#GrossesseReussie : « Les femmes qui n’ont pas les moyens sont maltraitées et insultées »

Les sages-femmes aiment chanter que « le rôle d’une sage-femme est de donner la vie ». Il y a pourtant un côté sombre de ce métier au Mali qui nécessite un dialogue franc. Souvent, les femmes enceintes qui n’ont pas les moyens sont maltraitées, insultées. Témoignage d’une sage-femme étudiante.

 

« Jeune fille, je rêvais de devenir gynécologue. Mais, j’ai fini par aller dans une école de formation de sages-femmes à cause des difficultés sur le plan financier et familial. Dans le cadre de ma formation obligatoire, je devais faire un stage pendant mes trois années. Ce stage m’a non seulement permis de beaucoup apprendre sur ce métier, mais aussi sur le comportement peu orthodoxe de certaines sages-femmes.

J’ai constaté une certaine autorité dans les relations entre les femmes enceintes et les sages-femmes, qui vire souvent au culte de la gérontocratie. Toutes les femmes, même si elles sont plus âgées que les sages-femmes, les appellent « Tante ». De plus, certaines sont tellement dures que les patientes n’ont pas le droit de ne pas savoir ou de ne pas comprendre quelque chose. Elles sont humiliées et traitées comme des personnes attardées. J’ai surtout retenu que ces genres de traitements sont réservés aux femmes qui ne sont pas « protégées ». Les protégées sont des femmes qui paient le double des frais de consultation pour être auscultées par une sage-femme à leur convenance.

Injures et humiliations 

Les injures ne se limitent pas aux soins prénatals, mais se poursuivent jusque dans la salle d’accouchement. Pour les femmes, qui ont déjà accouché ou même pour toute personne qui n’a jamais accouché, il est facile d’imaginer que la douleur de l’accouchement est indescriptible. Pourtant, lorsque les femmes pleurent ou crient, certaines sages-femmes les humilient, les insultent et ne montrent jamais de compassion ni d’empathie envers elles.

Pire, les sages-femmes adorent raconter l’histoire de ces accouchements à leurs collègues ou à toute personne prête à l’entendre. Souvent, ce sont des cris de détresse ou des propos maladroits, qu’elles rapportent des salles d’accouchement, comme j’ai eu à le constater dans un centre qui m’avait accueillie pour mon stage. Certaines vont plus loin en décrivant les scènes de délivrance, bafouillant  la dignité des patientes qui ne demandent que de l’assistance et de la bienveillance.

Renforcement des normes sociales et de genre

On pourrait penser que ces abus ou traumatismes sont suffisants, mais il y en a de nombreux et le plus horrible est le rôle des sages-femmes dans le maintien des normes sociales et de genre qui peuvent nuire aux femmes.

Pendant tout le temps de mon stage, j’ai entendu des sages-femmes tenir des propos, à la limite appelant à la soumission : « Vous feriez mieux d’être patientes dans votre mariage. Même si votre mari ne paie pas vos frais de soins, vous devez être patiente. Une femme doit être patiente, sinon elle souffrira lors de l’accouchement. »

Cupidité

Il serait injuste de parler de tout ce qui précède sans évoquer la cupidité de mes collègues. Si je n’avais pas été témoin, je ne croirais pas que pour de l’argent on serait capable de faire ce que j’ai vu. Certaines vont jusqu’à mentir. Par conséquent, des choses comme des gants, du savon ou même des tests d’albumine sont une source d’argent pour de nombreuses sages-femmes.

Les gens disent que les professionnels de la santé volent des médicaments et d’autres choses, je n’en ai aucune idée. Mais je confirme qu’elles demandent à celles qu’elles prennent en charge une somme d’argent ou des cadeaux après l’accouchement. C’est donc un contrat. Les femmes qui n’ont pas les moyens sont maltraitées et insultées. De plus, pour de l’argent, certaines essaient  de forcer la femme à accoucher afin qu’elles puissent obtenir l’argent de l’accouchement. Cela a mis en danger la vie de nombreuses femmes et leurs bébés, et a également retardé le transfert d’un grand nombre vers un établissement de santé compétent. »

 Source : Benbere

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