TRAMADOL : Un fléau social en naissance

Le Tramadol est un produit pharmaceutique à l’usage détourné, faisant l’objet de pharmacodépendance et d’abus. A priori, ayant des propriétés curatives ou préventives à l’égard des maladies, le Tramadol fait des dégâts dans la société, dans les milieux jeunes, jeunes actifs et dans nos campagnes. IL est très prisé des cultivateurs. Ils sont nombreux les médicaments qui ont été détournés de leurs usages premiers. On peut citer par exemple le Viagra, dont l’effet secondaire a fini par supplanter la raison principale de la molécule. Dans le cas du Tramadol, la menace est sérieuse. De plus en plus, dans les villes et les campagnes, il a envahi tous les milieux. Qui consomme ? Où et comment s’en procurent-ils ? Que dit la loi et quels sont ses effets sur la santé ?
Les Echos mène l’enquête.

TRAMADOL
Médicament… qui rend drogué !
Le Tramadol est un médicament, mais qui a des effets secondaires inquiétants. Cet antidouleur provoque notamment une forte addiction. Sa consommation abusive et non contrôlée, comme c’est le cas maintenant au Mali, est un véritable fléau social et en passe de devenir un problème de santé publique.

Selon le Docteur Younoussa Sidibé, directeur exécutif de Kénédougou Solidarité, une Ong qui vient en aide aux consommateurs de drogues, le Tramadol est un opiacé utilisé en médecine comme un anti douleur, mais aux effets secondaires redoutables.
« Le Tramadol est un médicament. Mais son usage détourné et surtout sur le long terme peut créer la pharmacodépendance et poser des problèmes de sevrage comme : l’hypersudation, l’insomnie, les terreurs nocturnes, l’angoisse, les troubles de la concentration, spasmes musculaires, micromouvements involontaires, agressivité, irritabilité… », précise le Dr. Sidibé.
Le Tramadol est un produit développé et vendu par l’entreprise pharmaceutique Grünenthal GmbH. Il contient de la codéine et le dextropropoxyphène. Le Tramadol est sur le même type de récepteur que la morphine, son pouvoir antidouleur est un peu plus fort que la codéine (50mg de Tramadol correspond à 10 mg de morphine).
Le docteur Sidibé signale que l’usage du Tramadol est détourné pour les effets tels que : l’euphorie, la stimulation, les hallucinations visuelles et auditives.

Médicament miracle
Dérivé de l’opium, le Tramadol est très apprécié pour calmer le mal de dos et les douleurs articulaires. Normalement, il n’est delivré que sur prescription médicale, ce qui n’est pas le cas au Mali. Le Tramadol est à chaque coin de rue. Il est en accès libre partout au Mali et les consommateurs s’en procurent dans les pharmacies par terre.
Selon l’étude que le docteur Sidibé a mené au Mali pour le compte de Orfed une ONG nationale, le Tramadol est utilisé comme drogue pour la plus part au Mali, précisément à Sikasso, zone de couverture de l’étude.
Des consommateurs auxquels l’ONG, Kénédougou Solidarité vient en aide, témoignent avoir l’impression de planer quand ils consomment le Tramadol avec une sensation de chaleur interne, de rêver éveillé. Ces sensations, indique le docteur, durent entre 5-6 heures. Du coup, certains ont envie d’en prendre de nouveau pour ressentir les mêmes sensations d’où survient la dépendance.
Selon le docteur Sidibé, « depuis le 31 janvier 2011, le Tramadol fait partie de la liste des médicaments à surveiller par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), à la suite du scandale du médicament médiator ». Deux milliers de morts seraient dues à l’utilisation du Tramadol ».
Les utilisateurs réguliers souffrent de dépression, de fatigue, ou encore de problèmes rénaux ou intestinaux. En somme, le médicament miracle a tout l’air d’être un poison.
Aminata Traoré
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Du médicament au psychotrope

Selon Dr Souleymane dit Papa Coulibaly, psychiatre, le « Tramadol est un médicament, mais aussi une drogue. C’est un médicament dans la mesure où il est prescrit pour une prise en charge notamment dans le cadre de la douleur. C’est une drogue dans la mesure où les gens peuvent l’utiliser sous leur propre prescription et pour des objectifs bien déterminés. Donc c’est une drogue et un médicament à la fois ».
Pour lui, il faut d’abord chercher à comprendre pourquoi des individus prennent le Tramadol comme stupéfiant.
« Les consommateurs réguliers du Tramadol sont à la recherche d’une performance dans l’exécution du travail ou d’une performance sexuelle », affirme notre interlocuteur.
Cependant, notre interlocuteur ajoute que le Tramadol créé rapidement de la dépendance, avec des signes de défaillance au niveau du corps, des douleurs, vomissements ou d’autres signes si vous n’en prenez pas.
Les accrocs peuvent faire des crises d’épilepsie ou même devenir fou.

Bintou Diawara
(stagiaire)
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MICRO-TROTTOIR
Du tout bénéfice !
Pour ceux que nous avons rencontré, la consommation du Tramadol leur permet de tenir toute la journée dans des travaux physiquement éprouvants, de ne pas avoir de sensation de faim ou de fatigue. Du tout bénéfice !

Bekkaye Sidibé chauffeur de taxi : « Je consomme le Tramadol depuis deux ans et demi. Je suis un chauffeur de taxi. Ce métier est très fatigant. Je me lève très tôt pour aller au travail et je rentre très tard épuisé. Pendant toute la nuit, je n’arrive pas à fermer l’œil. L’un de mes collègues m’a vivement conseillé de prendre le Tramadol pour apaiser ma douleur et je l’ai fait. Depuis ce jour-là, je n’ai pas cessé de le consommer. Au début, je prenais trois comprimés et maintenant, je peux consommer six comprimés le matin et deux le soir afin d’alléger ma souffrance. À partir d’une seule journée, je peux consommer une plaquette de douze comprimés après le petit déjeuné. Pendant toute la journée, je travaille sans relâche et sans faim, jusqu’à au soir. A la descente, je peux aller au lit sans avaler un seul morceau de nourriture. Quand je suis à la maison, je dors profondément en prenant du Tramadol. Pour moi, ce médicament m’a énormément aidé. Quand je veux travailler, je le faits sans me lasser et quand je veux dormir, je le faits profondément ».

Mamadi Traoré maçon : « Le Tramadol me permet de travailler sans ressentir de la fatigue. Je suis maçon bénévole et cela fait trois ans que je prends ce comprimé. Je travaillais dans la mine artisanale de Kokoyo. C’est là que j’ai connu et commencé à consommer le Tramadol pour éviter la douleur physique. Il m’a beaucoup aidé dans mes labeurs à Kokoyo. Chose étonnante, quand je prends mes doses pendant le matin avant d’entamer le travail, je n’ai même pas envie de prendre le déjeuner. Il me coupe l’appétit et je ne ressens pas la fatigue. Arrivé à la maison, après le bain et le dîner je prends la consommation de nuit pour aller au lit. Souvent, je n’avai pas le temps de toucher ma femme. Généralement, j’ai du mal à me réveiller tôt pour aller au travail. Auparavant, je consommais un comprimé qui s’appelait « Moussa Dadis ». Ce produit n’étant pas efficace, j’ai opté pour le Tramadol sur les conseils d’un ami. Quand je le consomme, je me sens à l’aise et je travaille sans fatigue pendant toute la journée. De plus, le tramadol me permet de dormir pendant toute la nuit ».

Oumar Sidibé dit Kako : « Lorsque mon ami prend le Tramadol, je constate qu’il se sent à l’aise et moins bavard et ses yeux deviennent rouges. Il met plus de six comprimés dans un verre de thé mélangé avec de l’eau. Souvent la consommation excessive du Tramadol le pousse à faire du mal aux gens. Quand il n’arrive pas à avoir ses doses quotidiennes, il frise la démence. Souvent il se gratte la peau, fait des va et vient. Cela le pousse à demander de l’argent aux gens, ou même à voler ». Nous rapporte Oumar Sidibé dit Kako, quartier d’Hamdallaye.
Saoudata Maiga
Mamadou Sangaré
(Stagiaires )
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Une molécule prisée par les toxicomanes
Le Tramadol, un médicament prescrit pour des causes bien déterminées, est aujourd’hui la substance la plus prisée des drogués. Malgré qu’il ne soit livré que sur prescription médicale par les pharmacies, les amateurs arrivent à s’approvisionner.

Prescrit pour soigner différentes formes de douleurs, le Tramadol est repéré aujourd’hui comme l’une des drogues les plus adductives de par ses effets.
Comme d’autres produits prohibés, les consommateurs trouvent le Tramadol sans difficulté auprès des vendeurs ambulants de médicaments de la rue.
Selon Dr Seydou Moussa Coulibaly, directeur général adjoint du Laboratoire national de la santé, le Tramadol fait partie de l’arsenal thérapeutique utilisé par les médecins dans le cadre du traitement de la douleur qui n’est pas sensible aux antalgiques ordinaires comme le paracétamol et les anti-inflammatoires tel que Ibuprofène ou le diclofénac.
A l’en croire, il doit être utilisé par les médecins dans le traitement de la douleur intense, qui dépasse les calmants ordinaires.
Concernant le moyen d’approvisionnement, Dr Coulibaly a fait savoir que les médicaments agissant directement sur le cerveau comme morphine et ses dérivés sont utilisés par beaucoup à d’autres fins tout comme le Tramadol.
« Le Tramadol est un médicament qui ne doit être délivré que sur la présentation d’une ordonnance, il n’est même pas prescrit par n’importe qui et ne peut même pas être renouvelé à travers une ancienne ordonnance. Il est à renouveler à chaque fois seulement sur présentation d’une nouvelle ordonnance » dit-il.
Pour Dr Seydou Moussa Coulibaly, directeur général adjoint du Laboratoire national de la santé la mise à la consommation des médicaments est subordonnée à l’avis d’une commission composée notamment de l’autorité de régulation pharmaceutique, de l’inspection de la santé et la direction de la pharmacie et du médicament.
« Ainsi pour qu’un médicament soit mis en vente, cette commission travaille en étroite collaboration avec d’autre acteurs pour son cheminement, avec en premier à un certain nombre de contrôles permettant de définir l’utilité, l’importance, la nécessité et même le prix ».
Aux dires du Dr Seydou Moussa Coulibaly, le fait que les moyens des autorités étant limités par le contrôle de nos frontières, ces médicaments arrivent frauduleusement dans le pays et s’écoulent sur le marché noir.
« L’argent qu’on trouve dans la vente frauduleuse des médicaments est plus important que ceux de la vente des drogues. Parce que c’est un grand réseau qui est autour depuis la fabrique jusqu’aux zones d’acheminement », a-t-il poursuivi.
Pour notre interlocuteur, le problème est que l’utilisation forte de tous les médicaments comportant de la codéine crée une dépendance, ce qui fait qu’au bout du temps les consommateurs dépassent même la dose habituelle par la pression que peut accepter le corps.
En tant qu’autorité de réglementation, le rôle du laboratoire national de la santé, est axé uniquement sur le circuit normal de mise en consommation des médicaments, la structure s’occupe ainsi des médicaments utilisés dans les hôpitaux et Centres de santé.
De ce fait l’utilisation ou la disposition du médicament par un individu ne relève pas de sa compétence.
En ce sens, le laboratoire ne peut intervenir que lors des saisies de ces médicaments frauduleux par les agents de sécurités en termes de l’analyse du contenu permettant ainsi d’identifier les produits.
Mariam Coulibaly

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Autorisé sur prescription médicale
Le Tramadol est autorisé au Mali par la direction générale de la pharmacie et du médicament et sa vente est conditionnée à la présentation d’une ordonnance prescrite par un médecin, a précisé M. Bamba, responsable d’une pharmacie située à Lafiabougou. Il importe de reconnaitre que le Tramadol, est un antalgique de plus en plus consommé par la jeunesse malienne.
De plus en plus, son utilisation abusive inquiète les pharmaciens. A les croire, c’est le plus puissant des antalgiques opioïdes de niveau II, et son conditionnement permet des posologies importantes. Son utilisation est la dernière alternative en matière d’antidouleur avant l’utilisation de morphine de palier III, expliquent-t-il.
Le Tramadol n’est délivré que sur ordonnance. A entendre, Dr Bamba, « le Tramadol en soit est un médicament comme les autres, mais c’est les gens qui détournent l’objectif du produit ». Ils l’utilisent à d’autres fins avec une addition de doses, ajoute-t-il. A cet effet, le problème devient très sérieux, surtout dans les zones rurales. Ayants bien conscience des difficultés de son obtention sans ordonnance dans les pharmacies, les jeunes se dirigent vers les pharmacies par terre. Un lieu où tout est permis. Toutefois, Dr Bamba ne rejette pas la faute sur ces jeunes, selon lui, ils le font par ignorance.
Il sollicite les autorités, officiers et les pharmaciens à plus de sensibilisation afin de dissuader ces jeunes d’utiliser le produit à d’autres fins.
Ibrahima Ndiaye
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Que dit la loi ?
Le directeur adjoint de l’Office central des stupéfiants, le commissionnaire divisionnaire Tiantio Diarra et Lassina Coulibaly collaborateur et administrateur d’un cabinet d’avocats, nous édifient sur les dispositions législatives sur les drogues à risque avec intérêt médical comme le Tramadol.

Le commissaire Diarra a déclaré que le Tramadol par terre est prohibé par la loi. Pour ce policier, tout médicament par terre est nocif. Il a ajouté que le Tramodol, s’il quitte le circuit médical et pharmaceutique, entre automatiquement dans le cadre des stupéfiants.
M. Diarra a dit que plusieurs cas d’agressions graves sont faits aujourd’hui sous l’effet du Tramadol. « Le tramadol est un médicament psychotrope qui ne doit être délivré que par un pharmacien et sous ordonnance. Tout autre mode d’acquisition ou de consommation est un danger public donc répréhensible par l’autorité publique », a dit Tiantio Diarra.
Le commissionnaire divisionnaire a confié que leur unité est toujours en enquête pour des cas de possession hors circuit pharmaceutique, de Tramadol. Il a ensuite lancé un appel à l’endroit de la population malienne. Il a invité les citoyens à éviter les médicaments par terre. Il a aussi exhorté les autorités compétentes à renforcer leur politique qui vise à rendre plus accessible les pharmacies par rapport à leur coût. « On ne peut pas résoudre un problème par un autre problème. Le Tramadol peut diluer un malaise à la minute, mais les conséquences sont graves après », a expliqué Tiantio Diarra.
Le collaborateur d’avocat Lassina Coulibaly affirme que c’est la Loi N°98-8 ; portant contrôle des drogues et précurseurs du 18 mars 1998 qui régit le cas des stupéfiants au Mali.
Selon ses dires, cette loi classe les drogues en plusieurs catégories. C’est ainsi qu’il existe des drogues à risque avec intérêt médical comme les médicaments sous contrôle. Pour le juriste Coulibaly, le Tramadol entre dans cette catégorie.
Il a dit que l’article 1er de ladite loi définit la drogue comme : « toute substance dont l’absorbation par un être vivant modifie une ou plusieurs de ses fonctions ». Par contre, souligne Lassina Coulibaly, certaines expressions comme (usage illicite) désignent un usage hors prescription médicale des substances placées sous contrôle comme le Tramadol.
Il a ajouté que l’article 112 de cette loi prévoit à son alinéas 3, que « s’il s’agit d’une plante ou d’une substance classée comme drogue à risque, d’un emprisonnement de 15 jours à 3 mois et d’une amende de 25.000 à 500.000 F CFA ou de l’une de ces deux peines seulement ».
Il a aussi mentionné qu’en application de la peine que l’intéressé pourra être dispensé de la peine ou de l’exécution de celle-ci, s’il n’a pas atteint l’âge de la majorité pénale ou s’il n’est pas en état de récidive ou encore si par déclaration solennelle faite à l’audience, il s’engage à ne pas recommencer.
Toute personne qui serait pris en infraction sous l’effet du Tramadol sera frappée de circonstances aggravantes lors de sa condamnation. Puisque le Tramadol est un stupéfiant. Sa consommation pourrait être qualifiée de préméditions ou autres. Un voleur sous l’effet du Tramadol pourrait être poussé à faire un crime pour commettre son délit. Raison les stupéfiants sont des dangers sociaux.
Koureichy Cissé
(stagiaire)

les echos

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