Sinalou Diawara, Secrétaire politique des Fare à propos de leur non participation au meeting de l’opposition : «Nous ne sommes pas avec le pouvoir»

Dans cet entretien qui suit, le Secrétaire politique des Fare, Sinalou Diawara, nous donne les raisons de la non-participation de son parti au meeting de l’opposition sur l’an 1 du président IBK, tenu le dimanche 7 septembre 2014 au Palais de la culture Amadou Hampaté Ba. Il a aussi rassuré que les Fare sont dans l’opposition et qu’elles ne sont pas avec le pouvoir. Lisez plutôt !

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Quelles sont les raisons de la non-participation des Fare au meeting de l’opposition sur l’an 1 d’IBK ?

Les raisons sont simples. Il faut noter d’abord que ce n’est pas parce qu’il y a un problème entre les autres partis de l’opposition et nous. Nous disons tout simplement que, nous, au niveau des Fare, on a un agenda dans lequel nos activités sont programmées et définies. Nous sommes à un mois ou dans une période où cet agenda est entré dans sa phase critique d’exécution. On s’était déjà posé la question par rapport à un an de la gouvernance du président de la République. Nous avons estimé, nous, au niveau des Fare, que pendant toute l’année, il y a plein de choses qui se sont passées que nous avons critiquées et avons fait des propositions. Donc, cette année ne devait pas être pour nous un événement, parce qu’on avait tout dit. Mais on se dit que si jamais le pouvoir venait à dire des choses qui ne seraient pas en concordance avec la réalité, nous allons les dénoncer. Donc, qu’on attend à ce que le pouvoir réagisse par rapport à son année. Mais, il faut dire qu’entre temps, quand nous avions décidé cela, c’est juste à une semaine avant le meeting que nous avons été rapprochés par l’Urd pour nous dire qu’ils envisagent organiser un meeting par rapport à un an d’IBK. Nous l’avons examiné à notre réunion et avons estimé d’abord que le délai de contact est un délai relativement court. Donc, nous ne voyons pas d’inconvénients et on s’est dit tout simplement que, compte tenu de cela, il est difficile pour nous, d’abandonner notre agenda pour aller à cela. Et que les partis de l’opposition qui se sont peut-être programmés bien avant, ont dû peut-être mieux se préparer. De toutes les façons, cela n’enlève en nous rien de notre statut d’opposants. C’est vraiment une question de priorité et de choix. Si on avait même été contacté bien avant, au moment de la conception du meeting, on aurait peut-être pu discuter du concept et du type des manifestations à mener. Mes propos ne sont pas de nature à remettre en cause le meeting, c’est tout simplement dire qu’on aurait pu participer de façon pleine et entière. Nous continuons notre programme, notre agenda et nous verrons par la suite ce que nous devrons faire. Par ailleurs, nous avons envoyé le Secrétaire général pour rencontrer nos camarades des partis pour leur expliquer pourquoi nous ne serions pas avec eux cette fois-ci, mais cela ne remet pas en cause notre statut d’opposants.

 

Certaines personnes pensent que vous êtes avec le pouvoir. Quelle est réellement la position des Fare aujourd’hui ?

 

Vous savez, c’est ça aussi la démocratie, quand les gens pensent ce qu’ils veulent. Je crois que s’il y a des partis qui, aujourd’hui, se sont fortement ancrés dans l’opposition, les Fare en font partie. Pour nous, vous savez, l’opposition n’est pas dans le jeu de mots. Nous avons de tout temps clarifié notre position d’opposants de façon transparente. Nous n’avons rien à voir avec le pouvoir. Nous sommes opposants. Opposant ne veut pas dire, ne pas réfléchir sur les problématiques de l’Etat que de critiquer. Dans l’opposition, tout ce qui peut s’avérer correct et bien fait, nous le dirons. Je vous donne l’exemple de la subvention de l’engrais qui n’est que le prolongement de l’Initiative riz. Quand le gouvernement a décidé de baisser les prix des engrais de 1500F, nous l’avons félicité. Mais, n’oublions pas qu’avant, dans le cadre de l’Initiative riz, ça a été baissé de 50%. Que les gens n’oublient pas aussi que quand il y a eu les événements de Kidal, nous avons été l’un des partis à inviter le président de la République à s’assumer et à prendre ses responsabilités. Ce n’est pas notre rôle de dire que le Premier ministre démissionne, nous avons dit qu’il y a eu une faute lourde qui fait reculer le pays et que c’est au président de s’assumer. Je dirai tout simplement par rapport aux événements qui sont en cours, que le gouvernement n’a pas de stratégie et de vision. Par conséquent, que les gens se rassurent que les Fare sont dans l’opposition. Nous ne sommes pas avec le pouvoir.Il faut que les gens comprennent également que l’opposition, de notre point de vue, ce n’est pas faire de la guéguerre. Nous avons des idées pour le Mali. Nous voulons les réaliser. L’opposition est là pour être un contre-pouvoir et ce contre-pouvoir, nous le serons et l’assumerons.

 

Vos militants sont d’accord avec cette décision de ne prendre part à ce meeting ?

Je dirai oui. Les militants sont d’accord avec la décision. Même si aujourd’hui, nous disons qu’on va aller à ce meeting, est-ce que vous pensez qu’on aurait le temps de consulter nos militants à la base ? On a été avisé une semaine avant. Les militants sont d’accord parce que la décision a été prise par un bureau mis en place par les militants. Les militants sont d’accord parce qu’ils souscrivent à la Charte et au Manifeste des Fare. Ce document qui est presqu’une révolution dans le paysage politique malien, fait qu’il y a un certain nombre de principes qui ont été définis et qui font aujourd’hui que la direction peut prendre des décisions, mais en conformité avec ses différents éléments. Donc, aujourd’hui, nous pouvons dire que cette décision ne trahit en rien la conscience des militants à leurs dirigeants.

Pensez-vous que la décision ne va pas jouer sur vos relations avec les autres partis de l’opposition ?

Je pense que non. Nous sommes très respectés par nos camarades de l’opposition et nous les admirons et les félicitons pour le travail qu’ils font. La preuve est que nous avons rencontré la plupart d’entre eux dans le cadre de réunions de direction du parti. De notre point de vue, cela ne devrait pas être un problème. Et mieux, je vous ai dit que par rapport à notre position, nous avons envoyé quelqu’un pour aller les voir, même si eux, nous ont contactés par téléphone. En retour, nous avons envoyé le Secrétaire général du parti pour aller leur expliquer notre position par rapport à cette question. C’était une question organisationnelle. Cela n’a rien à voir avec une prise de position quelconque. Ce n’est pas un problème de fond qui s’est posé, mais un problème de forme. Nous avons engagé le processus de nos activités politiques. Maintenant, s’il y a ce meeting qui devait avoir lieu, nous n’avons pas été avisés à temps. Nous avons demandé aux autres partis politiques de l’opposition de nous excuser tout simplement. Je ne vois pas en quoi cela peut faire un froid entre nous.

Par rapport au choix du chef de file de l’opposition, on dit que les Fare ont des velléités. Quel est votre point de vue ?

 Par rapport à cette question, il faudrait dire que quand nous avons reçu le projet de décret du ministère de l’Intérieur, et il y était dit que le chef de file serait choisi, soit par consensus ou à défaut, nous avons dit que tout cela est problématique. Tout simplement, nous avons dit qu’il faut que le chef de file de l’opposition soit le parti qui a le plus d’élus. Vous voyez que les Fare ne sont pas dans cette situation aujourd’hui. Cela aurait évité qu’il y ait des dissensions.

Par ailleurs, nous avons fait une autre recommandation. Dans leur projet, ils voyaient en le chef de file de l’opposition un député issu de l’opposition. Nous avons dit pourquoi ça doit être un élu. Il faut laisser le parti qui a le plus d’élus choisir. Dans la question de rétribution du chef de file de l’opposition, l’Etat est libre de choisir la forme qu’il veut. Nous avons dit que dans certains pays, ils ne sont pas payés et dans d’autres pays, ils le sont. Un pays n’est pas obligé d’avoir un chef de file de l’opposition. L’opposition doit rester plurielle, parce que tous les partis de l’opposition n’ont pas forcément les mêmes idéologies politiques, les mêmes visions sur les différentes questions. Il y a des choses qui les regrouperont, mais il y a aussi des choses qui vont les séparer. Il n’est pas évident que le chef de file de l’opposition puisse parler tout le temps au nom de l’ensemble des partis de l’opposition. Il risque de parler toujours au nom de son parti. Mais je ne dis pas non plus qu’il faut abandonner cette alternative. C’est une décision prise et nous avons donné notre point de vue. Mais, aujourd’hui, c’est pour attirer votre attention et celle du public que les Fare et l’Urd n’ont jamais eu des problèmes par rapport à cette question. Les propositions des Fare aujourd’hui font que le parti ne se retrouvera pas en cette position et l’Urd aussi ne nous a jamais contactés pour dire écouter : nous voulons être chef de file de l’opposition, il faut nous appuyer !

 

Votre mot en guise de conclusion ?

Je dirai tout simplement qu’il faudrait que l’ensemble de nos concitoyens sachent que le Mali est en train de vivre des événements qui marqueront à jamais son histoire. L’unité nationale est entièrement menacée. La cohésion sociale est totalement ébranlée. Les institutions de la République sont entièrement remises en cause. Il faut dire que notre continent est considéré comme le continent du 21ème siècle. On va être porteur de l’économie mondiale. Les analystes financiers et économiques le disent. Cependant, il ne faut pas oublier que le pire peut arriver, je ne le souhaite pas. Nous avons beaucoup à faire, particulièrement, nous, les Maliens. Le problème de la crise du Nord doit être aujourd’hui la préoccupation majeure de l’ensemble des Maliens et des politiques. Qu’est-ce qu’il faut faire pour nous sortir de là ? Je suis certain que ce n’est pas en condamnant les passés amers. Je crois qu’on est confronté à un problème de changement de modèle, de gouvernance et de politique et de programme sociétal. Le modèle économique et de gouvernance que nous connaissons, ce sont les modèles venus avec les indépendances. Ils n’apportent plus rien à la cohérence par rapport à notre développement. C’est pourquoi, les Fare dénommaient leur programme de campagne présidentielle passée «Mali horizon 2030», dans lequel il est dit qu’il faudrait que nous arrivions à faire une transition sociétale, démographique et économique. Cette transition devait nous amener à revoir nos différents problèmes. Aujourd’hui, le problème de ce gouvernement, c’est justement ce manque de programme que nous ne voyons pas. Des manques de visons que nous n’avons pas vus et qui font que la situation que nous connaissons actuellement est une situation qui nous amène à faire du sur-place. Je pense qu’on saura nous retrouver pour faire de ce pays, un pays agréable.

Réalisée par Diango COULIBALY

SOURCE: Le Reporter  du   10 sept 2014.
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