22 SEPTEMBRE 1960-22 SEPTEMBRE 2020 Le bilan des 60 ans du Mali

Le Mali actuel, né le 22 septembre 1960, est un rappel et un hommage à la mémoire de l’un des grands empires qu’a connus l’Afrique de l’Ouest : l’Empire du Mali. La République du Mali est assurément le berceau de nombreuses civilisations qui ont donné naissance à de nombreux empires et royaumes dont, entre autres : · l’Empire du Ghana (VIIè-XIIè siécles) · l’Empire du Mali (XIIIè-XVè siècles) · l’Empire Songhaï (XVè-XVIè siécles) · Les royaumes Bambara de Ségou et du Kaarta ((XVIIè-XVIIIè siécles) · l’Empire Toucouleur de El-Hadj Oumar TALL (XIXè siècle) · le Royaume Sénoufo de Sikasso (XIXè siècle).

 

Deux faits importants ont marqué l’histoire du Mali.

Le premier est la pénétration de l’islam à partir du VII è siècle. Le second est l’interruption de la colonisation française en Afrique et qui prit corps et âme dans l’actuelle aire géographique du Mali à partir de 1857.

1904 Achèvement de la section Kayes-Bamako du chemin de fer Dakar –Niger ;

1913 Inauguration de l’hôpital colonial de Bamako (Hôpital Point G) ;

1947 Grève générale des cheminots de la Régie des chemins de fer Dakar-Niger ;

1949 Ouverture de l’Ecole Fédérale d’Agriculture de Katibougou devenue Collège Technique  Agricole (CTA) puis Institut Polytechique Rural (I.P.R) ;

1951 Ouverture du Collège Moderne de Jeunes Filles (Lycée de Filles de Bamako)

7-8 mars 1953 Visite du Général DE GAULE à Bamako ;

1954 Inauguration du nouveau stade de N’tomikorobougou sous le nom de Stade « BOUVIER » ;

12 juillet 1956 Premières émissions de Radio Soudan ;

5 octobre 1956 Octroi de l’autonomie au Soudan Français ;

5 octobre 1956 Le jardin zoologique de Bamako reçoit son premier éléphant ;

1er janvier 1960 Inauguration du pont de Bamako ;

20 juin 1960 Proclamation de l’indépendance de la Fédération du Mali regroupant le Mali et le Sénégal ;

20 août 1960 Eclatement de la Fédération du Mali ;

22 septembre 1960 Proclamation de la République Soudanaise devenue République du Mali  Modibo KEITA en devient le 1er président (1915-1977). Il gouverna le pays jusqu’au 19 novembre 1968 ;

20 janvier 1961 Le Mali demande l’évacuation des bases militaires françaises de son territoire ;

1er juillet 1961 Création du Franc malien, retrait de l’UMOA Novembre Mise en application de la réforme de l’enseignement au Mali 1962 ;

19 novembre 1968 1ère Prise du pouvoir par l’armée malienne ;

17 septembre 1970 Création du Centre de Documentation et de Recherche Historique AHMED BABA à Tombouctou ;

1972 Match de football à Yaoundé : Congo-Mali en finale de la Coupe d’Afrique des Nations ; 2 juin 1974 Référendum pour l’adoption de la nouvelle Constitution

Décembre 1974, 1er incident frontalier Mali-Haute-Volta ;

Janvier 1975 2nd incident frontalier Mali-Haute-Volta ;

Décembre 1976, 1er recensement général de la population ;

1977 Grève scolaire au Mali ;

17 mai 1977, Décès de l’ex président Modibo KEITA ;

Mars 1980 Reprise de la grève des élèves et étudiants ;

Septembre 1983, Inauguration de la Télévision Malienne ;

1er juin 1984 Retour du Mali à l’UMOA, échange des francs maliens contre les francs CFA ;

25 décembre 1985, Conflit frontalier Mali-Burkina Faso ;

25 décembre 1986 Verdict de la Cour Internationale de Justice de la HAYE à propos du conflit frontalier Mali-Burkina Faso ;

26 mars 1991 2ème prise du pouvoir par l’armée malienne ;

07 juin 1992 Intronisation de Mr Alpha O. KONARE comme le 1er président démocratiquement élu ;

07 juin 2002 Intronisation de Mr Amadou T. TOURE comme le 2nd président

démocratiquement élu.

Géographie

La République du Mali, pays continental par excellence, couvre une superficie d’environ 1 242 248 km2. Elle partage, au Nord, près de 7 200 km de frontière avec l’Algérie ; à l’est, le pays est frontalier avec le Niger, au sud-est avec le Burkina Faso ; au sud, le Mali est limité par la Côte d’Ivoire et par la Guinée et à l’ouest par la Mauritanie et le Sénégal.

Le relief est peu élevé et peu accidenté. C’est un pays de plaines et de bas plateaux. L’attitude moyenne est de 500 mètres. Le régime hydraulique, tributaire de la configuration géographique, qui s’étend entre les 11° et 25 ° de latitude nord, le relief est essentiellement constitué par les bassins du Haut Sénégal et du Niger.

Deux fleuves traversent le Mali : le fleuve Niger et le fleuve Sénégal. Le réseau hydraulique dessert surtout le sud du pays. La partie septentrionale de cette zone est arrosée par le fleuve Sénégal et ses affluents, la partie orientale par le fleuve Niger et ses constituants. Le régime de l’ensemble de ce réseau est tropical : hautes eaux en période d’hivernage et basses eaux en saisie sèche. Ainsi, du sud au nord, un quart du territoire est situé dans la zone soudano-guinéenne, 50 % dans la zone sahélienne et 25 % dans le désert saharien.

Le climat est sec avec une saison sèche et une saison des pluies, cette dernière durant en moyenne 5 mois au sud et moins d’un mois au Nord. Le niveau des précipitations s’établit entre 1300 mm à 1500 mm au sud tandis que la moyenne est de l’ordre de 200 mm au Nord. Ce climat se caractérise par quatre zones ; le delta intérieur du Niger se caractérise par un climat particulier. Les quatre zones sont les suivantes : – La zone sud soudano-guinéenne : environ 6 % du territoire national, dans l’extrême sud. Les précipitations sont comprises entre 1300 et 1500 mm d’eau par an. – La zone nord-soudanienne, avec 1300 à 700 mm/an eau. Cette zone couvre environ 18% du territoire – La zone sahélienne : les précipitations vont de 700 à 200 mm d’eau par an. – La zone saharienne : les précipitations deviennent irrégulières et au fur et au fur et à mesure qu’on s’éloigne des abords du fleuve Niger et qu’on avance dans le Sahara, elles deviennent aléatoires et inférieures à 200 mm/an. – Le delta intérieur du Niger : c’est une véritable mer intérieure. Cette nappe d’inondation est au cœur même du Sahel. Le delta, avec ses 300 km de long sur 100 km de large, joue un rôle régulier dans le climat de la région.

Données démographiques

Population : 18 541 980 d’habitants (Banque mondiale, 2017)
Croissance démographique annuelle : 3 % (Banque mondiale, 2017)
Espérance de vie : 57,9 ans (à la naissance, Banque mondiale, 2016)
Taux d’alphabétisation des personnes de 15 ans et plus : 33,4 % (UNICEF, 2012)
Religions : Islam 94,8 %, christianisme 2,4 %, animisme 2 % (recensement de 2009)
Indice de développement humain : 182e sur 189 pays (PNUD, 2016).

Données économiques

PIB : 15,288 milliards de dollars US (Banque mondiale 2017)
RNB par habitant : 770 dollars US (Banque mondiale, 2017)
Taux de croissance : 5,4 % (Banque africaine de développement, 2017)

Taux d’inflation : 1,5 % (Banque mondiale, 2017)
Principaux clients : Chine, Inde, Indonésie, Bangladesh (GTA-GTIS, 2015)
Principaux fournisseurs : France, Sénégal, Côte d’Ivoire, Chine (GTA-GTIS, 2015)

Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB :

  • agriculture : 38,5 %
  • industrie : 24,4 %
  • services : 37 %

Exportations de la France vers le Mali (2016) : 367 millions d’euros
Importations françaises depuis le Mali (2016) : 11 millions d’euros
(Direction générale des douanes et droits indirects)

Les principales villes sont : Bamako (la capitale), Kayes : capitale de la 1ère région, Koulikoro : celle de la 2ème région, Sikasso : celle de la 3ème région, Ségou : celle de la 4ème région, Mopti : celle de la 5ème région, Tombouctou, celle de la 6ème région, Gao : celle de la 7ème région, Kidal : celle de la 8ème région. Le pays compte actuellement plus d’une dizaine de régions.

– 49 cercles : Le Cercle constitue l’échelon de relais entre la Région d’une part, et les Communes d’autre part. Le Cercle est administré par un préfet nommé par arrêté du Ministre chargé de l’Intérieur.

– 703 communes (30 communes urbaines et 673 communes rurales): La Commune constitue à la fois une circonscription administrative de l’Etat et une collectivité décentralisée dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Elle est administrée par un maire. La Commune urbaine se compose essentiellement de quartiers, et la commune rurale se compose de villages et/ou de fractions. Mais en réalité, lors de la création de nouvelles communes, certaines communes rurales se sont retrouvées avec des quartiers et des villages.

– 11234 villages : Le village est une subdivision administrative de la Commune, constitué par la réunion de plusieurs familles ou carrés en une seule agglomération. Il est administré par un Chef de village assisté d’un Conseil de village.

Politique intérieure

À l’issue de l’élection présidentielle de juillet et août 2018, Ibrahim Boubacar Keïta, candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM), est réélu président de la République. L’élection s’est globalement bien déroulée, et n’a pas donné lieu à de crise postélectorale, malgré la contestation des résultats par le candidat perdant du second tour, Soumaïla Cissé, déjà malheureux en 2013. Les élections législatives prévues en novembre 2018 ont été repoussées et auront lieu finalement entre Mars-avril 2020.

Crise sécuritaire

La crise découlant de la prise du contrôle du Nord du pays par des groupes indépendantistes ainsi que des groupes terroristes de 2012 à 2013 et du coup d’État de mars 2012 a suscité une mobilisation importante des partenaires internationaux du Mali. L’organisation d’élections (présidentielle et législatives en 2013, municipales en 2016) et la signature de l’Accord d’Alger en 2015 ont constitué des avancées positives. Cependant, des difficultés persistent dans la mise en œuvre de l’accord, sur fond d’instabilité gouvernementale (six premiers ministres depuis 2013) et d’insatisfaction sociale (manifestations et grèves catégorielles).

La présence des forces internationales au Nord assure une relative stabilité mais les groupes terroristes adaptent leur mode d’action. Ils ciblent principalement les forces armées maliennes ainsi que la MINUSMA (ONU) et la force Barkhane (France). Des groupes terroristes cherchent à profiter de l’instabilité pour s’installer durablement dans le centre du Mali, notamment près de la frontière avec le Niger et le Burkina Faso. Ils s’y attaquent aux symboles et aux représentants de l’État. Le recul de ce dernier a favorisé l’émergence de milices et de conflits entre les communautés, qui ont pris une tournure dramatique en 2019, avec plusieurs centaines de civils tués.

Situation économique

Les performances en matière de croissance sont bonnes (+ 4,8 % prévue en 2018, + 5,3 % en 2017 après + 5,4 % en 2016 et + 6 % en 2015) mais restent soumises à d’importants risques, notamment les aléas climatiques et sécuritaires et la variation des cours des matières premières. En l’absence de réformes de fond, les obstacles à une croissance durable restent nombreux (croissance démographique, absence de diversification, secteur manufacturier et investissement privé confidentiels, manque d’infrastructures, secteur de l’énergie défaillant). L’économie malienne reste également très dépendante du secteur minier et des résultats des campagnes agricoles. Le secteur manufacturier est très peu développé et le pays connait une forte croissance démographique que le marché de l’emploi peine à absorber.

Politique extérieure

Entouré de sept voisins, le Mali a développé une diplomatie favorisant l’intégration régionale et continentale. Membre fondateur de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), il a été le premier pays à ratifier l’Acte constitutif de l’Union africaine en 2000. Il est également membre du comité de mise en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), de la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD) et du G5 Sahel. Le Mali est un membre actif de la Francophonie, qu’il considère comme un instrument important de sa diplomatie.

Des personnalités maliennes de premier plan ont exercé, ou exercent, un rôle important à la tête d’organisations clés : l’ancien chef de l’État Konaré à la présidence de la Commission de l’Union africaine (2003-2008), Soumaïla Cissé à la tête de la Commission de l’UEMOA (2004-2011), Michel Sidibé comme directeur exécutif d’ONUSIDA (depuis 2008), Adama Ouane comme administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (nommé en 2015) et Modibo Ibrahima Touré comme représentant spécial et chef du bureau intégré des Nations unies en Guinée-Bissau (nommé en mai 2016).

Depuis le milieu des années 2000, les questions de la stabilisation du pays et de sécurité, tels que les trafics et le terrorisme, sont d’un enjeu majeur dans les relations entre le Mali et ses voisins. En février 2014, les chefs d’État du Mali, du Niger, de la Mauritanie, du Burkina Faso et du Niger ont ainsi créé le G5 Sahel, organisation internationale visant à favoriser la coordination entre ces pays sur les questions de sécurité et de développement. En 2017, le G5 Sahel s’est doté d’une force conjointe transfrontalière dont le mandat est la lutte contre le terrorisme, le crime organisé transfrontalier et le trafic d’êtres humains. Le 6 décembre 2018 a eu lieu à Nouakchott la Conférence des bailleurs ayant permis de lever des contributions pour le Programme d’investissements prioritaires, élaboré par le G5 Sahel afin d’assurer le développement des zones transfrontalières les plus fragiles de la région.

Axes routiers

Les grands axes routiers sont : Bamako-Gao, Bamako-Kayes, Bamako-Sikasso.

Une seule ligne ferroviaire relie Bamako à Dakar en passant par Kayes

Informations

  • La langue officielle est le français

Principales langues du pays : le Bambara, le Malinké, le Sarakolé, le Peulh, le Sénoufo/Minianka, le Dogon le Sonraï,  le Bobo le Touareg, le Maure l’Arabe

  • La monnaie utilisée est le franc CFA, dont le taux de change avec l’€ est : 1 €=655,65 francs CFA
  • Les jours fériés en 2014 sont : le 1er janvier (1er jour de l’an) le 20 janvier (fête de l’Armée) le 08 mars (Journée Internationale de la Femme) le 26 mars (Journée des martyrs) le Lundi de Pâques le 1er mai (fête du travail) le 25 mai (journée de l’Afrique) le 22 septembre (Journée de l’indépendance) le 25 décembre (Noël)
  • Fuseau horaire : GMT

Industrie-économie-Education et santé

Au moment de l’indépendance, l’économie malienne était inexistante : l’industrialisation du pays n’était manifestement pas la grande priorité du colonisateur. Alors Modibo Keita et son équipe vont s’atteler à la création de plusieurs petites industries : sucrerie, rizerie, cimenterie, usine de céramique, manufacture de tabacs et d’allumettes, tannerie, usine de textile, abattoir frigorifique, huilerie conserverie etc.
Afin de favoriser l’indépendance économique, une quarantaine de sociétés et entreprises d’états verront le jour entre 1960 et 1967.

La Société des Conserves du Mali (SOCOMA), la Société d’Exploitation des Produits oléagineux du Mali (SEPOM), l’Abattoir frigorifique, la Société malienne d’Importation et d’Exportation (SOMIEX), la Banque de Développement du Mali (B.D.M.). A cette liste on peut ajouter aussi la Librairie Populaire du Mali (LPM), la Société des Ciments du Mali (SOCIMA), la Société nationale d’Entreprise de Travaux publics (SONETRA), Air Mali, l’Office des Produits agricoles du Mali (OPAM), la Banque malienne de Crédits et de Dépôts (B.M.C.D.), Énergie du Mali.  L’Office cinématographique national du Mali (OCINAM), l’Office du Niger (O.N.), la Pharmacie Populaire du Mali (P.P.M.), la Société de construction radioélectrique du Mali (SOCORAM), la Régie des Transports du Mali (R.T.M.), la Société malienne du Bétail, des Peaux et Cuir (SOMBEPEC), la Société nationale de Recherche et d’Exploitation minières (SONAREM), la Compagnie malienne des Textiles, Société Équipement du Mali (S.E.M.A.) …

En effet, après près d’un demi-siècle de colonisation, en 1960, on ne comptait que quinze cadres dans tout le Soudan. Autant dire que pour la construction du Mali, Modibo Keita et son équipe, partaient de rien. Plusieurs réalisations témoignent du travail effectué en six (6) ans. On notera la création de plusieurs structures qui répondaient aux besoins essentiels de la population : 10 hôpitaux, 300 dispensaires, 45 centres médicaux, 60 maternités, une pharmacie populaire avec des succursales dans toutes les grandes villes et chefs de lieux de cercles et des dépôts dans les arrondissements et les villages.  5 écoles de formation de personnel de la santé, 4 écoles d’enseignement supérieur (ENA, ENSUP, ENI, INA) furent créées.

Pour mieux affirmer la souveraineté nationale, le franc malien fut créé le premier juillet 1962.

Le 16 décembre 1966, l’inauguration du barrage de Sotuba sur le Niger fera figure de réalisation de prestige, témoignant de la mise en œuvre du projet socialiste malien.

Avec l’africanisation des cadres et la création des sociétés et entreprises d’État, l’équipe de Modibo Keita entendait rendre aux Maliens la maîtrise de leur destin.

Crise économique

La primauté de la politique sur la compétence administrative et technique va entraîner un certain attentisme et une démoralisation des fonctionnaires. L’absence de conviction (voire l’opposition) de certains cadres chargés d’appliquer les décisions prises, aboutira souvent à l’échec des réalisations.
Rappelons qu’au moment de l’indépendance, le pays ne comptait, en tout et pour tout, que 15 cadres dont 1 pharmacien, 2 professeurs, 1 ingénieur agronome, 4 docteurs … Pour palier à ce manque beaucoup de cadres seront formés à la hâte et n’avaient pas toujours les compétences requises.
Le paysan malien ayant une conception de la solidarité différente de celle qu’on lui proposait n’adhérera pas au système coopératif : les champs collectifs seront délaissés et un marché noir va se développer pour la commercialisation des produits agricoles. Ainsi, certaines usines qui devaient utiliser ces produits comme matière première vont avoir des problèmes d’approvisionnement.
D’une manière générale, les « acquis du peuple », les sociétés et entreprises d’État, vont devenir de véritables fardeaux économiques : les problèmes d’approvisionnement, l’incompétence technique de certains cadres, le manque de rigueur et de conviction des gestionnaires, les sabotages par certains opposants qui avaient trouvé là un moyen d’affaiblir le régime.

Ces difficultés économiques vont entraîner une résurrection de l’opposition politique.
Le 20 juillet 1962, les dirigeants du P.S.P appellent les commerçants à manifester leur hostilité à la réforme monétaire. Des manifestants accompagnés de badauds se dirigèrent vers le commissariat du premier arrondissement et l’ambassade de France en scandant : « A bas le franc malien, à bas Modibo, vive le Général de Gaulle ». La belle unité nationale proclamée en septembre 1960 semblait bien loin.
A la suite de ces manifestations, des responsables de l’opposition, Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko et Kassoum Touré, seront arrêtés, jugés et condamnés par un tribunal populaire. Ils mourront en 1964 dans des circonstances controversées.

Les abus et les exactions de la milice populaire  

Toutes les oppositions politiques n’étaient pas aussi affichées que celle du P.S.P.
Les tendances à l’intérieur du parti au pouvoir (l’U.S.R.D.A.) vont se manifester. L’aile droite du parti partisan d’une économie libérale va mener une campagne subversive qui va favoriser la destruction de la confiance populaire. L’aile gauche était animée essentiellement par le syndicat unique (U.N.T.M.) et le mouvement de la jeunesse organisé au sein de la J.U.S.-R.D.A.
Modibo Keita qui jouait le rôle d’arbitre, exprimait clairement ses préférences pour l’aile gauche.

La défaillance économique, La « guerre des clans », la dégradation du militantisme, et la chute du Docteur Kwamé N’krumah vont entraîner la radicalisation du régime.

Le 1er mars 1966 est créé le Comité National de Défense de la Révolution (C.N.D.R.) doté des pleins pouvoirs.

En 1967 les jeunes de la J.U.S.R.D.A et les syndicalistes de l’U.N.T.M. vont organiser de gigantesques manifestations réclamant un assainissement des structures économiques et une épuration politique. Les municipalités dont la gestion était contestée seront dissoutes. Le conseil national des jeunes va déclencher « l’opération taxi » et « l’opération villa » : il s’agissait d’une campagne de saisie de véhicules et de lutte contre la spéculation foncière visant les agents de l’état qui présentaient des signes extérieurs de richesse.
Le 22 août 1967 commencera « l’an un de la révolution » et la prise en main du pouvoir par le C.N.D.R. : Dissolution du Bureau Politique National puis de l’Assemblée Nationale.

Quels furent les motivations et le rôle de Modibo Keita dans la création d’un C.N.D.R. doté du plein pouvoir ? En était-il « l’inspirateur », comme le supposent ceux qui l’accusent d’avoir voulu « exercer un pouvoir personnel », Ou, a-t-il -« parce qu’il voulait respecter la volonté populaire », accédé à la demande des jeunes et des syndicats, comme l’affirment des témoins de l’époque ?

La non-satisfaction immédiate des aspirations matérielles des masses populaires, les abus et les exactions des structures d’encadrement comme la milice populaire ont entraîné la désaffection d’une partie du peuple.
Le revirement monétaire de 1967 pour mettre fin à la dégradation du franc malien ne permettra pas de redresser la situation. Bien au contraire : Les accords monétaires de 1967 entre le Mali et la France, (négociés par l’aile droite de l’US-RDA), étaient incontestablement un frein à l’expérience menée au Mali depuis 1960. En novembre 1968, le président Modibo Keita déclarait : « Les Accords de 1967 sont un piège. Il nous faut nous préparer à les rompre ». Mais certaines  » forces  » n’étaient pas disposées à le laisser faire : Le 19 novembre 1968 un coup d’état militaire mettra fin au régime.

Comme l’a constaté B. Nantet,  » Même si l’image de Modibo Keita a toujours été prestigieuse à l’extérieur du Mali, les difficultés économiques, la bureaucratisation grandissante et la mauvaise gestion administrative furent un obstacle à la participation de la majeure partie des couches populaires paysannes. La création d’une milice toute-puissante honnie du peuple et le départ de certains de ses compagnons en avaient fait un homme seul quand les militaires prirent le pouvoir. »

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