les cas, des ajustements, des rectifications et des formulations qui ont aussi connu des hauts et des bas, a souligné le conférencier. Elles n’ont pu, malgré tout, sortir l’école de la crise qu’elle traverse actuellement pour diverses raisons.

140 STRUCTURES SCOLAIRES DETRUITES. La crise de 2012 est venue bouleverser tout l’échafaudage péniblement construit avec l’appui de partenaires. Environ 140 structures scolaires ont été détruites par les occupants et le déplacement massif occasionné par cette situation des élèves du nord et du centre du pays vers la partie sud a un peu plus fragilisé la qualité de l’enseignement dispensé avec des classes surchargées et des enseignants peu qualifiés.

A ces difficultés s’est ajoutée la croissance démographique importante qui exerce une pression sur l’école. Ainsi les structures scolaires ne parviennent pas à absorber le flux d’enfants en âge d’être scolarisés par manque d’infrastructures suffisantes et d’enseignants de qualité.

Par ailleurs, le Programme décennal de développement de l’éducation (PRODEC) qui était censé résoudre les problèmes de l’éducation, n’a pas bénéficié de tout le soutien politique indispensable pour panser les plaies de l’école, a soutenu le conférencier. Car, il a manqué, a-t-il regretté, un plan de communication adéquat pour expliquer et faire comprendre tous les enjeux de cette politique. C’est pourquoi, a souligné Issiaka Niambélé, nombre de difficultés subsistent comme la faible qualité de l’enseignement dispensé, les taux élevés d’abandon et de redoublement, la faiblesse des acquisitions dans les disciplines fondamentales. Les pertes de temps scolaire ont été évaluées à 122 jours, dues essentiellement à l’absentéisme et au décrochage des enseignants.

« Quelle école veut-on bâtir pour nos enfants et quel type d’homme voulons-nous former ? » En réponse à ces questions, certains intervenants ont jugé nécessaire et indispensable de donner une éducation en adéquation avec nos valeurs morales et sociétales, en utilisant les langues nationales pour transmettre connaissances et savoirs. D’autres ont soutenu des modèles d’enseignement qui offrent des opportunités de formations et d’emplois fondées sur les spécificités régionales, en phase avec les besoins et les offres et sur la disponibilité de la ressource de qualité à savoir les enseignants. Issiaka Niambélé préconise, lui, que le recrutement des élèves dans les Instituts de formation des maîtres (IFM) soit amené au niveau bac et non plus du DEF, comme c’est le cas actuellement.

UNE INTROSPECTION COURAGEUSE. Le Pr Ali Nouhoum Diallo a invité le corps enseignant qui n’est pas exempt de reproches à une introspection courageuse. Sinon comment expliquer que des enseignants dispensent des cours en privé contre rémunération avec, à la clef, une bonne notation pour les élèves qui auront accepté ces cours parallèles au détriment des cours pédagogiques normaux dans les classes, a dénoncé le doyen Diallo.

Amadou Traoré dit Amadou Djicoroni a invité les élèves et étudiants à épouser les idéaux de lutte de Cabral qui s’est battu pour une école juste, où le savoir est dispensé équitablement avec des classes et des matériels didactiques de qualité et des enseignants de qualité.

Les fondamentaux de l’école malienne ont été cassés, avec des enseignants qui sont mal formés et déversés dans l’enseignement, a dénoncé cet autre doyen. Mme Koumba Yaressi, enseignante à la retraite, a lancé un cinglant « j’accuse » en dénonçant toutes les dérives dont l’école malienne est aujourd’hui victime. Mais, tout n’est pas pour autant perdu, a-t-elle tempéré, si les autorités dépolitisent l’école. L’ancien ambassadeur Souleymane Koné a voulu savoir pourquoi tant de ressources financières publiques sont déversées vers les écoles privées au détriment des écoles publiques qui ont besoin d’une amélioration de leurs conditions de travail ?

Itous Ag Ahmed, directeur du Centre d’animation pédagogique (CAP) de Torokorobougou, a dénoncé l’absence d’autorité de l’Etat au niveau de l’école, la faible qualité et le manque de rigueur dans la formation des enseignants. Il a révélé que sa structure encadre 234 écoles, dont seulement 31 sont publiques. Sékou Diarra et Mamoutou Koné, étudiants à l’ENSUP, ont, eux, dénoncé les conditions pédagogiques déplorables dans lesquelles ils étudient (pléthore d’étudiants, manque de matériels didactiques, de laboratoires de recherche, de bibliothèques, etc). Le tableau qu’ils ont peint de l’école en général et de l’ENSUP en particulier, est particulièrement sombre. Ils ont ainsi comparé l’école à une boutique ou à une entreprise privée sans issue.

Le conférencier principal a appelé les uns et les autres à exercer un contrôle citoyen pour améliorer la qualité de l’enseignement au Mali. Issiaka Niambélé a indiqué qu’une étude menée à l’initiative du département a préconisé la production de manuels de certification des enseignants qui déterminent la qualité et le statut des enseignants à recruter.

La conférence, comme on pouvait s’en douter, a donné lieu à des débats passionnés mais n’avait pas pour vocation à recenser et résoudre tous les problèmes de l’école malienne. Elle a juste apporté un éclairage de plus à un maillage de problématiques auxquelles l’école malienne est confrontée. Ce que les étudiants de l’ENSUP ont finalement accepté, eux qui n’avaient pas admis dans un premier temps qu’un tel échange puisse ignorer leurs problèmes académiques profonds.

M. COULIBALY 

Source : Essor

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