Vœux de Monsieur Baba Akhib HAIDARA, médiateur de la République, à Son Excellence Ibrahim Boubacar KEITA, Président de la République, Chef de l’Etat

Baba Akhib HAIDARA Médiateur République mali

Monsieur le Président de la République,

C’est pour moi un agréable honneur de participer à cette cérémonie solennelle de présentation de vœux pour le nouvel an, la première depuis votre brillante accession à la magistrature suprême et aussi la première depuis ma nomination, par vous, en qualité de Médiateur de la République.

Aussi, je voudrais tout d’abord vous renouveler mes sincères remerciements et toute ma gratitude pour le choix confiant que vous avez porté sur ma personne.

Au nom de l’ensemble de mes collaborateurs et en mon nom propre, je vous adresse nos meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2014. Nous y associons tous vos proches. A travers vous nous souhaitons chaleureusement à notre « vieux et cher pays » une vigoureuse et belle renaissance sous votre magistère.

Monsieur le Président de la République,

L’année 2013 nous aura apporté, entre autres, deux évènements bénéfiques : la fin de l’occupation barbare du Nord de notre pays et le retour à la normalité démocratique par votre élection comme Président de la République.

Mais nous ne pouvons penser à l’année 2013 qui s’achève, sans évoquer les souffrances de l’année 2012 et leurs prolongements.

En 2012 la République du Mali, née le 22 septembre 1960, a connu la pire crise de son histoire. En effet, des ruptures faites de trahisons, de forfaitures, de turpitudes inattendues, d’actions affligeantes, de barbaries moyenâgeuses, émaillées de déclarations irresponsables et humiliantes, se sont abattues sur notre pays, dans le pire des scénarios que nous pouvions craindre pour l’existence même de l’Etat et pour la paix sociale, la cohésion de la nation et la sécurité des populations. Pendant de long mois, l’amertume a assiégé nos cœurs, le désespoir a attristé nos esprits, malgré le réconfort qu’apportaient quelques voix, dont la vôtre, indignée et révoltées, mais lucides et courageuses, qui se sont élevées contre ces nuisances et qui ont été saluées de par le monde.

La bénédiction divine aidant, la solidarité internationale, appelée et attendue par notre peuple, en complément de l’engagement de notre vaillante population et de la partie saine de notre armée, a pu enfin nous apporter un souffle qui a ouvert nos yeux sur des perspectives d’espoir : nous savions, dès lors, que la blessure, dans le cœur et dans la dignité du Mali, était certes profonde mais pas mortelle !

Monsieur le Président de la République,

L’une des thématiques, parmi les plus fortes qui ont marqué les discours de campagne du candidat Ibrahim Boubacar KEITA à l’élection présidentielle, concerne la restauration de l’autorité de l’Etat. Nous entendons bien : de l’Etat de droit. Dans le contexte actuel de notre pays, cette thématique touche au cœur même de la mal administration dont souffre depuis bien des années l’Etat Malien.

Sans verser dans des rhétoriques incantatoires, il nous faut reconnaître, Monsieur le Président, que depuis de longues années déjà, les valeurs cardinales qui distinguaient notre société se portent très mal. Et dans leur fonctionnement, les institutions publiques ne manquent pas de refléter cette dégradation des valeurs. L’opinion est donc en attente d’une thérapeutique qui guérira le pays de ce mal.

A cet égard votre brillante élection à la tête de notre cher pays apporte, avec elle, des espérances multiples et variées. L’ampleur de la victoire que le peuple vous a donnée, traduit un degré très élevé des attentes. Elle traduit aussi l’impatience individuelle et collective qui ne manquera pas d’accompagner certaines revendications. Nourrie avec des frustrations accumulées et des sentiments d’injustice souvent confus, cette impatience, pourrait devenir prompte à certaines formes d’agitation. Il revient au pouvoir public d’en comprendre les racines et la nature afin d’en anticiper d’éventuels effets pervers en recourant, entre autres, à une pédagogie dynamique appropriée.

Les attentes, et l’impatience qui les accompagne, interpellent principalement le Président ; non en raison de quelques promesses de campagne, mais parce qu’il est l’Autorité suprême de l’Etat, et est donc perçu comme le dernier recours. Telle est la mentalité populaire. Dès lors la question qui se pose est de savoir si cette mentalité populaire ne procèderait-elle pas d’une méfiance à l’égard des pouvoirs publics ? à l’égard de l’Administration de l’Etat et des collectivités territoriales ? Dans cette perspective se pose la question de la légitimité qu’un honnête citoyen peut reconnaître ou non au pouvoir administratif avec le lequel il est en interaction. Habité par un sentiment naturel « du juste et de l’injustice », l’honnête citoyen moyen reconnaît et accepte ce qui est conforme à la justice et à l’équité. Si donc, comme nous l’enseignent les experts juristes et comme le bon sens populaire le comprend et l’accepte, la mission fondamentale de l’Etat c’est de servir l’intérêt général du pays en recourant notamment, à des services publics conçus à cet effet et fonctionnant sur la base d’un droit dit administratif, il nous faut bien veiller à ce que les actes de l’autorité publique suivent le droit, respectent le droit, se soumettent au droit. Lorsque le citoyen accepte le pouvoir comme légitime, alors le pouvoir peut s’exercer avec autorité et efficacité.

Par conséquent la restauration de l’autorité de l’Etat ne saurait signifier, en aucune façon, l’instauration d’un Etat autoritaire, mais la promotion d’un Etat de droit. Cette restauration ne peut donc aller, certes sans fermeté, mais aussi sans respect du droit, sans un sens élevé et vigilant de la justice et de l’équité. C’est dans et avec un tel exercice que les services publics peuvent gagner en crédibilité, mais surtout en légitimité.

C’est là toute la problématique de la bonne gouvernance. Celle-ci favorise la compréhension et amène l’apaisement, la confiance, et la paix dans les relations entre le citoyen et l’Etat. Par ailleurs, elle opère de même dans des situations de conflits, nés de la dégradation de la compréhension mutuelle, de la perte de confiance réciproque et de soupçons plus ou moins fondés qui peuvent perturber, quelquefois avec violence, les relations entre l’Etat et des groupes ou collectivités.

Monsieur le Président,

La loi n°2012-010 du 08 février 2012, modifiant la loi n°97-022 du 14 mars 1997, instituant le Médiateur de la République, élargit de façon significative la capacité et le champ des missions de ce Médiateur.

En effet tenant compte des expériences vécues et anticipant des développements inhérents à l’évolution du rôle de la médiation dans les sociétés contemporaines et les Etats modernes, le législateur malien confère au Médiateur un pouvoir de propositions visant à améliorer le fonctionnement des organismes concernés et aussi à améliorer, en tant que de besoin, des dispositions législatives et réglementaires en vue, toujours, d’aboutir à un règlement en équité des questions qui lui sont soumises.

De plus, la loi dispose que : « le Médiateur de la République peut en outre être chargé par le Président de la République, le Gouvernement ou le Parlement de toutes autres missions particulières dans le cadre de l’amélioration de l’état de droit, de la gouvernance et des droits humains ou en matière de règlement de conflits ». Par ailleurs et en même temps, le décret n°2012-117 du 24 février 2012 dispose que désormais, les sessions de l’Espace d’Interpellation Démocratique (EID) sont organisées par le Médiateur de la République qui en assure également le suivi de la mise en œuvre des recommandations.

Cet élargissement des capacités et du champ des missions du Médiateur, rentre bien dans le cadre du thème de « Médiation institutionnelle et crises », qui a été retenu par le 8è Congrès des Médiateurs de la Francophonie tenu récemment à Dakar. Ce thème répond aux nouveaux besoins qui apparaissent et souligne l’importance que peut avoir la médiation dans des crises de toutes sortes, comme nous l’avons vu ici au Mali, en 2012, avec l’intervention, saluée par tous, des Médiateurs des pays membres de l’UEMOA. Ce thème atteste aussi d’une prise de conscience, par la communauté internationale, de la complexité des situations et environnements dans lesquels les droits des usagers des institutions et organismes à vocation de service public sont concernés. Parallèlement aux droits des adultes on observe aussi une prise en compte spécifique des droits des enfants à travers le monde.

Monsieur le Président, 

Après les brèves considérations de circonstance, que je viens d’évoquer, je voudrais respectueusement vous redire toute la gratitude que j’éprouve pour le choix que vous avez porté sur ma personne en qualité de Médiateur de la République. J’ai pleine conscience du contenu conceptuel de ces deux vocables : Médiateur et République.

Le Médiateur institutionnel fonctionne sur la base des lois et règlements appropriés. S’y conformer avec un esprit d’ouverture et de veille sur l’évolution des pratiques administratives de notre Etat, des valeurs existentielles de notre pays et de la mentalité de notre société, sera le service auquel je m’astreindrai.
La République du Mali participe de valeurs catégorielles qui sont à la fois historiques, politiques, psychologiques, culturelles et sur lesquelles se fonde l’engagement patriotique, sincère, hier comme aujourd’hui. Si elle est symbole de liberté et d’indépendance, elle est aussi promesse de justice et de progrès.

Monsieur le Président de la République, Ibrahim Boubacar KEITA,

Vous avez entre vos mains le sort de la République du Mali.

Dieu bénisse vos mains !

Dieu bénisse notre cher pays !

Je vous remercie.

 

Source:  Présidence de la République du Mali

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