Second tour des élections législatives : Les vraies raisons de la faible affluence observée hier

S’il est encore prématuré de présager du taux de participation lors du second tour des législatives d’hier, force est, cependant, de reconnaître qu’il sera en deçà de celui observé au premier tour qui a eu lieu le 24 novembre dernier (38%). Soit dix points de moins que le taux de la présidentielle (+48%). Plusieurs raisons à cette désaffection des urnes par les électeurs. Au premier rang desquelles le manque criard d’éducation à la citoyenneté.

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De l’avis de nombre d’observateurs, le scrutin d’hier pour le second tour de l’élection législative n’a pas drainé – c’est un euphémisme – grand monde.  Que ce soit dans la capitale, où le taux de participation avait été de 22,83% au premier tour, ou dans le reste du pays où il était au plan national de 38,62%, plusieurs électeurs et électrices ont préféré participer à des cérémonies de mariage plutôt que de se rendre dans les centres de vote pour s’acquitter de leur devoir civique. C’est comme, pour ceux-ci, le vote c’est quand l’on a du temps. Et pour cause. Après les cérémonies de mariage, qui étaient singulièrement assez nombreuses,hier dimanche, à Bamako, plusieurs électrices se sont rendues dans lesdits centres pour voter. Mais le mal était déjà. Cela, dans la mesure où, comparativement au premier tour, les femmes venues voter étaient nettement moins nombreuses cette fois-ci.

La désaffection observée hier est imputable également au mode de scrutin majoritaire qui fait que « le gagnant gagne tout et le perdant perd tout ». Ce qui fait que seuls les électeurs des deux partis ou alliances de partis arrivés en tête au premier tour se sentent principalement concernés par ce second tour. Les électeurs des listes ayant perdu se demandant :  » Pourquoi aller voter si mon candidat est sorti de la course ? « .

Dans ces conditions, il va falloir mener la réflexion pour que le partage des voix se fasse à la proportionnelle. Cela, certainement, à la faveur d’une éventuelle relecture de la loi électorale.

Un autre facteur qui explique ce  » refus d’aller voter  » réside dans le fait que nombre d’électeurs se perdent en conjecture en voyant des partis, qui ne sont pas dans le même champ politique, nouer des alliances considérées comme «contre nature».

Ce qui tue en quelque sorte la compétition censée opposer des forces contraires. C’est là également un élément de démotivation de l’électeur qui se demande pourquoi son parti a appelé à voter pour el parti à Koutiala, par exemple, alors qu’en même temps il demande à croiser le fer contre la même formation politique dans telle ou telle autre localité.

Sur qui rejeter la responsabilité ?

La liste des incohérences du microcosme politique malien n’est pas exhaustive. Mais comme soubassement au manque d’attrait chez l’électorat, il convient de mettre en relief  le déficit d’éducation à la citoyenneté qui est le mal malien le plus profond. Car, il y a indéniablement des actions dont tout citoyen doit tirer le maximum de fierté ; et la participation aux élections fait partie de ces actions.

Tout le monde en convient mais personne, même l’Etat dont c’est l’une des missions régaliennes, n’en a fait son affaire. Tous attendent – ONGs et Gouvernement – que l’argent des bailleurs de fonds atterrisse pour engager des actions de sensibilisation auprès des électeurs. Et cela seulement le temps des élections, après plus rien. Comment peut-on former des gens à la citoyenneté seulement en ce laps de temps si bref ? Impossible.

L’autre constat est  aujourd’hui que ce sont beaucoup plus les illettrés – les personnes qui se sont jamais passées par l’école- qui constituent le plus gros contingent des gens mobilisables pour aller voter. Quelle démission alors pour  l’intelligentsia qui fournit pourtant le plus grand nombre de candidats pour siéger à l’Hémicycle.

En voyant les observateurs étrangers sillonner, les uns après les autres, des centres de vote quasi déserts, l’on réprime difficilement un sentiment de gêne voire de honte…nationale. Hier, c’était bien le cas. Malheureusement pour notre pays, l’engouement suscité lors de l’élection présidentielle s’est vite estompé dès le premier tour des législatives.

Avec un taux de participation au second tour qui se situera, certainement, aux alentours de 28-30% dans l’hypothèse la plus optimiste, les autorités issues de ce scrutin vont souffrir très certainement d’un manque de légitimité populaire, qui est le gage de la considération des partenaires engagés auprès de notre pays pour le retour à une vie constitutionnelle normale.

Raison pour laquelle ces élections sont regardées à la loupe tant par la France que par les autres pays étrangers qui soutiennent le Mali à sortir de cette crise.

Cette désaffection des urnes doit interpeller la classe politique, qui est appelée à plus de responsabilité, et les gouvernants qui doivent faire revenir à l’école et dans la vie de tous les jours les principes basiques de l’éducation civique et patriotique.

La démission à ces deux niveaux nous donne aujourd’hui une mauvaise image de notre démocratie dont le socle est l’utilisation du bulletin de vote par le citoyen.

Mamadou FOFANA

 

SOURCE: L’Indépendant

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