Tiebile Dramé au sujet des négociations : «Le Mali n’est pas prêt»

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La gestion des deniers publics, les futures négociations, les relations du Mali avec les institutions financières internationales, l’Accord de Ouagadougou sont entre autres les points essentiels sur lesquels le président du Parena s’est prononcé lors d’une conférence débats organisée ce samedi 12 juillet 2014 au Centre international de conférence de Bamako.

 

Cette rencontre initiée par la jeunesse de son parti fut une occasion pour M. Dramé de souligner, encore une fois, ce qu’il pense être les dérives de la gestion du régime actuel et de formuler des propositions.

 

IBK se trompe de pays et d’époque

A l’entame de son exposé liminaire, M. Dramé a regretté le fait que lui et les siens ont été l’objet d’une abjecte campagne de dénigrement après la publication, en avril dernier, d’un  mémorandum sur les 7 mois du quinquennat du Président IBK. Dans ce document qu’il a adressé au chef de l’Etat et au Premier ministre, le Parena, rappelle Tiébilé Dramé, a constaté les «dérives» de la nouvelle gouvernance et proposé une série de recommandations. Aussi, le parti avait fait part aux autorités de toute sa disponibilité à discuter du contenu dudit mémorandum. Hélas ! «Le Parena et ses dirigeants ont été couverts d’injures et de calomnies dans le vain espoir de nous intimider et de nous terroriser», a déploré le président du Parena pour qui, cette campagne était orchestrée depuis Koulouba.

 

Aujourd’hui encore, note-t-il, les nouveaux dirigeants se sont installés dans une politique de fuite en avant et persistent dans leurs erreurs. Selon lui, cette nouvelle gouvernance, caractérisée à ses débuts par l’immixtion sans précédent de la famille dans les affaires publiques, le pilotage à vue, l’improvisation et l’opacité, s’est à présent enrichie par le déni des réalités, le mépris des acteurs politiques, économiques et sociaux, pour ne pas dire le mépris du peuple malien. Pourtant, explique M. Dramé, au regard de la large majorité avec laquelle il a été élu en août 2013, de la pacification du front politique et social pendant de longs mois ainsi que du soutien de la communauté internationale, IBK disposait de toutes les cartes en main pour mieux conduire le processus de sortie de crise.

 

Au fil des mois, nous avons, dit-il, malheureusement assisté à la dilapidation de tous ces atouts faute de vision et d’avoir tiré les causes profondes de l’effondrement du pays en 2012. «De toute évidence, le Président s’est trompé de pays et d’époque. Il s’est aussi surtout trompé sur les aspirations et les attentes du peuple malien. Il a manqué  de sens de la réalité et de priorité», a fustigé le président du « parti du bélier blanc ». A en croire Tiébilé Dramé, le chef de l’Etat s’est d’autant trompé qu’il s’est cru à la tête d’un pays normal alors que le Mali sortait à peine de l’abîme, conséquence de la rébellion, du coup d’Etat, de l’occupation, de l’effondrement des institutions et de l’armée. De tel peuple, de tel pays comme le nôtre, meurtri à tout point de vue, avait besoin d’une gouvernance fondée sur des politiques d’humilité, de vertu, une gestion transparente et rigoureuse des maigres ressources, mais surtout sur un discours crédible fondé sur le respect du serment et des engagements pris. Selon le président Dramé, les nouveaux dirigeants ont, au contraire, compromis les chances du pays de se relever par le népotisme, les dépenses de prestige (achats d’avion, rénovation de palais), des marchés opaques et douteux, des voyages incessants sans résultats, et surtout l’amateurisme dans la gestion de la crise du Nord.

 

 

Des négociations dans de pires conditions pour le Mali

Amené à se prononcer sur les négociations qui s’ouvrent en principe ce 16 juillet à Alger, le président du Parena dit ne pas voir ce que le Gouvernement a préparé pour être prêt à ces négociations. Car le Haut représentant du chef de l’Etat dit avoir sa feuille de route qui ne porte pas sur la substance, c’est-à-dire, ce sur quoi  nous allons discuter. «Il est évident dans ce cas que le Mali n’est pas prêt pour les négociations». Estimant que le Gouvernement part à Alger dans une position de faiblesse. Pour M Dramé, le peuple doit être mobilisé autour d’une plateforme commune, comme les groupes armés l’ont fait. «Mais comment arriver si le régime gère la question de façon solitaire ?», interroge-t-il, estimant que le gouvernement y va dans les pires conditions pour nous.

 

Pour  le Président du Parena, on aurait dû entamer les négociations le lendemain de la signature de l’Accord de Ouagadougou, accord que le pouvoir d’Ibrahim Boubacar Kéita a ignoré jusqu’aux événements de Kidal du 21 mai dernier. Si l’accord préliminaire est favorable au Mali, Tiébilé Dramé note que notre pays est aujourd’hui dans une situation d’avant serval : les mouvements armés ont avancé sur le terrain, le drapeau du Mnla flotte sur Djebock, Ber et bien d’autres localités du Nord-Mali.

 

 

Aucun responsable de l’opposition n’a écrit à la Banque mondiale

Selon le conférencier, à partir du moment où le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont des représentations au Mali, ils n’ont pas besoin que des «apatrides» leur écrivent pour qu’ils s’intéressent à la gouvernance de notre pays. Tiébilé Dramé répondait ainsi à une récente déclaration d’IBK, pour qui les ennemis ont écrit aux institutions de Bretton Woods afin qu’ils enquêtent sur l’achat de l’avion présidentiel. «Il n’y a aucun responsable de l’opposition qui a écrit à la Banque mondiale. C’est lui-même qui rallume le débat autour de l’achat de l’avion», a estimé  M. Dramé. Selon lui, ce serait d’ailleurs bien inspiré de la part du chef de l’Etat s’il décidait, à l’occasion du premier anniversaire de sa prise de fonction, de vendre cet avion qui, dit-il, nous crée assez de problèmes.

 

 

Remettre le Mali sur les rails

Après ce tableau sombre qu’il a dressé de la gestion actuelle du pouvoir, Tiébilé Dramé propose un certain nombre de pistes à explorer pour sortir le Mali de l’«impasse». Selon lui, IBK doit s’adresser à la nation car son silence sur les événements du 21 mai dernier est «inexplicable et inacceptable».

 

A ce jour, soutient-il, aucun bilan officiel n’est disponible sur le nombre de morts, de disparus et de prisonniers. Le président de la République doit ensuite organiser une table ronde autour de laquelle se retrouvera l’ensemble de la classe politique élargie aux autres forces vives du pays pour élaborer une plateforme et une vision malienne qui seront défendues par le gouvernement lors des futures négociations. Aussi, après les négociations avec les groupes armés, il sera, dit-il, indispensable de convoquer un forum ou un congrès des communautés du Nord afin que les représentants dûment mandatés de la «majorité silencieuse», c’est-à-dire ceuxqui n’ont jamais pris les armes, puissent prendre part au dialogue inter-malien.

 

Mieux, Tiébilé Dramé préconise l’élection des gouverneurs de toutes les régions du Mali par des assemblées régionales élues à la proportionnelle et disposant de réelles compétences dans le cadre du principe démocratique de la libre administration des collectivités territoriales.

 

En ce qui concerne nos relations avec la communauté internationale, tout doit être mis en œuvre pour éteindre au plus tôt l’«incendie allumé» afin que le Mali puisse renouer avec ses partenaires. Si cela n’est pas fait, d’autres domaines de coopération pourraient être affectés par la situation actuelle.

 

Par ailleurs, le président du Parena suggère au Mali d’envisager des politiques de coopération en matière de défense et de sécurité avec nos principaux partenaires. «Dans ce cadre, comment ne pas signer un accord de coopération avec la France  qui est venue à notre secours et dont la présence au Nord est notre principale bouclier contre le terrorisme ?», s’est-il  interrogé.

Bakary SOGODOGO

SOURCE: Le Prétoire

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