Pr Zanafon OUATTARA, chirurgien urologue, chef du service Urologie du CHU-GT : « Il faut réhabiliter le service urologique de l’hôpital Gabriel Touré »

Nous vous proposons la deuxième partie de l’interview du Professeur Zanafon OUATTARA de l’hôpital Gabriel Touré. Il touche du doigt la pénurie, l’insuffisance de l’offre de soins face à la demande. Pour toute l’étendue du territoire national, pour 17 millions d’habitants, il n’y pas encore 40 urologues. Le Pr Zanafon, met l’accent sur le besoin d’endoscopie diagnostique, et d’endoscopie opérationnelle. Ces difficultés s’ajoutent à l’étroitesse du service, la pénurie du personnel adéquat, l’insuffisance des matériels et l’inorganisation. Interview à lire.

professeur Zanafon ouattara medecin urologue

 Qu’en est-il des autres pathologies ?

Les autres pathologies, je vais les survoler. C’est le calcul du système urinaire. Le calcul du système urinaire est logé au niveau du rein, de l’uretère, de la vessie ou de l’urètre. Où qu’il soit logé, il a une symptomatologie propre. La forme la plus parlante, c’est la colique néphrétique, c’est à dire, un calcul qui est bloqué. Et quand il est bloqué dans le système urinaire, il entraine au dessus une augmentation de la pression hydrostate liée à l’urine. Cette douleur là est très vive, très lancinante et il n’y a pas de position antalgique. Et il faut absolument débarrasser ces patients de ses calculs pour lui assurer une fonction rénale convenable. Parce que plus le calcul dure en place, plus il joue négativement sur la fonction rénale. Et s’il n’est pas pris en charge à temps, c’est le parenchyme rénal, lui même qui pourrit, un beau jour, on sera amené à enlever ce rein, et la personne ne vivra qu’avec un seul rein. Si cela arrive sur un rein unique, il faut aller vite, prudemment, efficacement. Parce qu’il n’a qu’un seul rein pour lui assurer une fonction rénale convenable. On ne rentrera pas dans les détails de cette prise en charge, mais il faut savoir que le calcul sur le rein unique met en danger, la vie du patient. Autre pathologie, c’est la prostatite qui est l’inflammation de la prostate et ça n’a rien à voir avec l’adénome de la prostate.  Cette prostatite est plus fréquente chez les jeunes, surtout sexuellement actifs. Ce fait est lié à la libération des mœurs. Les jeunes entrent très tôt en activité sexuelle sans protection. Ce sont les infections qu’ils contractent au cours de ces rapports  sexuelles non protégés qui vont progresser le long de l’urètre jusque dans la portion prostatique de l’urètre, pour rentrer dans les orifices des glandes prostatiques, aller coloniser la prostate elle-même. L’un des signes inquiétants, c’est la faiblesse sexuelle. Ces jeunes sont de moins en moins performants sur le plan sexuel.

Elle est seulement masculine la prostatite ?

Oui elle est seulement masculine, la prostate on ne la trouve que chez l’homme. Quand la prostate est infectée comme ça, elle peut non seulement entrainer une faiblesse sexuelle, mais elle peut aussi entrainer des troubles de la fertilité, donc c’est une pathologie qu’il faut prendre au sérieux. Pour finir avec ces pathologies ; c’est l’infection urinaire, les maladies sexuellement transmissibles. C’est un danger permanent, danger pour l’individu et pour la société. La manifestation la plus courante, c’est ce qu’on appelle la « chaude pisse » ; quand on pisse, on a mal. Au point que les gens se retiennent de boire pour ne pas avoir à pisser souvent. Alors que justement, quand on est infecté de cette façon, on pisse plus souvent que d’ordinaire. Et chaque fois qu’on va à la toilette, c’est vraiment la pénitence.

Or il faut boire aussi…

Il faut boire, il faut boire surtout pour diluer les urines et diluer la charge des microbiennes.

Ne pas boire complique davantage …

Ne pas boire complique davantage la situation. Le pire, c’est que ça peut entrainer des troubles sérieux de la reproduction. Une infection sexuellement transmissible est à prendre avec le plus grand sérieux.

On retrouve aussi l’incontinence urinaire, c’est à loger dans quelle rubrique ?

L’incontinence urinaire c’est en général une incompétence des sphincters de l’urètre. L’urètre a deux sphincters ; un premier qui est immédiatement au dessous de la vessie, qu’on appelle le sphincter lisse, et un peu plus bas, le sphincter strié. Ils sont innervés, et s’il y a un trouble quelconque des nerfs qui arrivent au niveau de ses sphincters, ils deviennent incompétents ; la personne ne peut plus contrôler ses urines, elle les perd souvent, soit à l’effort, soit permanemment. L’incontinence urinaire est plus fréquente chez la femme, parce qu’elle a un urètre court qui fait que la compétence de son sphincter n’est pas très forte comme chez l’homme. Et c’est une pathologie que la femme cache. Elle ne peut plus aller aux baptêmes, aux mariages, elle ne peut plus être dans la vie sociale courante. Elle cache cette pathologie, surtout celles qui sont dans les ménages polygamiques ; personne ne veut laisser savoir qu’elle se soucie. Quelque part, elle la met dans le panier de la maladie honteuse. Ce qu’il ne faut pas faire. Il faut en parler, surement en parler avec son médecin, ou en parler avec son mari, pour trouver le bon médecin. Bref, c’est la seule pathologie de la femme, surtout les femmes qui ont fait plusieurs accouchements, surtout des femmes qui ont des accouchements difficiles. L’incontinence urinaire est plus fréquente chez la femme que chez l’homme. Mais il arrive aussi chez l’homme surtout après une opération d’adénome de la prostate, et aussi après une opération de prostatectomie totale.

La prostatite aussi entraine-t- elle l’incontinence urinaire?

La prostatite entraine rarement une incontinence urinaire. Par contre elle entraine des impériosités mictionnelles, c’est-à-dire des envies pressantes d’aller uriner.

Professeur Zanafon Ouattara, quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans vos efforts pour répondre à toute cette audience, pour faire face à ces pathologies? 

Les difficultés rencontrées sont déjà l’étroitesse du service, la pénurie du personnel adéquat et l’inorganisation. Parce que j’ai dit tantôt qu’il faut une consultation tous les jours ouvrables. Il n’y pas que les consultations, il y a les opérations. Si x et y sont en train de consulter, il faut que Z et autres soient en train d’opérer. Il faut du personnel, il n’y pas de personnel suffisant. Il n’y a pas d’infrastructure suffisante, il n’y a pas de logistiques suffisantes…

Il n’y a pas suffisamment de médecins au Mali ou c’est l’insuffisance des moyens au niveau de l’Etat?

Pour toute l’étendue du territoire national, il n’y pas encore 40 urologues. Nous sommes quand même 17 millions d’habitants. Ces chiffres marquent la pénurie. Donc il va de soi, que la demande de soins est plus forte que l’offre de soins et les structures. A Bamako par exemple, il n y a que deux structures reconnues pour la prise en charge de la pathologie urologique : l’hôpital du Point G et l’hôpital Gabriel Touré. Je ne ferai pas insulte aux CSREF qui viennent d’avoir des chirurgiens urologues. Il y a un au CSREF de la commune V, un en Commune II, un au Luxembourg. Je crois que c’est tout pour le moment.

Existe-t-il des structures adéquates dans ces centres?

Pour taquiner je dis toujours, si vous êtes spécialisé, vous êtes suffisant pour être un service. On vous met dans un logis, faites ce que vous pouvez faire. Même Gabriel Touré, même Point G ne sont pas équipés pour faire face à l’offre de soins. Donc, on ne parlera pas des CSREF, mais on fait avec ce qu’on a. les résultats sont ce qu’ils sont, mais on peut faire mieux, si on était suffisamment équipé, si on avait suffisamment du personnel, si on avait suffisamment d’espace. On a dit avec des ‘’si’’ on peut mettre Paris en bouteille, mais faisons en sorte d’améliorer les structures de prestations des services.

Toutes ses pathologies peuvent être prises en charge, s’il y a du matériel adéquat ; les médecins sont-t-ils suffisamment outillés, je veux dire bien formés, pour prendre en charge, ici à Bamako, toutes ces pathologies?

Vous savez, nul n’est omniscient mais ceci dit la formation de base que nous avons, nous permet de prendre en charge le maximum de pathologies. Aujourd’hui, certaines pathologies sont évacuées a l’extérieure parce que nous n’avons pas le matériel. Mais d’autres vont être évacuées à l’extérieur, parce que la formation n’est pas suffisante pour faire face. Nul n’est omniscient. Il faut savoir ses limites et savoir passer la main. Mais pour les pathologies courantes les médecins maliens sont capables de faire face.

Professeur, dites-nous qu’est-ce que la table d’opération ? Quelles sont les complications éventuelles, et que faites-vous en cas de complication ?

(Sourire). Je vais être simple. La table d’opération, c’est une table sur laquelle on met un malade à opérer. Ça peut être une payasse ! Mais selon la nature de l’opération la table d’opération doit avoir certaines caractéristiques. Une table d’opération pour Urologue n’est pas forcement la même table d’opération pour le gynécologue, n’est pas la même table d’opération pour le traumatologue et j’en passe. Mais ceci dit, il y a des tables multifonctionnelles qu’on adapte à la spécialité. Donc qui dit multifonctionnelle dit coût élevé. Et ce sont des tables qui ont besoin d’entretiens particuliers, et c’est là l’une des plaies de la logistique du matériel médical. Nous avons du matériel, nous ne savons pas comment l’entretenir. Nous n’avons pas de personnel formé à l’entretien. Ceux qui nous le livrent n’ont pas de service après-vente véritable. Nous mêmes qui les utilisons, nous ne connaissons pas toutes les précautions qu’il faut. Donc l’un dans l’autre, il faut dire que le matériel mis à la disposition des prestataires de service est en danger. Quand vous ne savez pas comment utiliser un matériel, comment l’entretenir, il est en danger. Toutes ces questions devraient être posées et trouver un système d’entretien de matériel qu’on acquiert à coût élevé pour lui permettre une durée de vie compatible avec son amortissement.

L’urologie dispose-t-elle de tous les matériels techniques nécessaires pour son travail ?

La réponse c’est non.  

Si on vous demandait de dire ce qui vous manque ?

Aujourd’hui j’ai besoin de l’endoscopie. L’endoscopie diagnostique, l’endoscopie opérationnelle. Il s’agit du matériel qu’on introduit par exemple dans la vessie, pour remonter jusque dans le rein. Ça c’est l’endoscopie diagnostique. L’endoscopie opérationnelle, c’est en général la résection des pathologies qui se trouvent dans la vessie. Soit c’est l’adénome, soit c’est la tumeur, soit c’est le carcinome. Cet appareil permet non seulement d’identifier mais de réséquer. L’urétéroscopie permet d’explorer l’uretère sur toute sa longueur et s’il y a lieu d’enlever les pathologies qui s’y trouvent. La première pathologie, c’est le calcul, soit on va le pulvériser soit on va le capturer et le sortir. Et autres pathologies, ce sont des tumeurs qui sont le long de l’uretère. On peut les reséquer ou alors les bruler avec le laser. L’endoscopie fait que la qualité de l’offre de soin, est meilleure, le séjour hospitalier du patient est raccourci et cela fait de la place pour les suivants.

Le coût est élevé mais, ça revient plus économique quand même?

En réalité, on pense que c’est élevé, mais si on fait le tour de la question, on trouve que tout le monde est gagnant, le malade est gagnant, l’hôpital est gagnant.

L’Etat est gagnant…

L’Etat est gagnant. Et l’Etat a intérêt à mettre en place un système de prise en charge du malade qui ne soit pas sélectif, que le charbonnier du coin soit traité au même titre que le médecin. Un charbonnier qui a un adénome de prostate et un médecin qui a la même pathologie, doivent tous pouvoir choisir la méthode par laquelle ils veulent être soignés. Si le charbonnier veut être traité par endoscopie, il faut qu’on puisse le traiter par endoscopie. Idem pour le médecin. Ce qui signifie qu’on n’a pas besoin d’être de telle ou telle classe pour avoir droit à tel ou tel type de traitement. Non. Cela veut dire que chacun, selon son pouvoir à contribuer à mettre en place ce système de prise en charge du malade qui permet de ne pas discriminer. Le charbonnier ne sera pas dans les VIP, où se trouverait, je ne sais qui, mais il ne devra pas se plaindre de son accueil. Il faut qu’il se sente une personne digne d’intérêt et qu’on le soigne dans ce cadre. Mais si vous le mettez en catégorie 3 pour le traiter, parce que c’est un charbonnier et l’autre dans une salle d’hospitalisation à 5 étoiles, vous l’aurez fait  parce que vous avez pu, mais c’est deux personnes égales dans la même âme.

Ça répond un peu au serment d’Hippocrate ?

Hippocrate a dit : « je n’admettrai pas que des considérations de race, de religion et des politiques viennent s’interposer entre mon malade et mon devoir ». Ce n’est pas parce que vous êtes chiffonnier que vous devez être traité au bas de l’échelle par rapport à l’autre qui est banquier.

Quels messages lancez-vous aux malades et aux hautes autorités ?  

Aux malades d’abord, c’est de consulter au bon moment. Je n’ai rien contre la médecine traditionnelle, mais il ne faut pas perdre de temps dans des structures qui ne répondent pas à l’offre de soins que vous souhaitez. A l’Etat d’organiser davantage les services de santé, pour que l’offre de soins soit disponible et je mets l’accent sur la disponibilité du personnel et du matériel de travail. Après, il faut former les gens. Nous avons 1 240 000 Km2, il faut mettre les compétences le plus proche possible des usagers et cela ne va pas sans organisation. Je souhaite que l’Etat organise davantage des services de santé pour que l’usager soit pris en charge en temps et en lieu voulus.

Avez-vous un mot à ajouter ?

C’est de réhabiliter le service urologique de l’hôpital Gabriel Touré.

Propos recueillis par Boukary Daou

Source: Le Républicain
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