Rupture entre IBK et ses alliés : La démission du président réclamée

La mal gouvernance, les promesses non tenues, la longue attente du changement, les multiples scandales au sommet de l’Etat, les bourdes et le mépris à l’adresse du peuple, sont entre autres, des actes qui sont en train d’élargir le fossé qui sépare désormais le chef de l’Etat, Ibrahim Boubacar Keïta et ses alliés d’avant l’élection présidentielle de juillet 2013.

 president republique chef etat ibrahim boubacar keita ibk parti rpmLa marche des organisations islamiques marque un tournant décisif dans les rapports entre le président de la République et ses principaux alliés. Au même moment, c’est l’association MP22 qui avait soutenu le coup d’Etat et apporté son soutien à IBK, lors de la présidentielle, qui sonne la charge et demande aux Maliens de se mobiliser pour exiger la démission du chef de l’Etat. Comme quoi, le divorce semble consommé entre le président Keïta et ceux-là qui l’ont soutenu à se hisser au pouvoir.

 

Qui ne souvient pas des montages opérés par certaines associations islamiques, à la veille de l’élection présidentielle de 2013, pour convaincre les musulmans du Mali à accorder leur confiance au candidat Ibrahim Boubacar Keïta. Celui-ci était présenté, entre autres, comme le candidat le mieux disposé à défendre la cause de l’islam. Des leaders religieux ont été « embarqués » contre espèces sonnantes et trébuchantes dans le but d’œuvrer à l’atteinte de l’objectif final: l’élection d’IBK à la magistrature suprême du Mali. Ils avaient sillonné le Mali profond pour dénigrer les autres candidats et dirigé les fidèles sur le candidat dit des musulmans. A l’époque, votre bi hebdo avait dénoncé l’incursion du religieux dans la politique.

 

Des grincements de dents

Avec l’élection d’IBK, des messages de certaines de ces associations musulmanes ont circulé à Bamako et disent en substance : « An ka lagnini sabatira » (nos vœux ont été exaucés). Ces religieux pensaient que le moment est venu pour eux de faire du « business » car leur candidat a été élu avec, dit-on, la bénédiction des musulmans. Mais, ils ont vite déchanté. La lune de miel n’aura pas dépassé 72 heures. Dès la nomination du premier gouvernement d’Ibrahim Boubacar Keïta, les « alliés musulmans » se sont sentis exclus, malgré l’existence d’un ministère chargé des affaires religieuses et du culte. Ces associations musulmanes et leurs leaders aspiraient visiblement à gérer les affaires publiques avec le chef de l’Etat. Ce fut la grosse déception. Les grincements de dents n’ont pas tardé et certains affichaient clairement leur regret. Malheureusement ce n’est que le début du commencement. Jour après jour, les alliés religieux marquaient leur incompréhension des actes posés par ce qu’ils avaient prédit dans des mosquées comme étant le meilleur candidat pour les musulmans. Au mois de décembre dernier, les mêmes religieux avaient tout tenté pour empêcher la tenue de la soirée Miss ORTM. Malgré les promesses du pouvoir, la soirée a été organisée à cause de la détermination du comité syndical de l’ORTM. Le « coup » a été durement ressenti par les alliés du chef de l’Etat…

 

La marche de Paris ou l’huile sur le feu

Il y a quelques semaines, Mahmoud Dicko, accusé à tort ou à raison d’avoir soutenu IBK à la présidentielle de juillet 2013, interpellait le chef de l’Etat sur l’accroissement de la consommation de l’alcool dans notre pays. C’est un constat ahurissant qui aura surpris la communauté musulmane et surtout les associations musulmanes qui ne s’expliquent pas une telle montée pendant le règne de leur mentor. Les jours qui suivent cette révélation fracassante, ils deviennent de plus en plus amers et révoltés vis-à-vis du pouvoir. Et l’affaire de Charlie Hebdo et la marche d’IBK à Paris sont venues jeter de l’huile sur le feu. Les organisations musulmanes et en tête les associations musulmanes alliées d’IBK, ont trouvé l’occasion inespérée de battre le pavé en dénonçant les errements de leur candidat président.  IBK fut traité de tous les noms d’oiseau. Alors, le divorce serait-il consommé entre le président et les religieux ? Oui, si l’on s’en tient à la violence des propos lors de la marche des associations et organisations musulmanes du vendredi 16 janvier dernier. En tout cas, la communauté musulmane du Mali n’a pas apprécié que le président de la République s’affiche en première ligne avec les occidentaux lors de la marche Républicaine de Paris. Son silence sur les nouvelles caricatures de Charlie Hebdo aurait même agacé des leaders religieux. Ils ne cachent plus leur déception et évoquent même en coulisses le départ… d’IBK.

Ensuite, au-delà des religieux désabusés, les alliés politiques et particulièrement ceux proches des putschistes de mars 2012, se sont lassés d’IBK. Le Mouvement populaire du 22 mars (MP22) a ouvertement demandé une mobilisation populaire pour réclamer la démission d’IBK. Le MP22 reproche, entre autres, au chef de l’Etat « sa gestion chaotique des affaires et la mise en place de gouvernements qui ne répondent pas aux aspirations du peuple ». Il n’est pas le seul allié politique qui se sent trahi par IBK. D’autres partis alliés sont dans la dynamique de claquer la porte de la majorité présidentielle. Ils expliquent que le président de la République a eu suffisamment de temps pour poser des actes censés améliorer les conditions de vie de ses concitoyens. De leur point de vue, la période de grâce est révolue. Iront-ils au bout de leur logique ? Rien n’est moins sûr. Mais le MP22 vient de tracer la voie. Et d’autres alliés pourront à très court terme lui emboîter le pas. Ici aussi, le président est en train de se séparer de ses alliés de la première heure notamment les pro-putschistes.

Idrissa Maïga

 

Source: L’Aube

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